[Note 703: ][ (retour) ] Le fil d'idées que j'ai suivi dans l'examen de la seconde partie du Canzoniere, ne m'a pas conduit à y faire entrer l'ingénieuse et charmante canzone:
Amor, se vuo'ch'i torni al giogo antico. Canz. 41.
que Pétrarque semble avoir faite dans un moment où l'amour voulait lui tendre de nouveaux piéges; il y en a peu de plus connues, et qui méritent mieux de l'être.
[Note 704: ][ (retour) ] Voy. Mem. pour la Vie de Pétr., t. I, p. 245.
[Note 705: ][ (retour) ] Canz. 5.
Telle est encore celle qui commence par ces mots: Spirto gentil che quelle membra reggi [706] que Voltaire a cru, d'après plusieurs auteurs, adressée au fameux tribun Cola Rienzi; mais qui l'est évidemment à l'un des frères de l'évêque de Lombès, au jeune Etienne Colonne, lorsqu'il fut nommé sénateur de Rome [707]. Pétrarque y reprend avec force les vices et surtout l'oisive et lâche indifférence où l'Italie était plongée, tandis que des étrangers se partageaient ses dépouilles; il y fait entendre ce grand nom de peuple de Mars; il rappelle ceux des Brutus, des Scipion et des Fabricius; il les fait résonner aux oreilles des Romains assoupis, et il espère que son héros les réveillera de leur honteuse léthargie.
[Note 706: ][ (retour) ] Canz. 11.
[Note 707: ][ (retour) ] Voy. Mém. pour la Vie de Pétr., etc., t. I, p. 276.
Mais ces idées et ces sentiments, dignes de l'ancienne Rome, brillent surtout dans cette belle ode que lui dicta son amour pour sa chère Italie, dans un moment où il la voyait déchirée par les guerres sanglantes que se faisaient entre eux de petits princes, sans qu'il pût résulter de cette longue effusion de sang, rien de bon ni d'honorable pour elle. Cette canzone [708] est une des plus belles productions de la lyre italienne. La gravité du style y répond à celle de la matière. Tout y est noble et revêtu d'une sorte de majesté. Au lieu de figures vives et brillantes, ce sont des images et des pensées pleines de magnificence et de dignité. Le poëte se représente lui-même, dans la première strophe, désirant que l'expression de ses soupirs soit telle que l'espèrent le Tibre, l'Arno et le Pô, près des bords duquel il est assis; ce qui fait conjecturer qu'a Rome, à Florence et à Parme, où l'on croit qu'il était alors, on l'avait engagé à composer sur ce sujet qui intéressait toute l'Italie [709], et à se jeter, pour ainsi dire, le rameau poétique à la main, au milieu de ces furieux. C'est donc une sorte de mission sacrée qu'il remplit, et c'est sans doute ce qui lui a inspiré le ton qu'il prend et qu'il soutient dans toute cette ode. Il s'adresse à l'Italie elle-même, dont le beau corps est couvert de plaies mortelles, et à Dieu pour qu'il prenne en pitié sa nation chérie, qu'il fléchisse les cœurs endurcis par le bruit des armes, et qu'il les dispose à écouter la vérité qui va s'énoncer par sa voix.
[Note 708: ][ (retour) ] Italia mia, ben che'l parlar sia indarno, etc. Part. I, canz. 29.
[Note 709: ][ (retour) ] Voy. Mém. pour la Vie de Pétr., t. II, p. 186.
«O vous, dit-il ensuite à ces princes, vous à qui la Fortune a remis le gouvernement des belles contrées dont il ne paraît pas que vous ayez la moindre pitié, que font ici toutes ces armes étrangères? Est-ce pour que vos plaines verdoyantes soient teintes du sang des barbares? Une vaine erreur vous flatte: vous cherchez dans un cœur vénal l'amour et la fidélité. Celui de vous qui soudoie plus de soldats est environné de plus d'ennemis. Oh! de quels étranges déserts ce torrent est-il descendu pour inonder nos douces campagnes? Si nous ne l'arrêtons de nos propres mains, qui pourra nous en garantir? La Nature avait pourvu à notre sûreté, quand elle plaça les Alpes comme un rempart entre nous et la fureur germanique; mais le désir aveugle, et constant à vouloir ce qui est contraire au bien; n'a point eu de repos qu'il n'ait procuré à un corps sain une maladie mortelle. Maintenant que, dans une même enceinte, habitent des bêtes sauvages et de paisibles brebis, c'est toujours aux bons à gémir. Et, pour comble de maux, ce sont ici les descendants de ce peuple barbare et sans lois, à qui Marius fit de si profondes blessures, que la mémoire s'en conserve encore, quand, accablé de soif et de fatigue, il but dans le cours du fleuve, moins de l'eau que du sang [710].