[Note 113: ][ (retour) ] C. XXI.

[Note 114: ][ (retour) ]

Quale nell' Arzanà de' Viniziani
Bolle l'inverno la tenace pece,
A rimpalmar li legni lor non sani
, etc.

[Note 115: ][ (retour) ] Il dit cela dans un vers satyrique d'excellent goût.

Ogni uom v'è baratlier, fuor che Bonturo.

Ce Bonturo Bonturi, de la famille des Dati, était, selon tous les commentateurs, le plus effronté de tous les barattieri, ou trafiquants d'emplois, de la ville de Lucques. Cette ironie spirituelle et piquante ne serait pas déplacée dans une satyre d'Horace. En italien, la baratteria est pour les emplois publics ce qu'est la simonia pour ceux de l'église.

[Note 116: ][ (retour) ]

Quì non ha luogo il santo Volto.

Allusion à une sainte Face miraculeuse que les Lucquois prétendaient posséder, et dont il paraît qu'ils étaient très-fiers.

[Note 117: ][ (retour) ] Je passe ici, pour abréger, beaucoup de détails que les adorateurs du Dante regretteront peut-être: je crois pourtant qu'il en a peu qui soient vraiment à regretter. Ils me pardonneront du moins de n'avoir rien dit du dernier vers de ce vingt et unième chant.

La cohorte se met en marche, cela rappelle au Dante des idées militaires, et pour ainsi dire bruyantes: sa poésie devient pompeuse et bruyante comme elles. «J'ai vu, dit-il [118], des cavaliers marcher en bataille, ou commencer l'attaque, ou passer en revue, et quelquefois battre en retraite; j'ai vu, ô gens d'Arezzo, des troupes légères insulter votre territoire et y faire des expéditions rapides: j'ai vu des tournois et des joutes guerrières, tantôt au son des trompettes, ou au son des cloches portées sur des chars, tantôt au bruit des tambours, ou signal donné par les châteaux avec des instruments, soit de notre pays, soit des nations étrangères; mais je n'ai jamais vu marcher au son d'instruments si bizarres ni cavaliers ni piétons; on n'entendit jamais un pareil bruit sur un vaisseau quand on signale la terre ou les étoiles». C'est dans cet appareil qu'ils côtoyent l'étang de poix bouillante ou les prévaricateurs sont plongés. Il se passe entre les damnés et les diables des scènes horribles et ridicules. Ces diables, quand ils sont en gaîté ne sont pas de trop bons plaisants. C'est, à ce qu'il paraît, quelqu'une de ces farces grossières qu'on représentait alors devant le peuple, et où l'on mettait aux prises de pauvres âmes avec des diables armés de tisons et de fourches (spectacles un peu différents de ceux qui amusaient les loisirs, élevaient et anoblissaient les sentiments et les pensées des anciens peuples), c'est quelqu'une de ces représentations fanatiques et burlesques, qui aura donné au Dante l'idée de cette espèce de comédie dans l'Enfer. L'action en est vive, pétulante, mais elle ne produit rien que de triste et de rebutant pour le goût. Plus on reconnaît le poëte dans quelques comparaisons et dans quelques détails, plus on regrette de voir la poésie employée à un tel usage. Un Navarrois [119], favori du bon roi Thibault, comte de Champagne, et un moine de Gallura en Sardaigne [120], tourmentés pour le trafic honteux qu'ils firent sur la terre, ne sont pas des morts assez connus pour donner le moindre intérêt à ces détails.

[Note 118: ][ (retour) ] C. XXII.

Io vidi già cavalier muover campo,
E cominciare stormo, e far la mostra,
E talvolta partir per loro scampo
, etc.

[Note 119: ][ (retour) ] Giampolo, ou Ciampolo.

[Note 120: ][ (retour) ] Frate Gomita, favori de Nino de' Visconti de Pise, gouverneur ou président de Gallura.

Les deux poëtes ont enfin l'adresse d'échapper à ces diables tapageurs, à cette soldatesque infernale, et de passer dans la sixième vallée [121]. Ils sont poursuivis; mais Virgile prend Dante dans ses bras, l'emporte et le sauve. Cette action réveille la sensibilité exquise et profonde de notre poëte: quelque naturelle qu'elle fût en lui, on ne comprend pas comment il pouvait la retrouver au fond de ces abîmes, et parmi d'aussi tristes fictions, «Mon guide m'enleva, dit-il, comme une mère réveillée par le bruit et qui voit près d'elle les flammes de l'incendie, prend son fils, fuit sans s'arrêter, plus occupée de lui que d'elle-même, et sans prendre même le temps de se vêtir [122]. Il se laisse aller à la renverse en me tenant ainsi sur la pente de ces rochers. L'eau qui se précipite par un canal pour tourner la roue d'un moulin, ne coule pas aussi rapidement que mon maître descendit alors, en me portant sur sa poitrine, plutôt comme son fils que comme un compagnon de voyage [123]».