[Note 169: ][ (retour) ]

Libertà va cercando, ch'è si cara
Come sa chi per lei vita rifiuta.

Des objections théologiques ont été faites à notre poëte, sur la place qu'il assigne à Caton dans les avenues du Purgatoire, et sur l'espérance qu'il lui donne d'un sort heureux au jour du jugement. Le dernier commentateur du Dante, le P. Lombardi, répond à ces objections comme il peut, mais cela n'importe guère à ceux qui, comme nous, ne considèrent ce poëme que du côté poétique.

Caton apprend aux deux poëtes ce qu'ils doivent faire pour gravir cette montagne d'expiations et d'épreuves. Il faut d'abord que Dante se ceigne d'une ceinture de joncs cueillis au bord de la mer [170], et qu'il se lave le visage, pour en effacer la fumée des brasiers infernaux. Après ces instructions, il disparaît. Dante se lève, et se dispose à suivre de nouveau son maître. Au lever de l'aurore, ils remplissent d'abord les formalités expiatoires qui leur ont été prescrites. Le soleil paraît [171], et ils voient s'avancer un objet lumineux qui voguait rapidement sur les eaux. C'est une barque remplie d'âmes qui vont au Purgatoire, et un ange éclatant de blancheur et de lumière qui les y conduit [172]. Elles chantent, en approchant, le cantique que les Hébreux chantèrent après la sortie d'Égypte. L'ange, quand il les a déposées sur le rivage, s'en retourne aussi promptement qu'il est venu [173]. Ces âmes vont errant comme des étrangères dans un pays inconnu: elles aperçoivent les deux voyageurs, et leur demandent quel chemin elles doivent suivre. Virgile leur apprend qu'ils sont étrangers comme elles, et qu'ils sont parvenus en ce lieu par un chemin si difficile, que la route qu'ils doivent faire en montant ne leur paraîtra qu'un jeu. Les âmes, en s'approchant du Dante, s'aperçoivent à sa respiration qu'il vit encore. Elles sont frappées d'étonnement, et l'entourent en foule, comme le peuple se presse, pour apprendre des nouvelles, autour d'un messager qui porte en signe de paix une branche d'olivier.

[Note 170: ][ (retour) ] Le jonc, disent ici les commentateurs, est par son écorce unie et lisse le symbole de la pureté et de la simplicité; il est, par sa souplesse, celui de la patience, toutes vertus nécessaires dans le chemin du ciel.

[Note 171/: ][ (retour) ] C. II.

[Note 172: ][ (retour) ] Je ne dis rien de plus ici de cet ange qui est peint; comme tout le reste, d'une manière admirable. Je reviendrai plus loin sur cet objet.

[Note 173: ][ (retour) ]

Ed el sen gì, come venne, veloce.

L'une des ombres s'avance vers lui pour l'embrasser, avec tant d'affection qu'il fait vers elle un mouvement pareil. Mais il sent alors le vide de ces ombres, qui n'ont de réel que l'apparence. Trois fois il étend ses bras, et trois fois, sans rien saisir, ils reviennent sur sa poitrine. L'ombre sourit, et se montre enfin si bien à lui, qu'il reconnaît en elle Casella, son maître de musique et son ami. Ils s'entretiennent quelque temps avec toute la tendresse de l'amitié; ensuite le poëte, fidèle à son goût pour la musique, prie Casella, s'il n'a point perdu la mémoire ou l'usage de ce bel art, de le consoler dans ses peines, par la douceur de son chant; le musicien ne se fait point prier; il chante une canzone de Dante lui-même [174], avec une voix si douce et si touchante, que Dante et Virgile, et toutes les âmes venues avec Casella, restent enchantées de plaisir. Cette petite scène lyrique, au bord de la mer, a un charme particulier, surtout pour ceux qui ont voué, comme notre poëte, une affection constante à cet art consolateur. Mais le sévère Caton vient troubler leur jouissance; il leur rappelle qu'ils ont autre chose à faire que d'entendre chanter, et qu'ils doivent, avant tout, s'avancer vers la montagne. Ils se dispersent «comme des colombes occupées à becqueter un champ de blé, et qui voient paraître tout à coup un objet qui les effraye [175]

[Note 174: ][ (retour) ]


Amor che nella mente mi ragiona.

[Note 175: ][ (retour) ]

Come quando, cogliendo biada o loglio,
Gli colombi adunati alla pastura
, etc.