[Note 15: ][ (retour) ] Ibid, p. 36.

Il n'en est peut-être pas de même du Puits et du Purgatoire de saint Patrice, épisode d'un vieux roman, d'où Fontanini et d'autres critiques [16] pensent que notre poëte a pu tirer l'idée de la forme de son Enfer. Ce roman est intitulé Guerino il Meschino, Guérin le malheureux ou le misérable; la fable du puits de saint Patrice, tirée des légendes du temps, y forme un long épisode [17]. Ce Puits était situé dans une petite île au milieu d'un lac, à deux lieues de Dungal en Irlande. Guérin y descend, et voit toutes les merveilles que la superstition y supposait; les épreuves des âmes dans le Purgatoire, leurs supplices dans l'Enfer, leurs joies dans le Paradis. Dans le Purgatoire ce sont différents lacs remplis de flammes, ou de serpents, ou de matières infectes qui servent à purger les âmes des différents péchés; dans l'Enfer, ce sont des cercles disposés concentriquement l'un au-dessous de l'autre. Il y en a sept, et dans chacun de ces cercles, les damnés sont punis par des supplices divers pour chacun des sept péchés capitaux. Satan est placé au fond dans un lac de glace, et ce lac est au centre de la terre. Guérin passe dans tous ces cercles l'un après l'autre; il y retrouve plusieurs personnes qu'il avait connues sur la terre; les lieux qu'il parcourt et les peines qu'il voit souffrir à l'effroyable aspect du chef des anges rebelles, sont décrits avec assez de force. Au-delà des cercles infernaux, il est introduit dans le Paradis par Énoch et Élie, qui lui en font connaître les beautés, et résolvent tous les doutes qu'il leur expose.

[Note 16: ][ (retour) ] Pelli. Memorie per la vita di Dante Alighieri. §. XVII.

[Note 17: ][ (retour) ] C'est au sixième livre de ce roman, depuis le ch. 160 jusqu'au chap. 188.

Entre ce plan et celui du Dante il y a certainement de grands rapports; mais la question est de savoir si ce roman existait, tel qu'il est, au temps de notre poëte. Fontanini [18] et d'autres auteurs [19] sont de cette opinion, et attribuent ce très-ancien roman à un certain André de Florence. Le savant Bottarie pense [20], au contraire, que le roman de Guérin est d'origine française, qu'il fut ensuite traduit par cet André en italien; que Dante peut avoir pris dans l'original un premier aperçu de son plan, mais que les rapports plus particuliers qui s'y trouvent furent transportés de son poëme dans la traduction du roman. Un fait vient à l'appui de cette conjecture. Le Purgatoire de saint Patrice, fameux dans l'histoire des superstitions modernes, l'est aussi dans notre ancienne littérature. Marie de France, qui vivait au commencement du treizième siècle, la première qui ait écrit des fables dans notre langue, écrivit aussi le conte dévot de ce Purgatoire [21]; elle dit l'avoir tiré d'un livre plus ancien qu'elle [22], et ce livre était vraisemblablement le roman français de Guérin. Or, dans ce conte de Marie de France, un chevalier qui descend au fond du Puits de saint Patrice, voit en effet le Purgatoire, l'Enfer et le Paradis, mais dans la description de l'Enfer, il n'est point question de cercles, et dans le reste il n'y a aucune des particularités qui semblent rapprocher l'un de l'autre le poëme du Dante et cet épisode du roman de Guérin. Il est donc assez probable que ce fut le traducteur italien qui, publiant sa traduction dans le moment où la Divina Commedia occupait le plus l'attention publique, en emprunta les détails qu'il crut propres à enrichir cette partie des aventures du héros [23].

[Note 18: ][ (retour) ] Eloq. ital., l. I, c. XXVI.

[Note 19: ][ (retour) ] Michel Poccianti, Catalogo de' scrittori fiorentini, etc.

[Note 20: ][ (retour) ] Dans une lettre écrite sous le nom d'un académicien de la Crusca, imprimée à Rome dans les Simbole Goriane, tom. VII.

[Note 21: ][ (retour) ] Voy. Contes et Fabliaux, etc., t. IV, p. 71. Il se trouve parmi les manuscrits de la Bibliothèque Impériale, N. n°. 5, fonds de l'Église de Paris, in-4°., f°. 241.

[Note 22: ][ (retour) ] Contes et Fabliaux, etc., ub. sup., p. 76.