[Note 676: ][ (retour) ] Della Ragion poetica, l. XXXIV.

C'est à ce poëte illustre que Naples dut sa célèbre académie. Le Panormita l'avait fondée, mais ce fut Pontano qui la soutint, la perfectionna et lui donna sa plus grande célébrité. L'historien Giannone l'a regardée comme si importante pour sa patrie, qu'il a donné la liste exacte de ses membres [677]. On y voit plusieurs noms dont l'éclat ne s'est pas conservé, malheur commun à toutes les académies du monde; et d'autres qui appartiennent au siècle suivant plus qu'au quinzième, tels que celui de Sannazar.

[Note 677: ][ (retour) ] Stor. di Nap., l. XXVIII, c. 3.

Parmi les poëtes inscrits sur ce catalogue, et qui fleurirent dans ce siècle, on ne doit pas oublier Marulle, Michele Marullo Tarcagnota, Grec de naissance, mais qui fut amené en Italie, encore enfant, après la prise de Constantinople, sa patrie [678]. Il étudia les lettres grecques et latines à Venise, et la philosophie à Padoue. Il prit ensuite, pour subsister, la profession des armes; et ce fut presque toujours au milieu des fatigues et des dangers de la guerre, qu'il composa les poésies ingénieuses que nous avons de lui [679]. Elles consistent en quatre livres d'épigrammes, trois livres d'hymnes, et un poëme resté imparfait, intitulé de l'Éducation des Princes [680]. Les épigrammes sont dédiées à Laurent de Médicis. Elles roulent sur des sujets de toute espèce, et ont quelquefois plus d'étendue que ce genre de poëmes n'en comporte ordinairement. Telle est, entre autres, une pièce de près de deux cents vers élégiaques, adressée à Neœra, dans laquelle il retrace une partie de ses malheurs, et il presse cette belle Neœra, souvent célébrée dans ses vers, de terminer très-sérieusement avec lui, et de l'accepter pour époux. Ce ne fut pas elle cependant qu'il épousa, mais Alessandra Scala, l'une des plus belles, des plus spirituelles et des plus aimables personnes de Florence.

[Note 678: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 452.

[Note 679: ][ (retour) ] Florence, 1497, in-4.

[Note 680: ][ (retour) ] De principum Institutione.

Il eut, dans ses amours avec elle, Politien pour rival. De là vinrent les inimitiés qui divisèrent ces deux poëtes; elles s'exhalèrent avec violence dans les vers de Politien; on n'en voit aucune trace dans ceux de Marulle. Il était aimé: la modération lui était plus facile. En général, presque aucune de ses épigrammes n'est mordante; aucune ne blesse la décence; et il a ces deux avantages sur plusieurs des poëtes les plus célèbres de son temps.

Il donna le titre de Naturels à ses Hymnes [681], parce qu'il y traite souvent les plus grands objets de la nature. Ce n'est point aux Saints du calendrier qu'ils sont adressés, mais aux Dieux de la mythologie, à Jupiter, à Minerve, à Bacchus, à Pan, à Saturne, à l'Amour, à Vénus, à Mars, etc. Quelques-uns, comme l'hymne au Soleil, qui commence le troisième livre, sont de petits poëmes, où Marulle semble s'être proposé Lucrèce pour modèle, et où il approche, en effet, quelquefois de sa force et de sa précision énergique. Ses talents méritaient une vie plus paisible et une fin moins malheureuse. En sortant à cheval de Volterra, où il avait visité un de ses amis [682], il se noya dans une rivière peu connue, nommée le Cecina, à qui cet accident doit donner, dans l'esprit des amis de la poésie et des lettres, une triste célébrité.

[Note 681: ][ (retour) ] Hymni Naturales.