[Note 413: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. V, p. 242, avait pensé que cette mort n'était arrivée qu'en 1341; mais voyez les Mémoires cités ci-dessus, p. 104.
[Note 414: ][ (retour) ] Memorie, etc., p. 53 et suiv.
Il fut enterré dans la cathédrale de Pistoia, au pied d'un autel qu'avait fait construire un de ses oncles, évêque de Foligno. Un artiste habile fut aussitôt chargé de faire pour lui un cénotaphe magnifique en marbre de Sienne, qui fut placé dans cette église plusieurs années après, et qu'on y voit encore. Cino y est représenté tenant école, ce qui prouve combien ce noble état de professeur était alors honoré. On remarque, auprès des disciples attentifs à l'écouter, une figure de femme, appuyée contre une des colonnes torses qui soutiennent le monument. L'artiste aura peut-être voulu représenter l'aimable Selvaggia, dont le souvenir poursuivait le jurisconsulte-poëte au milieu de ses graves fonctions [415]. Les ossements de Cino, retrouvés en 1614, furent placés alors sous le cénotaphe avec une inscription qui énonce simplement le fait [416]. Pétrarque lui avait élevé un monument plus précieux, dans un fort beau sonnet [417], qui suffirait pour prouver que s'il avait été son disciple en poésie, l'élève s'était placé bien au-dessus du maître.
[Note 415: ][ (retour) ] Cette conjecture vraisemblable est due à M. l'abbé Ciampi, qui a le premier distingué cette figure de femme, et cherché à en deviner l'intention. Voyez Memorie, etc., note 31, p. 153.
Ossa damini Cini
Ad cenotaphium suum recollecta.An. D. 1624.
Piangete, donne, e con voi pianga amore, etc.
Le fonds déjà si riche de la jurisprudence canonique s'accrut à cette époque, du recueil des Clémentines, c'est-à-dire, des Décrétales de Clément V, publiées par Jean XXII. Ce dernier pape, dans le cours de son long pontificat, eut le temps d'ajouter lui-même à toutes les collections précédentes un grand nombre de décrétales. Mais comme elles ne furent point revêtues de l'approbation d'un autre pape, ou de celle de l'Église, ni envoyées aux écoles avec les femmes proscrites, elles restèrent simplement annexées au corps des ecclésiastiques, sous le titre singulier d'Extravagantes, que personne ne s'est avisé de leur ôter.
On regarde comme le plus savant des canonistes de ce temps, et même de tous ceux qui avaient existé jusqu'alors, Jean d'André, ou Giovanni d'Andrea, né à Bologne, non pas d'un prêtre, comme l'ont voulu quelques auteurs, mais d'un certain André qui se fit prêtre lorsque son fils avait huit ans [418]. Ce fils s'éleva par son mérite et par son savoir, et devint le professeur le plus célèbre, et l'un des citoyens les plus considérés de cette ville, où il était né de parents pauvres. Il y mourut en 1348, de cette peste fatale qui désola l'Italie entière. Il laissa plusieurs enfants, et entre autres deux filles, dont l'aînée, nommée Novella, était si savante en droit canon, que quand son père était occupé ou malade, il l'envoyait professer à sa place; et si jolie, que, pour ne pas tourner toutes ces jeunes têtes, au lieu de les instruire, elle lisait et expliquait les lois, cachée derrière un rideau ou courtine. C'est ce que dit, dans son vieux langage, une femme contemporaine, Christine de Pisan: Et afin que la biauté d'icelle n'empeschast la pensée des oyants, elle avait une petite courtine au-devant d'elle [419]; précaution peut-être insuffisante si on la voyait arriver et monter à sa chaire, si le rideau ne se tirait que quand elle commençait à lire, et si elle avait une voix aussi douce que sa figure était jolie.
[Note 418: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. V, l. II, c. 5.
[Note 419: ][ (retour) ] Dans un ouvrage manuscrit intitulé la Cité des Dames, cité par Wolf, de Mulier. erudit, pag. 406, Tiraboschi, ub. supr. ne donne point d'autre indication. Nous avons à la Bibliothèque impériale, un grand nombre de manuscrits de Christine de Pisan. Le plus beau est cotté 7396, in-fol.; le passage se trouve folio 97, verso. Le livre de Wolf, où il est cité, a pour titre: Mulierum Grœcarum quœ oratione prosâ usœ sunt fragmenta et elegia, etc. Curante Joan. Christiano Wolfio, Gottingœ, 1739, in-4°.: la citation est à l'article Novella, jurisperita, dans le Catalogus Fœminarum olim illustrium, qui occupe la dernière moitié du volume. Voici le passage entier, tel qu'il est dans le manuscrit: «Quant à sa belle et noble fille (de Jean André), que il tant ama, qui ot nom Nouvelle, fist apprendre lettres et si avant es drois que quant il estoit occupez d'aucune ensoine, parquoy ne povoit vacquier à lire les leçons à ses escoliers, il envoyoit Nouvelle, sa fille, en son lieu lire aux escoles en chaiere, et afin que la beauté d'elle n'empeschast la pensée des oyans, elle avait une petite courtine au devant d'elle, et par celle manière, suppléoit et allégeoit aucune fois les occupacions de son père, lequel l'ama tant, que pour mettre le nom d'elle en mémoire, fist une noctable lecture d'un livre de droit, que il nomma du nom de sa fille la Nouvelle.»