[Note 147: ][ (retour) ] Son nom était Griffolin. Il avait fait croire à l'imbécille Albert qu'il savait l'art de voler dans l'air, et lui avait promis de le lui apprendre. N'ayant pu remplir sa promesse, Albert se plaignit à l'évêque de Sienne, qui le regardait comme son fils; cet évêque fit un procès à Griffolin, et le condamna au feu comme magicien. Mais ce n'est pas pour cela que celui-ci est damné. Minos, à qui on n'en impose pas, lui a infligé cette peine parce qu'il avait fait dans le monde le métier trompeur d'alchymiste.
. . . . . . . Hor fu giamai
Gente si vana come la Senese?
Certo non la Francesca si d'assai.
Per gente vana intende egli gente di poco senno.
(Lombardi.)
C'est par des exemples tirés des fureurs d'Athamas et de celles d'Hécube que Dante essaie de nous faire comprendre [150] la rage que paraissaient éprouver deux ombres qui couraient comme des forcenées: ce sont celles de deux faussaires qui le furent dans deux genres bien différents; mais on doit être maintenant fait à ces disparates. L'une est l'âme antique de la scélérate Myrrha [151], qui se rendit plus amie de son père qu'une fille ne doit l'être, en se cachant sous de fausses apparences; l'autre est un Florentin qui avait escroqué une belle jument, en dictant et signant un testament faux, dans le goût de celui de notre comédie du Légataire. Maître Adam, faux monnoyeur de Brescia, est gonflé par l'hydropisie et brûlé par la soif. «Les clairs ruisseaux qui des vertes collines du Casentin tombent dans l'Arno, et leurs canaux bordés de frais ombrages, lui sont toujours présents, et leur image le dessèche plus encore que la maladie qui le consume [152]». Sentiment naturel et profond que le Tasse a très-heureusement imité dans le treizième chant de son poëme, lorsqu'il fait cette admirable description de la sécheresse qui désola l'armée chrétienne, et qu'il peint, comme le Dante, l'effet que produisait sur des malheureux tourmentés par la soif l'image fraîche et humide des torrents des Alpes, des vertes prairies et des fraîches eaux, qui bouillonnait dans leur pensée [153]. Dante, qui se plaît toujours à mêler des personnages anciens avec les modernes, place dans cet Enfer des faussaires, non seulement l'incestueuse Myrrha, mais le traître Sinon et la femme de Putiphar, qui accusa faussement Joseph. Toutes ces ombres se querellent et s'injurient. Dante prête involontairement l'oreille et s'arrête. Virgile le rappelle à lui-même, et lui reproche de vouloir entendre ce qu'il y a de la bassesse à écouter. Dante rougit, et continue de suivre son maître.
[Note 150: ][ (retour) ] C. XXX.
Quell' è l'anima antica
Di Mirra scelerata, che divenne
Al padre fuor del dritto amore, amica.
Li ruscelletti, che de' verdi colli
Del Casentin discendon giuso in Arno,
Facendo i lor canali freddi e molli,
Sempre mi stanno innanzi, e non indarno,
Che l'immagine lor via più m'asciuga
Che'l male ond'io nel volto mi discarno.
Che l'immagine lor gelida, e molle
L'asciuga e scalda, e nel pensier ribolle.(Gierusal. lib. c. XIII., st. 80.)
Ils marchent tous deux en silence [154] vers le puits central qui conduit au neuvième et dernier cercle de l'Enfer, et jusqu'au fond de l'abîme. Ils n'ont pour se conduire qu'une fausse lueur qui est moins que la nuit et moins que le jour [155]. Tout à coup le son éclatant d'un cor se fait entendre, tel que Roland ne sonna point d'une manière aussi terrible après la douloureuse défaite de Charlemagne à Roncevaux. Dante tourne la tête de ce côté; il croit apercevoir de hautes tours. Ce sont trois géants énormes, Nembroth, Éphialte, Antée, qui s'élèvent en effet comme des tours, de la ceinture en haut, au-dessus des bords du puits. Le poëte s'arrête à décrire leur stature prodigieuse, et à peindre par des comparaisons l'effet que produit sur lui leur aspect. Son guide les lui fait connaître l'un après l'autre, avec des circonstances historiques et poétiques sur lesquelles nous ne pouvons nous arrêter. C'est à Antée qu'il s'adresse pour qu'il les descende dans ce puits. Antée les soulève tous deux d'une seule main, les dépose légèrement au fond du gouffre, et se redresse comme le mât d'un vaisseau.
[Note 154: ][ (retour) ] C. XXXI.