[Note 6: ][ (retour) ]

Vidi Ovidio maggiore
Che gli atti dell'amore
Che son così diversi
Rassembra e mette in versi
.

[Note 7: ][ (retour) ]

Ch'io v'era si invescato
Che gia da nullo lato
Potea mover passo.
Così fui giunto lasso

E messo in mala parte;
Ma Ovidio per arte
Mi diede maestria
Si ch'io trovai la via
, etc.

[Note 8: ][ (retour) ]

Or mi volsi di canto
E vidi un bianco manto:
Et io guardai più fiso
E vidi un bianco viso
Con una barba grande
Che su 'l petto si spande.
Li domandai del nome,
E chi egli era, e come
Si stava si soletto
Senza niun ricetto.
Cola dove fue nato
Fu Tolomeo chiamato
Mastro di strolomia [A]
E di filosofia
, etc.

[Note A: ][ (retour) ] Pour Astronomia.

Voilà donc une vision du poëte, une description de lieux et d'objets fantastiques, un égarement dans une forêt, une peinture idéale de vertus et de vices; la rencontre d'un ancien poëte latin qui sert de guide au poëte moderne, et celle d'un ancien astronome qui lui explique les phénomènes du ciel; et voilà peut-être aussi le premier germe de la conception du poëme du Dante, ou du moins de l'idée générale dans laquelle il jeta et fondit en quelque sorte ses trois idées particulières du Paradis, du Purgatoire et de l'Enfer [9]. Il aura une vision comme son maître; il s'égarera dans une forêt, dans des lieux déserts et sauvages, d'où il se trouvera transporté en idée partout où l'exigera son plan, et où le voudra son génie. Il lui faut un guide: Ovide en avait servi à Brunetto; dans un sujet plus grand, il choisira un plus grand poëte, celui qui était l'objet continuel de ses études, et dont il ne se séparait jamais. Il choisira Virgile, à qui la descente d'Enée aux enfers donne d'ailleurs pour l'y conduire une convenance de plus. Mais s'il est permis de feindre que Virgile peut pénétrer dans les lieux de peines et de supplices, son titre de Païen l'exclut du lieu des récompenses. Une autre guide y conduira le voyageur. Lorsque dans un de ses premiers écrits [10] il avait consacré le souvenir de Béatrix, objet de son premier amour; il avait promis, il s'était promis à lui-même de dire d'elle des choses qui n'avaient jamais été dites d'une femme. Le temps est venu d'acquitter sa promesse. Ce sera Béatrix qui le conduira dans le séjour de gloire, et qui lui en expliquera les phénomènes mystérieux.

[Note 9: ][ (retour) ] On nous a donné dans le Publiciste, 30 juillet 1809, des renseignements sur l'origine du poëme du Dante, tirés d'un journal allemand intitulé Morgenblatt, d'après lesquels ce serait dans une source très-différente que le Dante aurait puisé. On y annonce qu'un abbé du Mont-Cassin, nommé Joseph Costanzo, a récemment découvert qu'un certain Albéric, moine du même monastère, eut une vision qu'il eut soin d'écrire, et pendant laquelle il se crut conduit par saint Pierre, assisté de deux anges et d'une colombe, en Enfer et en Purgatoire, d'où il fut transporté dans les sept cieux et dans le Paradis. D'autres documents, dit-on, prouvent que cet Albéric fut reçu moine au Mont-Cassin en 1123, par l'abbé Gerardo, et que, par ordre d'un autre abbé, un diacre alors célèbre sous le nom de Paolo rédigea de nouveau la vision d'Albéric. On ajoute que le manuscrit du diacre Paolo existe, et que sa date ne peut tomber qu'entre les années 1159 et 1181. Albéric, qu'il ne faut pas confondre avec un autre Albéric, son contemporain, aussi moine du Mont-Cassin, et de plus cardinal, a comme lui un article dans les Scrittori Italiani du comte Mazzuchelli. On y trouve tous ces faits, si ce n'est qu'au lieu d'un nommé Paul, c'est un nommé Pierre diacre, qui retoucha la vision d'Albéric. C'est de celui-ci que la chronique d'Ostie dit positivement: Visionem Alberici monaci Cassinensis corruptam emendavit. Pierre diacre n'est pas tout-à-fait inconnu dans l'histoire littéraire de ce temps: il est auteur du livre De Viris illustribus Cassinensibus, cité dans le même article du Publiciste, et qui a été publié, avec de savantes notes, par l'abbé Mari. Enfin, selon Mazzuchelli, il existe un exemplaire du livre d'Albéric, De visione sua, dans la Bibliothèque de la Sapience à Rome. Le père Joseph Costanzo n'a donc pas eu beaucoup de peine à faire sa découverte: il faudrait avoir sous les yeux l'ouvrage dans lequel il l'annonce, et qui paraît avoir été publié à Rome au commencement de ce siècle; ne l'ayant pas, ne connaissant tous ces faits que par un journal français qui les a tirés d'un journal allemand, qui les tirait lui-même d'une lettre écrite par un professeur italien, on doit s'abstenir de juger. Le journaliste français, le seul que je puisse citer, allègue plusieurs ressemblances entre la vision d'Albéric et le poëme du Dante: il y en a de frappantes; je ne sais seulement où il a pu voir que l'aigle qui transporte le poëte aux portes du Purgatoire est une colombe chez le moine. Il n'est pas du tout question d'aigle dans le passage que fait le Dante de l'Enfer au Purgatoire, et il arrive à cette seconde partie de son voyage par de tout autres moyens. Je n'ai jamais vu non plus de forêt dans le vingt-troisième chant de l'Enfer. Mais, demandera-t-on, comment le Dante eut-il connaissance de cette vision pour l'imiter? La notice répond que l'on conserve à Florence, dans la Bibliothèque Laurentienne, un manuscrit du Dante enrichi de notes par le savant Bandini; que d'après ces notes, le Dante avait fait deux fois le voyage de Naples avant son exil, et que dans ces voyages il dut entendre parler de la vision d'Albéric, qui était sans doute connue dans le pays, puisque des artistes en empruntaient des sujets de tableaux, comme le prouve un vieux tableau situé, dit-on, dans l'église de Frossa. Il est même vraisemblable que cette vision lui fut communiquée à l'abbaye même du Mont-Cassin, car on trouve dans le vingt-deuxième chant de son poëme un passage qui prouve qu'il la visita. J'ignore si cette conjecture est due au chanoine Bandini, ou à l'auteur italien de la lettre, ou à celui du journal allemand ou enfin au journaliste français; mais ce qu'il y a de certain, c'est que, dans le vingt-deuxième chant de l'Enfer, il n'y a rien et ne peut rien y avoir qui ait rapport à une visite au Mont-Cassin. Quant au double voyage à Naples, ce serait un fait d'autant plus intéressant à éclaircir, qu'il n'en est rien dit dans aucune des Vies du Dante publiées jusqu'à présent, depuis celle qu'écrivit Boccace qui avait séjourné lui-même assez long-temps à Naples et qui n'aurait pu ignorer ce voyage, jusqu'aux excellents Mémoires de Pelli, qui a mis tant de soin et une critique si éclairée dans ses recherches. L'autorité de Bandini est très-respectable, mais il faudrait voir soi-même les notes de lui que l'on cite, ou en avoir une copie authentique. Ce fait vaut la peine d'être vérifié, et j'espère qu'il le sera.

