[Note 395: ][ (retour) ] Tiraboschi, loc. cit.

[Note 396: ][ (retour) ] Il est en manuscrit à la Bibliothèque impériale, sous ce titre: Liber compilationis physionomicœ, à Petro di Padua in civitate Parisiensi editus, etc., et sous le n°. 2598, in-fol.

Ce fut aussi à Paris qu'il fut accusé, pour la première fois, de sortiléges et de magie. Ayant fait, dit-on, des cures admirables comme médecin, et d'autres choses surprenantes, l'inquisiteur dominicain que Paris avait alors le bonheur de posséder, le manda, l'examina, décida qu'il y avait dans son fait de la magie et de l'hérésie, commença d'en parler publiquement sur ce ton, et se préparait à le faire arrêter pour le livrer aux flammes. Mais Pierre, qui était en grand crédit à la Cour et dans l'Université, obtint que sa cause fût jugée devant l'Université assemblée, en présence du roi [397]. Il triompha pleinement de ses ennemis; et même, selon quelques historiens, il prouva par quarante-cinq arguments en bonne forme, que c'étaient les dominicains eux-mêmes qui étaient des hérétiques. Cette victoire lui sauva la vie; mais elle n'empêcha pas ceux qu'il avait convaincus d'hérésie, d'être, comme auparavant, inquisiteurs pour la foi. Cité dans la suite à Rome par le même tribunal, il se justifia de même, et fut définitivement déclaré innocent par le pape.

[Note 397: ][ (retour) ] Philippe-le-Bel.

Mais s'il n'était pas magicien, il était du moins plus entêté que personne des rêveries astrologiques. Il voulut persuader aux habitants de Padoue de rebâtir leur ville sous une certaine conjonction de planètes qui parut de son temps, et qu'il jugeait la plus heureuse du monde; ils trouvèrent l'expérience un peu trop chère, et laissèrent Padoue telle qu'elle était. Il l'embellit pourtant d'un monument de sa science favorite; il fit peindre sur les murs du palais un grand nombre de figures représentant les planètes, les étoiles et les diverses actions qui dépendaient de leur influence.

Lors même qu'il opérait comme médecin, il n'oubliait pas qu'il était astrologue, et il rapportait au cours des astres les périodes de la fièvre. A cela près, ce fut un des plus savants médecins de son siècle. On croit qu'il fut le premier à professer publiquement la médecine dans l'Université de Padoue. Il y acquit une grande réputation et une grande fortune; mais il attira aussi l'envie, qui renouvela plusieurs fois contre lui les accusations d'hérésie et de sortilége. Comme magicien, il avait, prétendait-on, sept esprits familiers renfermés dans un vase de cristal, et toujours prêts à exécuter ses ordres; comme hérétique, une des erreurs dont on l'accusait était de ne pas croire au diable; et il lui fallut se justifier de ces deux accusations à la fois. Le dernier procès de cette espèce qu'il eut à soutenir ne fut point achevé. Il mourut en 1315, avant le jugement, et ôta ainsi aux charitables inquisiteurs l'espérance de le purifier de ses erreurs dans les bûchers du Saint-Office.

Ils s'obstinèrent à l'y vouloir jeter après sa mort. Quoique à ses derniers moments il eût déclaré aux médecins et à ses amis, qu'il reconnaissait pour faux et trompeur l'art de l'astrologie auquel il s'était livré; quoique dans son testament, et même dans une profession de foi expresse il eût déclaré être bon catholique, et croire tout ce que l'Église enseigne, et qu'en conséquence il eût été enterré solennellement dans l'église de St.-Antoine, les inquisiteurs suivirent imperturbablement la procédure commencée contre lui, le jugèrent coupable d'hérésie, le condamnèrent au feu, et ordonnèrent aux magistrats de Padoue, sous peine d'excommunication, de déterrer son cadavre et de le faire brûler publiquement. Mais cette sentence resta sans effet, ou n'en eut du moins qu'en apparence. Une certaine Mariette, qui vivait avec lui, que les uns disent sa concubine, les autres seulement sa domestique, ayant appris le soir même cette sentence, fit secrètement exhumer le corps pendant la nuit, et le fit enterrer dans l'église de St.-Pierre. Les inquisiteurs, furieux d'avoir perdu leur proie, se mirent à procéder contre ceux qui la leur avaient enlevée, et contre tous ceux qui auraient eu connaissance de ce délit. Les magistrats de Padoue ne purent les apaiser et mettre fin à tous ces scandales qu'en faisant brûler sur la place publique l'effigie du mort, ou une statue qui le représentait, après y avoir lu à haute voix sa sentence [398].

Le second astrologue fut moins heureux. Il se nommait Francesco Stabili; mais comme de Francesco vient le petit nom Cecco, et qu'il était d'Ascoli, dans la marche d'Ancône, c'est sous le nom de Cecco d'Ascoli qu'il est généralement connu. Les auteurs qui ont écrit sa vie, ont commis des erreurs et des anachronismes que Tiraboschi a patiemment rectifiés [399]. Les faits essentiels sont, qu'étant encore jeune, il professa l'astrologie dans l'université de Bologne; qu'il y publia dans la suite un livre sur cette prétendue science, et que ce livre l'ayant fait accuser devant l'inquisition, il y fut condamné, par une première sentence, à des peines correctives; mais que trois ans après, les mêmes accusations s'étant renouvelées à Florence, il y succomba, et fut brûlé vif, en 1327, âgé de soixante-dix ans.

[Note 398: ][ (retour) ] Voy. Mazzuchelli, Scrittori ital., t. I, part. I.

[Note 399: ][ (retour) ] Storia della Letter. ital., t. V, l. II, c. 2.