[Note 512: ][ (retour) ] Voy. Rer. ital. script., vol XII, p. 540, B. C'est vers la fin des fragments des Annales romaines de Lodovico Monaldesco. «In questo tempo, dit l'annaliste, misser Urso venne a coronar misser Francesco Petrarca, nobile poeta et saputo, etc.» Et il fait ensuite la description de toute la cérémonie.
[Note 513: ][ (retour) ] Senit., I. XV, ép. i.
Empressé de reparaître à Avignon avec sa couronne, Pétrarque en reprit la route peu de jours après, mais par terre, et en traversant la Lombardie. Il se détourna un peu pour aller voir à Parme son ami Azon de Corrége et sa famille. C'était le moment où, après avoir commandé dans cette principauté pour son neveu, Mastino della Scala, Azon venait de s'en rendre maître sous prétexte de l'affranchir. Il retint Pétrarque auprès de lui par tous les témoignages d'amitié, de confiance; il le consultait sur son gouvernement, sur ses opérations, sur toutes ses affaires; il ne lui parlait que du bonheur qu'il voulait répandre, que de suppression d'impôts, de bonne administration, de libéralités, de liberté; mais rien ne pouvait changer dans Pétrarque son goût pour le recueillement, la méditation, la solitude. Dès qu'il pouvait disposer de lui, il errait dans les environs de Parme avec ses deux compagnes inséparables, la poésie et l'image de Laure. Il choisit dans la ville même une petite maison avec un jardin et un ruisseau; il la loua d'abord, l'acheta ensuite, et la fit rebâtir selon son goût. C'est là qu'il termina son poëme de l'Afrique; c'est là qu'il aurait passé l'année peut-être la plus heureuse de sa vie s'il n'y avait été troublé presque coup sur coup par la perte de ses meilleurs amis.
Le premier fut un de ses anciens camarades d'études à l'Université de Bologne [514], et le second, le meilleur et le plus cher de tous, l'évêque de Lombès. Pétrarque se disposait à l'aller rejoindre dans son diocèse. Il le vit la nuit en songe; il lui vit la pâleur de la mort. Frappé de cette vision, il en fit part à plusieurs amis. Vingt-cinq jours après il apprit que Jacques Colonne était mort précisément le jour où il lui était apparu. Un esprit faible eût tiré de là des conséquences. La douleur n'égara point celui du poëte philosophe. «Je n'en ai pas pour cela, écrivait-il, plus de foi aux songes que Cicéron qui avait eu, comme moi, un rêve confirmé par le hasard.» Enfin son bon père Denis du bourg Saint-Sépulcre, mourut aussi à Naples, peu de temps après [515].
[Note 514: ][ (retour) ] Thomas Caloria, de Messine.
[Note 515: ][ (retour) ] 1342.
Ces pertes accumulées firent tant d'impression sur lui, qu'il ne recevait plus de lettres sans trembler et sans pâlir [516]. Il venait d'être nommé archidiacre de l'église de Parme; il partageait son temps entre ses études et les fonctions de sa place, entre son cabinet et son église. Un événement imprévu l'obligea de repasser les Alpes. Benoît XII était mort, et Clément VI lui avait succédé. Les Romains envoyèrent au nouveau pape une députation solennelle, composée de dix-huit de leurs principaux citoyens, pour lui demander plusieurs grâces, et surtout pour tâcher d'obtenir de lui qu'il rapportât la tiare aux trois couronnes dans la ville aux sept collines. Pétrarque, qui avait reçu lors de son couronnement le titre de citoyen romain, fut du nombre de ces ambassadeurs, et même chargé de porter la parole. Il quitta, mais à regret, sa douce retraite, et s'acquitta de sa commission avec son éloquence ordinaire, mais avec aussi peu de fruit pour l'objet qu'il avait le plus à cœur, le retour du pape en Italie. Clément VI, né Français [517], et élevé dans le grand monde, aimait le luxe et le plaisir; ses manières étaient nobles et polies, son goût pour les femmes, peu édifiant dans un pape, était accompagné d'autres goûts délicats qui le rendaient un souverain très-aimable. Sa cour ne fut guère plus vicieuse que les précédentes, cela eût été difficile, mais elle fut plus agréable et plus brillante. Il récompensa Pétrarque de sa harangue par un prieuré dans l'évêché de Pise [518]; et, comme il avait dans l'esprit toute la pénétration et la culture qui pouvaient lui faire apprécier le premier homme de son siècle, il l'admit dans sa familiarité et dans son commerce intime. Pétrarque crut pouvoir en profiter pour le succès de ses vues sur l'Italie; mais il ne put réussir, même à lui inspirer le désir de la voir.
[Note 516: ][ (retour) ] Fam., l. IV, ép. 6.
[Note 517: ][ (retour) ] Il se nommait Pierre Roger, et avait été chancelier de France.
[Note 518: ][ (retour) ] Le prieuré de Migliarino.