[Note 449: ][ (retour) ] Ibid.

Celui de tous les poëtes de la première moitié qui passe pour avoir le plus approché du lyrique italien par excellence, pour avoir le mieux annoncé par les grâces de son style, les grâces inimitables du style de Pétrarque, et pour avoir donné avant lui aux vers italiens le plus d'élégance et de douceur, est, comme je l'ai dit, Cino da Pistoia, qui fut aussi l'un des jurisconsultes les plus célèbres de son temps [450].

[Note 450: ][ (retour) ] Voy. ci-dessus, p. 294 et suiv.

Les poésies de Cino ont été imprimées à Rome en 1559 [451], et réimprimées avec une seconde partie, trente ans après [452]. Elles sont d'ailleurs insérées dans plusieurs recueils de poésies anciennes, publiés, soit avant, soit après ces éditions [453]. Il est impossible de croire que Dante, qui a beaucoup loué ce poëte [454], et Pétrarque qui l'a loué peut-être encore davantage, qui l'avait choisi pour un de ses modèles, et qui a beaucoup emprunté de lui, et plusieurs critiques plus récents, qui lui ont aussi donné de grands éloges, se soient trompés, et que ce soit nous qui puissions en juger plus sainement aujourd'hui; mais il l'est aussi d'adopter sans restriction ces louanges; il nous est vraiment impossible de trouver, par exemple, le mérite d'un grand naturel et d'une extrême clarté [455] dans ce qui est aussi obscur et aussi recherché que la plupart de ces poésies, il l'est de ne pas reconnaître que les raffinements platoniques, auxquels on donne ce nom, sans qu'il soit possible de trouver dans Platon rien qui y ressemble, et les subtilités théologiques dont il serait plus facile d'y montrer l'influence, forment en quelque sorte tout le tissu du style dans les sonnets et dans les canzoni de Cino. Ce tissu est souvent si obscur et si délié en même temps, qu'on ne peut ni le pénétrer ni le saisir. Qui pourrait se flatter, par exemple, d'entendre le vrai sens de ce sonnet que je ne choisis pas, mais qui se présente le premier [456]? «Ah! que ce serait une douce société si ma Dame, l'amour et la pitié étaient ensemble dans une amitié parfaite, selon la vertu que l'honneur désire! si l'un avait l'empire sur l'autre, et chacun cependant la liberté dans sa nature, en sorte que le cœur n'eût que par complaisance [457] l'apparence de l'humilité! si enfin je voyais cette union, et que j'en portasse la nouvelle à mon âme affligée! Vous l'entendriez alors chanter dans mon cœur, délivrée de la douleur qui s'est emparée d'elle, et qui, écoutant une pensée qui en parle, s'y jette en soupirant pour se reposer.» Cela est presque littéralement traduit; mais je n'ose me flatter que la traduction, toute inintelligible qu'elle est, le soit autant que le texte.

[Note 451: ][ (retour) ] Par Niccolò Pilli.

[Note 452: ][ (retour) ] Par Faustino Tasso.

[Note 453: ][ (retour) ] Elles composent le cinquième livre du recueil des Juntes, 1527, et les sixième et septième de la réimpression de ce recueil; Venise, 1740, in-8°. On en trouve de plus quelques pièces, à la suite de la Bella Mano, et d'autres dans les Poeti antichi, publiés par l'Allacci; recueils que j'ai déjà cités plusieurs fois.

[Note 454: ][ (retour) ] Dans son traité de Vulgari eloquentiâ, l. I, c. 17, l. II, c. 2 et ailleurs.

[Note 455: ][ (retour) ] L'auteur des Memorie della Vita di Messer Cino, etc., trouve ses métaphores aussi faciles et aussi naturelles qu'agréables; il trouve que ses figures ne sont point trop recherchées, et qu'il se montre toujours facile, aimable et clair.... Le metafore quanto leggiadre e vezzose, tanto facili e naturali;.... senza troppo ricercate figure del favellare, mostrandosi sempre facile, amabile et chiaro.

[Note 456: ][ (retour) ]

Deh, com' sarebbe dolce compagnia,
Se questa Donna, Amore e pietate
Fossero insieme in perfetta amistate,
Secondo la vertù c'honor disia
, etc.

(Recueil de 1527, p. 47.)