[Note 10: ][ (retour) ] Dans la Vita nuova. Voyez ce qui en a été dit, t. I, p. 466.

A mesure que dans cette tête forte un si vaste plan se développe, les richesses de la poésie viennent s'y placer comme d'elles-mêmes; les beautés qui naissent du sujet l'enflamment, et les difficultés l'irritent sans l'arrêter; il s'en offre cependant une qui dut sembler d'abord invincible. Comment ces trois parties si différentes formeront-elles un seul tout! Comment dans un seul édifice les ordonner toutes trois ensemble? Comment passer de l'une à l'autre? Aura-t-il trois visions? Et s'il n'en a qu'une, comme la raison et cet instinct naturel du goût qui en précède les règles paraissent l'exiger, comment, dans un seul voyage, parcourra-t-il l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis? Comment d'ailleurs, dans ces trois enceintes de douleurs et de félicités, pourra-t-il graduer sans confusion, selon les mérites, et l'infortune et le bonheur? Ces obstacles étaient grands, et tels peut-être qu'il les faut au génie pour qu'il exerce toute sa force. Celui du Dante y trouva l'idée de la machine poétique la plus extraordinaire et de l'ordonnance la plus neuve et la plus hardie.

Après des fictions, des allégories et des descriptions préparatoires, il arrive avec son guide à l'entrée d'un cercle immense, où déjà commencent les supplices; de ce cercle ils descendent dans un second plus petit, de celui-ci dans un troisième, et ainsi jusqu'à neuf cercles, dont le dernier est le plus étroit. Chaque cercle est partagé en plusieurs divisions, que le poëte appelle bolge, cavités, ou fosses, où les tourments varient comme les crimes, et augmentent d'intensité à proportion que le diamètre du cercle se rétrécit. Parvenus au dernier cercle, et comme au fond de cet immense et terrible entonnoir, ils rencontrent Lucifer, qui est enchaîné là, au centre de la terre et comme à la base de l'Enfer. Ils se servent de lui pour en sortir. A l'instant où ils arrivent au point central de la terre, ils tournent sur eux-mêmes; leur tête s'élève vers un autre hémisphère, et ils continuent de monter jusqu'à ce qu'ils voient paraître d'autres cieux.

Ils arrivent au pied d'une montagne qu'ils commencent à gravir; ils montent jusqu'à une certaine hauteur, où se trouve l'entrée du Purgatoire, divisé en degrés ascendants comme l'Enfer en degrés contraires. Dans chacun, ils voient des pécheurs qui expient leurs fautes et qui attendent leur délivrance. Chaque cercle ou degré est le lieu d'expiation d'un pêché mortel; et comme on compte sept de ces péchés, il y a sept cercles qui leur correspondent. Au-delà du septième, la montagne s'élève encore jusqu'à ce que, sur son sommet, on trouve le Paradis terrestre. C'est là que Virgile est obligé de quitter son élève et de le livrer à lui-même. Dante n'y reste pas long-temps. Béatrix descend du ciel, vient au-devant de lui, et lui ayant fait subir quelques épreuves expiatoires, l'introduit dans le séjour céleste. Elle parcourt avec lui les cieux des sept planètes, s'élève jusqu'à l'empirée, et le conduit au pied du trône de l'Éternel, après avoir, dans chaque degré, répondu à ses questions, éclairci ses doutes, et lui avoir expliqué les difficultés les plus embarassantes de la théologie et ses plus secrets mystères, avec toute la clarté que ces matières peuvent permettre, avec une poésie de style qui se soutient toujours, et une orthodoxie à laquelle les docteurs les plus difficiles n'ont jamais rien pu reprocher.