[Note 555: ][ (retour) ] Étienne Alberti, cardinal d'Ostie, né à Beissac, diocèse de Limoges. Clément VI était aussi Limousin.

[Note 556: ][ (retour) ] Math. Villani, l. III, c. 44.

[Note 557: ][ (retour) ] 1353.

[Note 558: ][ (retour) ] Ne aut illi mea magia, aut mihi molesta sua credulitas esset. (Senil., l. I, ép. 3.)

Il allait donc revoir sa chère Italie; mais où devait-il se fixer? Nicolas Acciajuoli l'appelait à Naples, André Dandolo à Venise, son inclination particulière à Rome; mais différents motifs l'éloignaient de chacune de ces villes: en France aussi, le roi Jean, plein d'admiration pour lui sans le connaître, avait inutilement essayé de l'attirer à Paris. Descendu en Italie par le mont Genèvre, il était encore incertain entre le séjour de Parme, de Vérone et de Padoue. Il ne voulait que passer à Milan; mais il y fut arrêté par Jean Visconti, qui en était alors maître, qui aimait les lettres, et qui regardait les savants comme un des ornemens de sa cour. Il était archevêque de Milan, lorsque son frère, Luchino Visconti, mourut: il réunit, en lui succédant, la puissance temporelle au pouvoir spirituel. L'Italie et le pape lui-même virent cette réunion avec effroi. Clément VI lui fit ordonner par un nonce de choisir entre les deux pouvoirs. Visconti renvoya le nonce au dimanche suivant, après la messe. Il la célébra pontificalement, fit ensuite avancer l'envoyé du pape, et prenant d'une main sa croix, de l'autre son épée nue: voilà, lui dit-il, mon spirituel, et voilà mon temporel; dites au S. Père qu'avec l'un je défendrai l'autre. Tel était ce Jean Visconti, dont l'ambition démesurée aspirait à régner sur l'Italie entière, et qui avait, pour y réussir, autant d'adresse dans l'esprit que de puissance et de courage. Il employa, pour retenir Pétrarque, tout ce qu'a de séduisant un grand pouvoir quand il est caressant et affable. Il répondit à toutes ses objections, prévint toutes ses demandes, et le réduisit enfin à l'impossibilité d'un refus.

Pétrarque fut logé dans une maison commode, dont la vue était admirable et la situation charmante. Il n'avait aucun titre, aucune fonction, si ce n'est une place dans le conseil du prince, sans obligation d'y assister. Il était libre à la cour de celui que l'histoire appelle le tyran de la Lombardie, et qui l'était en effet; mais c'était un tyran aimable, qui savait couvrir de fleurs les liens dont il enchaînait un homme si passionné pour son indépendance. Pétrarque ne put cependant refuser l'ambassade qu'il lui proposa pour engager Venise à faire la paix avec Gênes. La dernière de ces deux républiques, après une défaite terrible, venait de se livrer à Visconti; l'autre, enorgueillie de ses victoires, soutenue par une ligue italienne et par l'espérance de l'arrivée de l'empereur, était dans les dispositions les moins pacifiques. Pétrarque, chef d'une ambassade composée d'hommes habiles et éloquents, plus éloquent lui-même qu'eux tous [559] et plus versé dans les affaires, aidé encore par l'amitié qui l'unissait avec le doge André Dandolo, échoua dans cette négociation qu'il avait regardée comme facile. Mais Venise et son doge payèrent cher leur refus. Les Génois, soutenus par Visconti, reprirent de tels avantages que Venise se vit à deux doigts de sa perte, et que Dandolo, qui aimait la gloire et sa patrie, mourut accablé de travaux et de chagrins. Jean Visconti fut emporté environ un mois après par une mort presque subite; ainsi deux états voisins se trouvèrent en même temps privés de leurs chefs, et Pétrarque de deux puissants amis.

[Note 559: ][ (retour) ] La harangue qu'il prononça dans cette occasion est conservée parmi les manuscrits de la bibliothèque impériale de Vienne. Voyez le Catalogue imprimé de ces manuscrits, part. I, p. 509, cité par M. Baldelli, del Petrarca e dell sue opere, p. 107, note.

Ce qu'il attendait depuis long-temps arriva enfin. L'empereur Charles IV descendit en Italie, et lui fit dire de venir le trouver à Mantoue. Charles avait répondu, mais seulement depuis un an, à la lettre que Pétrarque lui avait écrite [560]; il montrait encore des irrésolutions que Pétrarque essaya de vaincre par une seconde lettre plus pressante que la première; mais ce n'était point son éloquence qui avait décidé Charles IV, c'était l'or des Vénitiens, qui, sans se décourager de leurs pertes, ayant formé en Lombardie une ligue puissante, et voulant mettre à la tête de cette ligue l'empereur, lui avaient proposé d'entrer en Italie à leurs frais. Pétrarque obéit avec empressement aux ordres du monarque, et se rendit à Mantoue. Il y passa huit jours auprès de ce prince, et fut témoin de toutes ses négociations avec les seigneurs de la ligue lombarde réunis contre les trois Visconti, Mathieu, Barnabé et Galéas, qui avaient partagé entre eux, d'un très-bon accord, les états de leur oncle, et avaient hérité de son ambition plus que de ses talens; mais il étaient forts par leur union; et pouvant opposer à la ligue une armée de trente mille hommes de bonnes troupes bien payées, ils gardaient une attitude calme et presque menaçante. Pendant tout ce temps, Pétrarque ne quitta presque pas l'empereur: Charles employa chaque jour à s'entretenir avec lui tous les moments qu'il pouvait dérober au cérémonial et aux affaires. Ces entretiens, dont Pétrarque a fixé le souvenir dans une de ses lettres [561], honoreraient le caractère de l'empereur par la noble liberté des discours et des réponses du poëte, si la permission qu'il accordait de lui parler ainsi n'était pas venue plutôt de sa faiblesse que de cette élévation des grandes âmes qui les met au-dessus des petitesses de l'orgueil. N'ayant pu faire la paix, et forcé à se contenter d'une trève, il voulait emmener Pétrarque avec lui jusqu'à Rome lorsqu'il alla s'y faire couronner; mais Pétrarque s'en défendit avec un mélange adroit de politesse et de fermeté. Au moment où il prit congé de Charles à cinq milles au-delà de Plaisance, un chevalier toscan de la suite de ce prince, prenant Pétrarque par la main, dit à l'empereur: «Voilà l'homme dont je vous ai souvent parlé; c'est lui qui célébrera votre nom si vos actions sont dignes d'éloges; s'il en est autrement, il sait et parler et se taire.»

[Note 560: ][ (retour) ] Voyez ci-dessus, p. 388.

[Note 561: ][ (retour) ] Voy. Mém. pour la Vie de Pétr., t. III, p. 380 et suiv.