[Note 624: ][ (retour) ] Externi.

[Note 625: ][ (retour) ] Recentiores.

[Note 626: ][ (retour) ] Voy. ci-dessus, p. 359.

Nous avons vu quel était l'attachement que François de Carrare, souverain de Padoue, eut pour Pétrarque dans ses dernières années. Il se plaisait singulièrement à s'entretenir avec lui, et il allait souvent le voir dans sa petite maison d'Arqua [627]. Il se plaignait un jour, sur le ton de l'amitié, de ce qu'il avait écrit pour tout le monde, excepté pour lui. Pétrarque pensait depuis long-temps à prévenir ce reproche; mais il était embarrassé pour le choix, et ne savait à quoi se déterminer. Enfin il imagina de lui adresser un petit Traité sur la meilleure façon de gouverner une république [628], et sur les qualités que doit avoir celui qui en est chargé. Ce sujet lui fournissait une occasion naturelle de donner à ce prince des louanges indirectes, sans exagération et sans fadeur; et en même temps, ce qui est toujours plus difficile, de relever quelques défauts de son gouvernement qu'il avait remarqués [629]. Cet opuscule est rempli de maximes excellentes, tirées pour la plupart de Platon et de Cicéron, et l'application en est faite avec beaucoup de jugement; mais ce même sujet a été traité depuis avec tant de supériorité, qu'il n'y a plus ici rien à apprendre pour personne. Le seul bien que fasse cette lecture, c'est de montrer que, dans un temps où les principes d'un bon gouvernement étaient peu connus, où l'Italie était partagée entre de petits princes, qui presque tous étaient de petits tyrans, un philosophe, nourri des leçons de la sagesse antique, ne louait dans un prince son ami, que ce qui était conforme à ses principes, et blâmait tout ce qui y était contraire; et que ce philosophe était un poëte aimable, qui réunissait ainsi, dès le quatorzième siècle, à cette première aurore de la renaissance des lettres, ce qu'elles ont de plus solide et ce qu'elles ont de plus doux.

[Note 627: ][ (retour) ] En 1372 et 1373.

[Note 628: ][ (retour) ] De Republicâ optimè administrandâ.

[Note 629: ][ (retour) ] Mém. pour la Vie de Pétr., t. III, p. 794.

Il avait fini, deux ans auparavant [630], dans la même retraite, un autre ouvrage commencé depuis quelques années, dont le titre est d'une simplicité piquante, et le sujet assez singulier; c'est celui qu'il intitula: De sa propre ignorance et de celle de beaucoup d'autres [631]. Voici quelle en fut l'occasion. Lorsqu'il alla s'établir à Venise, la philosophie d'Aristote y était fort à la mode, ainsi que dans toute l'Italie. On ne la connaissait pourtant que par de mauvaises versions latines faites sur des traductions arabes, et par les Commentaires d'Averroès qui étaient bien loin d'y répandre de la clarté. Mais plus Aristote était obscur, plus il y avait de gens disposés à l'admirer. C'était l'oracle des écoles; on n'y jurait que par lui. Ce siècle était assurément très-religieux, et cependant Aristote, expliqué par Averroès, niait la création, la providence, les peines et les récompenses de l'autre vie. Ses disciples, à Venise, croyaient, comme leur maître, le monde infini et coéternel à Dieu: ils se moquaient de Moïse, de la Genèse, de Jésus-Christ même, des Pères de l'Église, enfin de tous les objets respectables pour les chrétiens. Cela devint une espèce de secte fort tranchante dans ses opinions, et disposée à jeter du ridicule sur tous ceux qui n'en étaient pas.

[Note 630: ][ (retour) ] En 1370.

[Note 631: ][ (retour) ] De Ignorantiâ sui ipsius et multorum.