[Note 217: ][ (retour) ]

Piovve dentro alla fantasia, etc.

Il est enfin rendu à lui-même, et retiré comme d'un songe par l'éclat d'une lumière plus vive que toutes celles dont il avait été frappé. C'est encore un ange qui lui enseigne le chemin par où il doit monter au cercle supérieur. Il y monte avec Virgile. Ce cercle est celui des paresseux. Ici Dante se fait donner par son maître une longue explication métaphysique sur l'amour, passion de la nature toujours bonne en soi, et sur l'amour, passion de notre volonté, qui, selon qu'elle est bien ou mal dirigée, fait naître en nous des affections haineuses ou des affections aimantes. Les affections haineuses sont expiées dans les trois premiers cercles que nous avons parcourus: la négligence à poursuivre les effets des affections aimantes l'est dans le quatrième, où nous sommes; et ces affections poussées à l'excès deviennent des vices qui sont punis dans les trois cercles supérieurs qui nous restent à parcourir. Cette dissertation interrompue est reprise une seconde fois [218]; Dante s'explique, par la bouche de Virgile, en philosophe instruit de la doctrine platonique sur l'amour. Son langage est celui de l'école; on peut regretter qu'il ne soit pas plutôt celui du cœur. Virgile mêle à ses explications quelques nouvelles solutions sur le libre arbitre; et toujours il renvoie à Béatrix (c'est-à-dire, sous ce nom si cher, à la Théologie personnifiée) les dernières réponses que l'on peut faire sur cette grande question. Une foule d'ombres vient briser ce long entretien. Elles courent, comme les Thébains couraient pendant la nuit, le long de l'Asopus et de l'Ismène, en cherchant le dieu Bacchus. Elles s'excitent l'une l'autre dans leur course, en rappelant à haute voix des exemples tirés de l'Histoire sainte et de l'Histoire profane, où la célérité de l'action en décida le succès [219]. Quand cette espèce de tourbillon s'est dissipé [220], le poëte est encore saisi par le sommeil, et son imagination lui offre un nouveau songe.

[Note 218: ][ (retour) ] C. XVIII.

[Note 219: ][ (retour) ] C'est Marie qui courut en allant visiter Elisabeth dans les montagnes; et César qui, pour soumettre Herda (aujourd'hui Lérida), partit de Rome, alla faire assiéger Marseille par un de ses lieutenants, et courut de-là en Espagne. Ce mélange que fait le Dante du sacré avec le profane, dans ses citations historiques, est si fréquent, qu'il en faut conclure que ce n'était point en lui un effet des caprices de l'imagination, mais un système.

[Note 220: ][ (retour) ] J'omets ici à dessein ce que Dante fait dire par une de ces ombres, celle d'un abbé de St.-Zenon à Vérone; elle lance en courant un trait contre un homme puissant, et lui prédit qu'il se repentira bientôt d'avoir un pied déjà dans la tombe (l'un piede entro la fossa), donné par force pour abbé à ce couvent son fils naturel, difforme de corps et plus encore d'esprit. Ces traits de satire particulière sont sans intérêt pour nous, si nous n'en connaissons pas l'objet; et si nous apprenons des commentateurs que celui-ci est dirigé contre le vieil Albert de la Scala, l'un de ces seigneurs de Vérone chez qui Dante avait été si bien accueilli dans son infortune, c'est une raison de plus pour ne nous y pas arrêter.

A l'heure de la nuit où ce qui restait de la chaleur du jour ne peut plus résister au froid de la lune, de la terre, et peut-être, ajoute-t-il, de Saturne, une femme bègue, boiteuse et difforme lui apparaît, et devient à ses yeux une sirène qui le charme par sa beauté et par son chant. Mais une autre femme belle et sévère paraît, s'élance sur la sirène, déchire ses vêtemens, et ne fait voir dans ce qu'elle découvre qu'un objet hideux et si infect que le poëte se réveille; emblême énergique, mais peut-être un peu crûment exprimé, des trois vices expiés dans les trois cercles supérieurs.

Une voix bien différente appelle Dante pour le conduire au premier de ces trois cercles, qui est le cinquième du Purgatoire: c'est la voix d'un ange dont le parler est si doux qu'on n'entend rien de semblable dans ce séjour mortel. Ses deux ailes étendues ressemblaient à celles du cygne. Il planait au-dessus des deux voyageurs, et agitait doucement l'air en promettant le bonheur à ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Cette image douce et d'une suavité céleste contraste admirablement avec la première; et cet ange qui promet des consolations en apporte, pour ainsi dire, au lecteur par son apparition même. Les avares, qui sont punis dans ce cercle, rampent sur le ventre, les pieds et les mains liés, forcés de regarder la terre où ils eurent toujours les yeux attachés pendant leur vie. L'un d'eux est le pape Adrien V, de la maison de Fiesque; il ne régna qu'un mois et quelques jours, mais ce peu de temps lui suffit pour reconnaître que le manteau pontifical est si pesant pour qui veut le porter sans tache, que tout autre fardeau paraît léger comme la plume.

Une autre de ces ombres avares, parmi des plaintes qui ressemblent à celles d'une femme dans les douleurs de l'enfantement [221], tient des discours qui feraient difficilement deviner ce qu'elle fut sur la terre. Elle invoque la vierge Marie; qui fut si pauvre qu'elle ne trouva qu'une étable où déposer son saint fardeau; le bon Fabricius, qui préféra la pauvreté à des richesses mal acquises, et enfin saint Nicolas, dont la libéralité sauva trois jeunes filles du déshonneur où allait les plonger la pauvreté de leur père.... C'est Hugues Capet qui parle ainsi; non pas le premier roi de la race capétienne, mais son père Hugues-le-Grand, duc de France et comte de Paris, qui fut, avant son fils, surnommé Cappatus, Capet, pour des raisons sur lesquelles nos historiens ne s'accordent pas [222]: «Je fus, dit-il, la tige de cet arbre maudit, qui étend son ombre malfaisante sur toute la chrétienté.» C'est sur ce ton, dicté par les ressentiments du poëte, que Hugues fait sa propre confession et celle de ses descendants. Le Dante n'a garde d'oublier parmi eux ce Charles de Valois, qui l'avait chassé de sa patrie. «Par ses ruses, fait-il dire à Hugues Capet, par les seules armes dont se servit le traître Judas, il causera la perte de Florence; mais à la fin il n'y gagnera que de la honte, et une honte d'autant plus ineffaçable qu'une telle peine lui paraît plus légère à supporter.» C'est là qu'il en voulait venir; c'est pour arriver à Charles de Valois qu'il a fait se confesser Hugues Capet, qu'il l'a placé parmi les princes avares, et surtout qu'il l'a fait fils d'un boucher de Paris,

Figliuol d'un beccaio di Parigi.

[Note 221: ][ (retour) ] C. XX.