[Note 426: ][ (retour) ] Tiraboschi, loc. cit.
[Note 427: ][ (retour) ] Les œuvres d'Albertino Mussato, d'abord imprimées à Venise, en 1636, l'ont été plus complètement en Hollande, dans le Thesaurus Histor. Ital., vol. VI, partie II. Ses poésies et ses deux tragédies sont dans cette dernière édition. Muratori n'a imprimé que les ouvrages historiques et la tragédie d'Eccerinis, Script. rer. Ital., vol. X.]
Il serait trop long de faire mention de tous les auteurs qui, dans toutes les parties de l'Italie, écrivirent alors en latin des histoires, soit particulières, soit générales. Quoique l'usage presque universel fût encore d'écrire dans cette langue, la langue vulgaire prenait cependant chaque jour de nouveaux accroissements; et parvenus comme nous le sommes à la littérature italienne, nous devons passer légèrement sur tout le reste, pour nous occuper plus à loisir des auteurs qui en ont fait l'éclat et la gloire.
Ce n'est pas tout-à-fait dans ce rang qu'on doit placer l'auteur de certains cantiques spirituels, où l'on reconnaît pourtant de la verve et une sorte de génie parmi beaucoup de duretés, de grossièretés et d'incorrections de toute espèce. C'était un moine de l'ordre de St.-François, ou plutôt un frère convers, et qui ne voulut jamais être autre chose; nommé Iacopone ou Iacopo da Todi, parce qu'il était né dans cette ville. Il appartient au treizième siècle plus qu'au suivant, puisqu'il mourut en 1306. C'est un oubli qu'il est encore temps de réparer. Iacopo, par un esprit de sainteté fort extraordinaire, imagina de passer pour fou. On le prit au mot; les petits enfants couraient après lui, en l'appelant par dérision Iacopone: c'est ce nom qui lui est resté. Ses supérieurs contribuèrent encore à sa sanctification en le jetant en prison dans l'endroit le plus infect du couvent, pour je ne sais quelle faute, que, de l'humeur dont il était, il fit peut-être exprès. Il y composa un cantique, où il ne parle que de joie et d'amour.
O giubilo del cuore
Che fui cantar d'amore, etc. [428]
Tandis que le pape Boniface VIII assiégeait Palestrine, Iacopone, qui s'y trouvait alors, fit contre lui quelques cantiques, entr'autres celui qui commence par ces mots:
O papa Bonifazio
Quanto hai giocato al mondo [429]!
[Note 428: ][ (retour) ] C'est le 76e cant.
[Note 429: ][ (retour) ] C'est le 58e.
Boniface, qui se dispensait fort bien du pardon des injures, ayant pris Palestrine, fit mettre notre poëte en prison, aux fers, et au pain et à l'eau. Iacopone, dans plusieurs cantiques, décrit sa dure captivité. Boniface ajouta l'insulte à la vengeance. Un jour qu'il passait devant sa prison, il lui demanda quand il comptait en sortir? Quand vous y entrerez, répondit le moine; et peu de temps après, le pape, ayant été fait prisonnier par les Français et par les Colonne, ses ennemis, la prédiction se vérifia toute entière. Iacopone mourut trois ans après sa délivrance. Il fut élevé au rang des saints pour ses bonnes œuvres, et au rang des auteurs qui font texte de langue, pour ses cantiques. Il ne m'appartient de juger ni de l'une ni de l'autre de ces apothéoses. Il y a peu d'inconvénients à la première; mais il pourrait y en avoir à la seconde, si l'on s'avisait de prendre pour autorités les locutions siciliennes, lombardes et populaires dont ses cantiques sont remplis [430].