[Note 437: ][ (retour) ] La plus ancienne édition connue de ce poëme, est celle de Venise, chez Philippo di Piero, 1476, in-4°. avec un Commentaire de Nicolo Massetti; répétée ibid. en 1478. Haym (Biblioth. ital., Milan, 1771, in-4°.), cite une première édition, in Bessalibus, 1458, dont aucun autre bibliographe n'a parlé. Il s'en fit quatre ou cinq autres éditions avant la fin du quinzième siècle, et il en parut encore plusieurs dans le siècle suivant; les première sont devenues très-rares.

C'est un Traité en cinq livres, divisés chacun en un assez grand nombre de chapitres. Le premier livre traite du ciel, des éléments, et des phénomènes célestes; le second, des vertus et des vices; le troisième, de l'amour, et ensuite de la nature des animaux et de celle des pierres précieuses; le quatrième, contient des questions ou problèmes sur divers points d'histoire naturelle; enfin le cinquième, qui n'a qu'un seul chapitre, traite de la religion et de la foi. Le tout est écrit en sixains, d'un style sec, dur, dépourvu d'harmonie, d'élégance et de grâce; et de plus tout rempli de ces rêveries astrologiques, qui étaient la passion favorite de l'auteur, et le conduisirent à sa perte.

Il paraît y avoir un grand rapport entre ce chétif ouvrage et une partie du Trésor de Brunetto Latini. On y parle de même du ciel, des éléments, de la terre, des oiseaux, des poissons, des quadrupèdes, des vertus et des vices. L'un semblerait n'être qu'un extrait de l'autre mis en vers et revêtu seulement dans les détails, des imaginations de l'auteur. Je trouve dans le titre même, tel qu'il était, suivant l'opinion du savant Quadrio, avant les altérations qu'on y a faites, une raison de plus pour croire que Cecco eût en vue, dans son poëme, le grand traité de Brunetto. L'Acerbo, selon cet auteur [438], était le premier titre de l'ouvrage, et c'est l'ignorance des copistes, qui en fait depuis L'Acerba qu'on n'a jamais pu expliquer. Or, dans acerbo, le b était employé, comme il arrivait souvent, pour un v. Le véritable mot était donc acervo, qui signifie poétiquement, comme le latin acervus, un tas, un amas, un monceau, et Cecco lui donna ce titre pour désigner un rassemblement, un amas d'objets de toute espèce. Ce fut une raison semblable qui engagea Brunetto Latini à donner au sien le nom de Trésor; les deux ouvrages se ressemblaient donc, non seulement par la matière, mais par le titre. Aucun auteur, italien, je crois, n'a fait ce rapprochement, ni formé cette conjecture, sur laquelle je me garderai bien d'insister, malgré le vraisemblance qu'elle a pour moi.

[Note 438: ][ (retour) ] Storia e ragione d'ogni Poesia, t. VI, p. 40.

On est peut-être curieux de savoir comment ce poëte astrologue s'y était pris pour mettre jusqu'à trois fois, dans cette espèce de farrago des traits de satyre contre le Dante. Le premier est peu de chose. Dante avait attribué à la Fortune une influence à laquelle la sagesse humaine ne pouvait résister [439]. Cela déplaît à Cecco, qui, parlant aussi de la Fortune, mais dans un style un peu différent, reproche au poëte florentin de s'être trompé; et soutient qu'il n'y a point de fortune qui ne puisse être vaincue par la raison [440]. La seconde attaque est plus forte: elle a pour sujet l'amour, dont Cecco assigne la cause aux influences du troisième ciel, ou de la planète de Vénus. Il accuse Guido Cavalcanti de lui avoir donné une autre origine dans sa fameuse canzone sur la nature de l'amour; il enveloppe le Dante dans cette même accusation; et il revient, dans un seul chapitre, quatre ou cinq fois contre lui avec une sorte d'acharnement [441]. Enfin, le dernier trait est à la fin de son quatrième livre. Il se félicite, et, à ce qu'il paraît, de très-bonne foi, de n'avoir usé dans son poëme d'aucun des ressorts que Dante avait employés dans le sien. «Ici, dit-il d'un air de triomphe, on ne chante pas comme les grenouilles dans un étang; ici on ne chante pas comme ce poëte qui n'imagine que des choses vaines; mais ici brille et resplendit toute la nature qui rend, à qui sait l'entendre, le cœur et l'esprit joyeux. Ici l'on ne rêve pas à travers la forêt obscure [442]. Ici, je ne vois ni Paul ni Françoise, ni les Mainfroy, ni le vieux ni le jeune de la Scala, ni les massacres et les guerres de leurs alliés les Français. Je ne vois point ce comte qui, dans sa fureur, tient sous lui l'archevêque Roger, et fait de sa tête un repas horrible. Je laisse là les fables et ne cherche que la vérité.» Eh non, malheureux Cecco! tu ne vois ni ne fais rien voir de tout cela. C'est pourquoi, depuis plusieurs siècles, ton triste poëme est à peine connu de nom, tandis que celui du Dante est, et sera toujours, pour les amis de la poésie, un objet d'admiration et d'étude.

[Note 439: ][ (retour) ] C'est dans ce beau morceau du septième chant de son Enfer, où il fait dire par Virgile, que Dieu a donné aux splendeurs mondaines cette conductrice générale qui y préside, qui les fait passer de peuple en peuple et de race en race:

Oltre la difension de' senni umani.

Voy. ci-dessus, p. 57.

[Note 440: ][ (retour) ]

In ciò peccasti Fiorentin poeta,
Panendo che gli ben de la fortuna
Necessitati sieno con lar meta.
Non è fortuna che rason non vinca.
Hor pensa, Dante, se prova nessuna
Se può più fare che questa convinca.

(L. II, c. i.)

[Note 441: ][ (retour) ] L. III, c i.

[Note 442: ][ (retour) ]

Quì non se sogna per la selva oscura,
Quì non vego nè Paolo nè Francesca.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Non vego'l conte che per ira et asto [B]
Ten forte l'arcivescovo Rugiero,
Prendendo del suo Cieffo el fiero pasto.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Lasso le ciancie e torno su nel vero,
Le favole mi son sempre nemiche.

(L. IV, c. 13.)

[Note B: ][ (retour) ] Pour astio.