[Note 250: ][ (retour) ] C. XXVI. Je passe ici tous les détails, les uns comme inutiles, les autres comme impossibles à rendre dans notre langue et dans nos mœurs.

[Note 251: ][ (retour) ] Nous avons vu précédemment, t. I, p. 410, note 1, qu'on avait eu tort de vouloir s'appuyer de ce passage pour prouver que Guido Guinizzelli avait été l'un des maîtres du Dante; il prouve positivement le contraire.

[Note 252: ][ (retour) ]

Versi d'amore e prose di romanzi
Soverchiò tutti
.

Un obstacle reste encore à franchir pour sortir de ce dernier cercle [253]; ce sont ces flammes mêmes qui en remplissent l'enceinte. Quoique invité par l'ange, et fortement encouragé par Virgile, Dante craint d'approcher de ce feu qu'il faut traverser; mais son maître emploie enfin un motif tout puissant sur lui. «Vois, mon fils, lui dit-il, entre Béatrix et toi, il n'y a plus que ce seul mur.» Comme au nom de Thisbé, continue le poëte, Pyrame, près de mourir, ouvrit les yeux et la regarda, lorsque le fruit du mûrier prit une couleur vermeille [254], ainsi céda toute ma résistance, et je me tournai vers mon sage guide, quand j'entendis le nom qui renaît sans cesse dans mon cœur.» Virgile entre dans les flammes; Stace et Dante le suivent. Le maître, pour soutenir le courage de son élève, lui parle encore de Béatrix, dont il croit, dit-il, voir déjà briller les yeux. Je ne sais, mais il me semble qu'il y a un grand charme dans ce souvenir puissant d'une passion si ancienne et si pure.

[Note 253: ][ (retour) ] C. XXVII.

[Note 254: ][ (retour) ]

Come al nome di Tisbe op rse'l ciglio
Piramo, in su la morte, e riguardalla,
Allor che'l gelso diventò vermiglio
, etc.

En s'échappant, pour la dernière fois, de ce séjour où le sentiment de l'espérance est toujours flétri par le spectacle des peines, le poëte, désormais tout entier à l'espérance, paraît s'élancer dans un ordre tout nouveau d'idées, de sentiments et d'images. Entouré, par la force de son imagination créatrice, d'objets riants et mystérieux, il donne à son style pour les peindre, la teinte même de ces objets. Sa marche, son repos, ses moindres gestes sont fidèlement retracés; il puise ses comparaisons, comme ses images, dans les tableaux les plus simples et les plus doux de la vie champêtre. Il monte les degrés où le soleil, qui se couche derrière lui, projette au loin l'ombre de son corps. Cette ombre s'accroît, et disparaît bientôt dans l'obscurité générale: la nuit s'étend sur la montagne. Les trois poëtes se couchent, en attendant le jour, chacun sur un des échelons qui y conduisent. «Tels que des chèvres légères et capricieuses sur la cime des monts avant d'avoir pris leur pâture [255], se reposent en silence, et ruminent à l'ombre, pendant la plus grande chaleur du jour, gardées par le berger, qui s'appuie sur sa houlette, et qui veille à leur sûreté; ou tel que le pasteur, loin de sa chaumière, reste éveillé toute la nuit auprès de son troupeau, regardant sans cesse si quelque bête féroce ne vient point le disperser; tels nous étions tous trois, moi comme la chèvre, eux comme les bergers, renfermés dans l'espace étroit qui conduisait sur la montagne.»

[Note 255: ][ (retour) ]

Quali si fanno, ruminando, manse
Le capre, state rapide e proterve,
Sopra le cime, prima che sien pranse,
Tacite all'ombra, mentre che'l sol ferve
, etc.

Couché sur ces marches pendant une belle nuit, il regarde briller les étoiles qui lui paraissent plus éclatantes et plus grandes qu'à l'ordinaire; il s'endort enfin à l'heure où l'astre de Vénus paraît vers l'orient. Voici encore un songe, une vision, mais qui n'a plus rien d'incohérent et de funeste. Il voit dans une riche campagne la belle et jeune Lia qui va chantant et cueillant des fleurs pour se faire une guirlande. «Ma sœur Rachel, dit-elle dans son chant, ne peut se détacher de son miroir; elle y est assise tout le jour. Elle se plaît à contempler la beauté de ses yeux, comme je me plais à voir l'ouvrage de mes mains; voir est pour elle un plaisir, comme agir en est un pour moi.» Sous l'emblême de ces deux filles de Laban, les interprètes reconnaissent tous ici l'image de la vie active et de la vie contemplative; et cette allégorie du moins est pleine de mouvement et de grâce.

Le sommeil du Dante se dissipe en même temps que les ténèbres de la nuit. Virgile lui annonce qu'il touche au terme de son voyage; que ce jour même le doux fruit que les mortels recherchent avec tant de soins et de peines, apaisera la faim qui le dévore. Ils arrivent ensemble au haut de ces degrés rapides; Virgile lui dit alors: «Mon fils, tu as vu le feu qui doit s'éteindre et le feu éternel; tu es arrivé au point au-delà duquel ma vue ne peut plus s'étendre. J'ai employé à t'y conduire mon génie et mon art. Prends désormais ton plaisir pour guide. Tu es hors des routes difficiles, et des voies étroites. Vois ce soleil qui rayonne sur ton visage, vois l'herbe tendre, les fleurs et les arbrisseaux que cette terre produit sans culture: tu peux t'y asseoir; tu peux y marcher à ton gré, en attendant l'arrivée de celle dont les beaux yeux m'ont engagé par leurs larmes à venir à toi. N'attends plus de moi ni discours ni conseils. En toi le libre arbitre est maintenant droit et sain, et ce serait une erreur que de ne pas agir d'après lui: je te couronne donc roi et souverain de toi même.» En effet, depuis ce moment, ou l'allégorie générale du poëme se fait si clairement sentir, Virgile reste encore auprès du Dante jusqu'à l'arrivée de Béatrix, mais il ne lui parle plus: il n'est plus là que pour remettre en quelque sorte à Béatrix elle-même celui qu'elle lui avait recommandé.