[Note 682: ][ (retour) ] Rafaël Volterano.

Si l'on ajoute à tous ces poëtes latins un nombre presque aussi considérable dont j'ai cru inutile de parler, et si l'on y joint encore, et la plupart des bons poëtes italiens qui écrivirent en même temps dans les deux langues, et presque tous les littérateurs, historiens, philosophes de ce temps, qui s'exercèrent plus ou moins dans la poésie latine, et dont les vers se trouvent, ou imprimés, ou épars en manuscrit, dans diverses bibliothèques, on conviendra que, depuis la renaissance des lettres, il n'y avait eu dans aucun siècle autant de versificateurs. En désignant quelques-uns d'eux qui obtinrent la couronne poétique, j'ai dit que cet honneur, en devenant trop commun, était tombé en discrédit. L'histoire, qui a dû retracer l'importance que Pétrarque avait mise à l'obtenir, et l'éclat qu'avait en ce triomphe, ne doit pas négliger les faits qui en constatent la décadence et l'avilissement.

Sigismond fut le premier empereur qui eut, dans ce siècle, l'idée de faire revivre l'ancien usage de reconnaître un homme de lettres poëte par un diplôme, et de le produire en public avec une couronne de laurier. Il accorda ces distinctions au Panormita, qui les méritait sans doute, et à un certain Cambiatore, que j'ai à peine cru devoir nommer parmi les poëtes italiens. Frédéric III en fut bien autrement libéral. Sans compter Sylvius, qui devint pape, et Nicolas Perotti, tous deux savants littérateurs, mais peu connus comme poëtes [683]]; il en décora aussi le Cimbriaco, le Bologni, dont nous avons parlé sans vouloir trop exalter leur mérite, et de plus, un Grégoire et un Jérôme Amasei, deux frères aussi inconnus l'un que l'autre; un Rolandello encore plus inconnu que tous les deux: enfin un Louis Lazarelli, qui a du moins l'honneur d'avoir fait avant Vida un poëme sur le ver à soie [684]. Mais les empereurs ne furent pas les seuls dispensateurs de cette distinction devenue presque banale. Filelfo la reçut d'Alphonse Ier., roi de Naples; Jean Marius son fils du roi René, fils d'Alphonse; un certain Benedetto de Césène, du pape Nicolas V, et Bernardo Belincioni de Louis Sforce, duc de Milan.

[Note 683: ][ (retour) ] Je ne connais du premier que la mauvaise ode saphique sur la Passion de J.-C., qu'on trouve dans ses Œuvres, et l'autre pièce plus mauvaise encore, qui la suit, intitulée: Decastichon de Laudatissimâ Mariâ.

[Note 684: ][ (retour) ] Imprimé à Iesi en 1765, édition donnée par l'abbé Lancelotti.

Les villes s'attribuèrent aussi ce privilége. Florence avait couronné Ciriaco d'Ancône, et même Leonardo Bruni après sa mort. Vérone décerna le laurier avec une pompe extraordinaire à Giovanni Panteo, dont Mafféi parle avec de grands éloges [685], mais qui n'est guère connu que par ces éloges mêmes. Rome, ou plutôt l'académie romaine, couronna Aurelini, professeur de belles-lettres, et Jean-Michel Pingonio de Chambéry, qui faisait de beaux poëmes pour le mariage de Philibert, duc de Savoie, en 1501, dont on ne se souvenait peut-être plus, même à Turin, en 1502. On trouve souvent la qualité de poëte lauréat jointe au nom d'hommes plus obscurs encore, et il y a lieu de croire que, soit pour une pièce de vers à la louange d'un empereur, soit par pure protection ou même pour quelque argent, ils en obtenaient simplement le diplôme, sans oser pour cela célébrer la cérémonie. Qu'arriva-t-il de cette facilité aveugle ou vénale? Ce qui arrive immanquablement en pareil cas. Il y a toujours quelque chose de fatal dans ces sortes d'honneurs littéraires, c'est qu'on ne peut les accorder, sans les compromettre, qu'a ceux qui n'en ont pas besoin pour être honorés. Ni Politien ni Pontano ne furent proclamés poëtes par un diplôme, et ce sont les premiers poëtes de leur siècle.

[Note 685: ][ (retour) ] Veron. Ill., part. II, p. 210.


CHAPITRE XXII.

De la Poésie italienne au quinzième siècle. Poëtes qui fleurirent alors, Giusto de' Conti, Montemagno le jeune, Burchiello, Laurent de Médicis, Politien, les trois frères Pulci, Bojardo, Bellincioni, Serafino d'Aquila, Tebaldeo, l'Unico Aretino, le Notturno, l'Altissimo, l'Achillini, etc.; Femmes poëtes.