[Note 133: ][ (retour) ] Ils donnent Ulysse pour fondateur à Lisbonne, ou Ulisbonne, ville située sur cette mer.

[Note 134: ][ (retour) ] Le discours d'Ulysse à ses compagnons paraît plus favorable à cette dernière vue «Ne refusez pas, leur dit-il, à ce peu de vie qui vous reste, la connaissance d'un monde sans habitants, que vous pouvez acquérir en suivant le cours du soleil.

A questa tanto picciola vigilia
De' vostri sensi, ch'è del rimanente,
Non vogliate negar l'esperienza,
Diretro al sol, del mondo senza gente
.

Une autre flamme s'avance [135]; ses pointes recourbées s'agitent en forme de langue, comme celles de la première, et font entendre des gémissements et des plaintes semblables aux mugissements du taureau brûlant de Sicile, qui rendit pour premiers sons les cris de son inventeur [136].

[Note 135: ][ (retour) ]C. XXVII.

[Note 136: ][ (retour) ]

Come'l bue Civilian che mugghiò prima
Col pianta di colui
(e ciò fu dritto)
Che l'avea temperato con sua lima,
Mugghiava con la voce dell' afflitto
, etc.

littéralement: «Ce taureau d'airain mugissait avec la voix du malheureux qui y était enfermé,» expression neuve et aussi juste que poétique.

C'est l'âme de Gui de Montefeltro qui est renfermée dans cette flamme. Gui reconnaît Dante, et l'interroge le premier sur l'état actuel de la Romagne, qu'il avoue avoir été sa patrie. Dante l'en instruit en peu de mois, et l'interroge à son tour. Gui lui raconte alors son histoire. Il avait été homme de guerre, célèbre par des actions d'éclat, mais où la ruse avait plus de part que le courage. Il s'était fait ensuite Cordelier [137], et ne songeait qu'à son salut, quand le prince des nouveaux Pharisiens, qui était en guerre, non avec les Sarrazins ou les Juifs, mais avec des Chrétiens [138], vint dans son cloître, et lui demanda quelque ruse pour perdre ses ennemis, et pour leur prendre Preneste. Il vit en lui des scrupules; mais il parvint à les lever, et à lui arracher cette espèce d'oracle, qu'au reste celui qui le demandait était fort en état de se prononcer à lui-même: Beaucoup promettre et tenir peu t'assurera la victoire [139]. Ce pape, car on reconnaît ici Bonifaoe VIII, à qui notre poëte ne perd aucune occasion de rendre le mal que Boniface lui avait fait; ce pape avait promis à Gui le ciel pour récompense. Je puis, comme tu sais, lui avait-il dit, fermer et ouvrir le ciel, et c'est pour cela que nous avons deux clefs [140]; mais à sa mort, lorsque saint François vint pour s'emparer de son âme, un diable plus prompt la saisit et la jeta dans le brasier éternel. Cela est raconté très-sérieusement, et même en très-bons vers. Je l'abrège en prose tout aussi sérieuse, et crois inutile de répéter ici des réflexions que chacun fait assez de soi-même.

[Note 137: ][ (retour) ]

I fui uom d'arme, e po' fui cordigliero.

Ces moines étaient ainsi nommés en France, dit le P. Lombardi, à cause de la corde qui leur servait de ceinture. Le véritable mot italien est francescano.

[Note 138: ][ (retour) ]

Lo Principe de' nuovi Farisei.

Ce prince est le Pape, et ces nouveaux Pharisiens, les cardinaux et les prélats de sa cour: les Chrétiens avec lesquels il était en guerre, étaient les Colonna, dont le palais était voisin de Saint-Jean-de-Latran;

Avendo guerra presso a Laterano.

[Note 139: ][ (retour) ]

Lunga proniessa, con l'attender corto
Ti farà trionfar nell' alto seggio
.

D'après ce conseil, le vieux pape feignit d'être touché du sort des Colonna qui étaient renfermés dans cette ville; il promit de leur pardonner, et de les rétablir dans leurs biens, s'ils lui remettaient Preneste, et s'ils s'humiliaient devant lui. Ils rendirent la ville, et le pape la fit raser tout entière, et les persécuta plus obstinément que jamais.

[Note 140: ][ (retour) ]

Lo ciel poss'io serrare e disserrare,
Come tu sai: però son due le chiavi
.