[Note 378: ][ (retour) ] Godefroy de Paris, manusc. de la Biblioth. impér., n°. 6812.
[Note 379: ][ (retour) ] Mém. pour la Vie de Pétrarque, t. I, p. 22. Ce fut au mois de mars 1309.
[Note 380: ][ (retour) ] Elle se nommait Brunissende de Foix, et était femme d'Archambaud, comte de Périgord: c'était une des plus belles femmes de son siècle. Jean Villani, lib. IX, ch. 58, en parlant de ce pape, dit dans son style simple et naïf: Questi fu huomo molto cupido di moneta e simoniaco.... E fu lussurioso, che palese si dicea che tenea per amica la contessa di Palagorgo, bellissima donna, figliota del conte di Fos. E lasriò i suoi nipoti, e suo lignaggio con grandissimo et innumerabile tesoro, etc.
L'autorité du siége pontifical en souffrit. Les Gibelins, toujours opposés aux papes, profitèrent de leur absence pour les décréditer et pour s'agrandir. Rome respecta moins leurs décrets, les traita même avec mépris; l'Europe entière craignit et révéra moins les papes d'Avignon que les papes de Rome. Que pouvaient-ils dans cet éloignement? traiter d'hérésies les révoltes, faire jouer avec plus d'activité, tendre outre mesure le ressort de l'Inquisition: ils le firent; mais les confiscations et les bûchers ne leur rendirent ni l'autorité ni la vénération des peuples; remplacer par mille inventions fiscales de la chancellerie apostolique les revenus que les factions et les séditions leur enlevaient en Italie? ils le firent encore: ils devinrent plus riches, mais aussi plus odieux.
C'est entre le pape Jean XXII et l'empereur Louis de Bavière, qu'éclatèrent des différents non moins scandaleux que ceux de Boniface VIII et du roi Philippe-le-Bel. Le pape commença par déposer Louis comme hérétique et contumace; Louis n'en marcha pas moins vers Rome, où il se fit couronner solennellement trois mois après avec plus de solennité, il y fit déposer publiquement le prêtre Jacques de Cahors, évêque de Rome, qui se nommait le pape Jean, le livra au bras séculier pour être brûlé comme hérétique, et lui donna pour successeur un cordelier napolitain: mais il ne put soutenir son anti-pape; et Jean XXII, avant de mourir, eut la consolation de le voir remis entre ses mains, et de lui faire faire une abjuration en bonne forme.
On voudrait en vain dissimuler tous ces scandales. L'histoire les dénonce: elle veut qu'ils soient indiqués, si l'on s'abstient de les décrire. Ceux qui nous en feraient un crime devaient au moins nous apprendre comment on pourrait parler de la littérature italienne sans parler de l'Italie, ou de l'Italie sans parler des papes, ou des papes autrement que l'Histoire.
Parmi les princes qui profitaient de ces divisions pour s'agrandir, on remarque surtout Robert, roi de Naples et comte de Provence. Charles II, fils de Charles d'Anjou, fondateur de cette dynastie [381], n'avait pas eu un règne beaucoup plus paisible que celui de son père: il avait cependant commencé à protéger les sciences et les lettres. Robert, son fils, les protégea bien davantage; mais principalement occupé du soin de s'agrandir, il en saisit avidement l'occasion. Il étendit pendant quelque temps sa domination sur la Romagne d'un côté, de l'autre sur la Toscane, et même sur plusieurs petits états du Piémont et de la Lombardie. Son ambition, s'il l'avait pu, était de devenir maître de l'Italie entière; c'était d'ailleurs un excellent roi, un prince très-éclairé. Boccace et d'autres auteurs le placent, pour la science, à côté de Salomon [382]. Quoique fils de roi, et né pour le trône, il avait dès son enfance, aimé passionnément l'étude [383]. Dans sa jeunesse, au milieu des agitations politiques, des guerres souvent malheureuses, quelquefois même captif, quelquefois aussi entouré des délices d'une cour et de toutes les séductions de son âge, il ne laissa jamais passer un jour sans étudier. Devenu roi, dans la paix et dans la guerre, au milieu des projets les plus ambitieux et les plus vastes, on le voyait toujours entouré de livres, il lisait même à la promenade, et tirait de ses lectures des sujets instructifs et quelquefois sublimes de conversation. Il était orateur éloquent, philosophe habile, savant médecin, et profondément versé dans les matières théologiques les plus abstraites. Il avait négligé la poésie, et s'en repentit dans sa vieillesse, trop tard pour pouvoir la cultiver lui-même. On lui attribue cependant un Traité des vertus morales en vers italiens; mais le savant Tiraboschi a prouvé que ce roi n'en était pas l'auteur [384].
[Note 381: ][ (retour) ] Voy. t. I, pag. 355 et 356.
[Note 382: ][ (retour) ] Boccace, Genealogia Deorum, l. XIV, c. 9; Benvenuto da Imola, Comment. in Dant., Antiq. Ital., v. I, p. 1035.
[Note 383: ][ (retour) ] Pétrarque, Rerum memorandarum.