[Note 675: ][ (retour) ] I vidi in terra angelici costami, etc. Son. 123.
[Note 676: ][ (retour) ] Ove ch' i' posi gli occhi lassi, ò gíri, etc. Son. 125.
J'ai parlé, dans la vie de Pétrarque, des adieux qu'il fit à Laure, en lui annonçant son départ pour l'Italie, et de la pâleur subite qu'elle ne put lui cacher. S'il interpréta trop favorablement, peut-être, cette surprise et cette pâleur, on doit lui pardonner une illusion qu'il a rendue avec tant de charme. «Cette belle pâleur [677], qui couvrit un doux sourire, comme d'un nuage d'amour, s'offrit à mon cœur avec tant de majesté, qu'il vint au-devant d'elle, et s'élança sur mon visage [678]. Je connus alors comment on se voit l'un l'autre dans le séjour céleste, je le connus en découvrant un sentiment de pitié que d'autres n'aperçurent pas, mais je vis, parce que jamais je ne fixe les yeux ailleurs. L'aspect le plus angélique, l'attitude la plus touchante qui parut jamais dans une femme attendrie par l'amour, serait de la colère auprès de ce que je vis alors. Elle tenait ses beaux yeux attachés su la terre: elle se taisait; mais je croyais l'entendre dire: Qui donc éloigne de moi mon fidèle ami?»
[Note 677: ][ (retour) ] Je demande grâce pour ces mouvements du cœur personnifié, inconnus aux anciens, et dont les modernes ont abusé, mais conformes, comme nous l'avons vu plus haut, à la poétique de Pétrarque.
[Note 678: ][ (retour) ] Quel vago impallidir che'l dolce riso, etc. Son. 98.
Lorsqu'il fut revenu auprès d'elle, et pendant le séjour de quelques années qu'il fit encore à Avignon et à Vaucluse, sa veine poétique et amoureuse n'eut pas moins de fécondité, ni ses productions moins de sensibilité, d'esprit et de grâce. On pourrait former, pour cette dernière époque, une seconde chaîne de petits incidents qui furent le sujet de ses vers; mais elle paraîtrait quelquefois une répétition de la première, et les mêmes petites choses n'auraient peut-être pas le même intérêt, si l'on se rappelait l'âge qu'avait Pétrarque, et les dix-huit ou vingt ans qu'avait alors son amour. Il est temps d'ailleurs de choisir parmi ses compositions plus étendues que les sonnets, parmi ses canzoni, quelques pièces qui puissent donner une plus grande idée de son génie poétique, de son talent de peindre la nature, et d'en ramener tous les objets à l'objet éternel de ses rêveries et de ses pensées.
L'une des plus belles et des plus justement célèbres de ces canzoni, l'un des morceaux connus de poésie où il y a le plus d'images délicieuses et de tableaux magiques, est celle qui commence par ce vers: Chiare, fresche e dolci acque [679]. Le lieu de cette scène charmante était une belle campagne auprès d'Avignon. Une fontaine claire et limpide y rafraîchissait la verdure dans les plus fortes chaleurs. Laure venait quelquefois se baigner dans cette fontaine: elle se reposait sur les gazons, au pied des arbres et parmi les fleurs. Ce lieu était plein d'elle. Pétrarque y allait souvent rêver et contempler avec ravissement tous les objets encore empreints de son image. Cette pièce les retrace si fidèlement, qu'on est frappé, en la lisant, comme s'ils étaient sous les yeux. Ce mérite n'avait pas échappé à un juge aussi délicat et aussi judicieux que l'était Voltaire, quand quelque passion ne l'aveuglait pas. Il imita librement la première strophe, et trop librement sans doute; mais il voulut surtout y conserver la grâce et la mollesse du texte, et qui mieux que lui pouvait y réussir? Je citerai d'abord ces vers: on verra ensuite, par la traduction en prose, les licences qu'il s'est données, surtout les additions qu'il a faites; mais on n'oubliera pas qu'il est plus facile au génie d'inventer, ou d'imiter directement la nature, que d'en copier les imitations.
[Note 679: ][ (retour) ] Canz. 27.
Claire fontaine, onde aimable, onde pure,
Où la beauté qui consume mon cœur,
Seule beauté qui soit dans la nature,
Des feux du jour évitait la chaleur
Arbre heureux, dont le feuillage,