[Note 505: ][ (retour) ] Robert de Bardi. Il était en même temps chancelier de l'Église métropolitaine de Paris, place qu'il tenait du pape Benoît XII. Robert de Bardi était Florentin, et ami de Pétrarque.
[Note 506: ][ (retour) ] Elle se nommait Clémence, et était veuve de Louis X ou Louis Hutin, roi de France.
[Note 507: ][ (retour) ] La réponse au roi est du 26 décembre 1339, et la lettre au père Denis, du 4 janvier suivant. La lettre de Robert ne s'est point conservée; la réponse de Pétrarque et sa lettre au père Denis, ne se trouvent ni dans l'édition de Bâle, ni dans celle de Genève; mais elles sont dans le beau manuscrit, n°. 8568, de la Bibliothèque impériale, Familiar. l. IV, ép. 1 et 2.
[Note 508: ][ (retour) ] Nosti enim quod de laurea cogito, quam, singula librans, prœter ipsum de quo loquimur regem, nulli omninò mortalium debere institui. Loc. cit. ép. i.
[Note 509: ][ (retour) ] 1341.
Le roi fut curieux de connaître le poëme de l'Afrique. Pétrarque lui en lut quelques livres, dont il fut si enchanté, qu'il témoigna le désir d'en recevoir la dédicace. Le poëte promit, et il tint parole au prince, même après sa mort. Robert ne se lassait point d'avoir avec lui, soit des conférences publiques sur la poésie ou sur l'histoire, soit des entretiens particuliers. Il en remportait chaque jour plus d'estime. Voulant donner à ce sentiment un grand éclat, et répondre au vœu que Pétrarque lui-même avait formé, il lui fit subir publiquement un examen sur toutes sortes de matières de littérature, d'histoire et de philosophie. Cet examen dura trois jours, depuis midi jusqu'au soir. Le troisième jour il le déclara solennellement digne de la couronne poétique, et consigna dans des lettres-patentes son examen et son jugement. Dans son audience de congé, après lui avoir fait promettre qu'il reviendrait bientôt le voir, le roi se dépouilla de la robe qu'il portait ce jour-là, et la lui donna, en disant qu'il voulait qu'il en fût revêtu le jour de son couronnement au Capitole: enfin, pour se l'attacher au moins par un titre, il lui fit expédier un brevet de son aumônier ordinaire.
Dans un de leurs derniers entretiens Robert avait demandé à Pétrarque s'il n'était jamais allé à la cour du roi de France, Philippe de Valois. Le poëte lui répondit qu'il n'en avait jamais eu la pensée. Le roi sourit, et lui en demanda la raison. C'est, dit Pétrarque, parce que je n'ai pas voulu jouer le rôle d'un homme inutile et importun auprès d'un roi étranger aux lettres. J'aime mieux être fidèle à l'alliance que j'ai faite avec la pauvreté que de me présenter dans le palais des rois, où je n'entendrais personne, et où personne ne m'entendrait. Il m'est revenu, reprit Robert, que son fils aîné ne négligeait pas l'étude. Je l'ai ouï dire aussi, répartit Pétrarque; mais cela déplaît au père, et l'on assure, sans que je veuille le garantir, qu'il regarde les précepteurs de son fils comme ses ennemis personnels; c'est ce qui m'a ôté jusqu'à la plus légère tentation de l'aller voir. «Alors cette ame généreuse, c'est Pétrarque lui-même qui le raconte ainsi [510], frémit et se montra pénétrée d'horreur. Après un moment de silence, pendant lequel il était resté les yeux fixés sur la terre et l'indignation peinte sur le visage, il releva la tête en disant: «Telle est la vie des hommes, telle est la diversité des jugements, des goûts et des volontés. Pour moi, je jure que les lettres me sont beaucoup plus douces et plus chères que ma couronne, et que s'il fallait renoncer à l'un ou à l'autre, je me priverais plus volontiers de mon diadême que des lettres.»
[Note 510: ][ (retour) ] Ce récit intéressant termine le premier livre de ses Rerum memorandarum, v. Éd. de Bâle, 1581, p. 405.
Pétrarque partit enfin de Naples, arriva à Rome le second jour, et fut couronné solennellement deux jours après au Capitole [511]. Revêtu de la robe que le roi de Naples lui avait donnée, il marchait au milieu de six principaux citoyens de Rome, habillés de vert, et précédés par douze jeunes gens de quinze ans vêtus d'écarlate, choisis dans les meilleures maisons de la ville. Le sénateur Orso, comte de l'Anguillara, ami de Pétrarque, venait ensuite accompagné des principaux du conseil de ville, et suivi d'une foule innombrable, attirée par le spectacle d'une fête interrompue depuis tant de siècles. L'histoire en a conservé les détails [512], qui occuperaient ici trop de place. Ils sont faits pour enflammer l'imagination des amants de la gloire; mais la manière dont Pétrarque envisageait ce triomphe dans sa vieillesse est capable de la refroidir. «Cette couronne, écrivait-il [513], ne m'a rendu ni plus savant, ni plus éloquent; elle n'a servi qu'a déchaîner l'envie contre moi, et à me priver du repos dont je jouissais. Depuis ce temps, il m'a fallu être toujours sous les armes; toutes les plumes, toutes les langues étaient aiguisées contre moi, mes amis sont devenus mes ennemis; j'ai porté la peine de mon audace et de ma présomption.» Au reste il est peut-être aussi bon pour l'homme qu'inhérent à sa nature, d'éprouver de fortes illusions dans sa jeunesse, et d'y renoncer à son déclin.
[Note 511: ][ (retour) ] Le jour de Pâques, 8 avril 1341.