Ce poëme, composé de quarante-huit octaves, et publié pour la première fois par M. Roscoe [712], est plein de descriptions charmantes, tracées avec une grande facilité de style et avec une propriété singulière d'expressions et de couleurs. Ces mêmes qualités brillent dans la Chasse au Faucon, autre poëme à peu près de même étendue, que nous devons au même biographe. Les préparatifs de cette chasse, les noms des chiens, des éperviers, des faucons, des chasseurs, des piqueurs, la chasse même dont les formes et les incidents sont fidèlement décrits; enfin la querelle comique survenue entre deux chasseurs, dont l'épervier de l'un a pris à la gorge et abattu celui de l'autre, tous ces détails, semés de traits originaux et naïfs, sans avoir le même intérêt pour le fond, n'en prouvent pas moins, dans l'auteur, le talent poétique le plus souple et le plus heureux.

[Note 712: ][ (retour) ] Dans le Recueil de Poésies inédites qu'il a joint à sa Vie de Laurent de Médicis, Ambra est la première pièce, et la Caccia col Falcone la seconde.

J'ai parlé plus haut [713] des fêtes du carnaval, des spectacles ambulants et singuliers que l'on y donnait au peuple de Florence, et du parti qu'en tira Laurent, pour ajouter encore à son crédit et à sa popularité. Même avant lui, ces célébrations joyeuses se faisaient avec beaucoup de pompe. On rassemblait à grands frais des chevaux, des chars, des trophées, une grande multitude de peuple qu'on habillait de costumes analogues aux divers sujets, et qui représentaient, ou le triomphe d'un vainqueur, ou quelque trait de chevalerie, ou l'attirail des métiers et des différents arts. Ce cortége sortait vers le soir, et se promenait aux flambeaux, dans la ville, pendant une partie de la nuit. Il s'arrêtait de temps en temps, et des hommes masqués, comme ceux du cortége l'étaient tous, chantaient quelques chansons que le peuple répétait en dansant. Laurent, qui ne négligeait aucun moyen de lui plaire, imagina de donner à ces mascarades plus de magnificence et de variété, d'y ajouter le charme de la poésie et celui de la musique; de faire, en un mot, de ces anciennes et grossières orgies, un spectacle ingénieux et nouveau. On vit quelquefois autour d'un chariot, traîné par des chevaux superbes et rempli de masques revêtus de différents caractères, jusqu'à trois cents hommes aussi masqués, à cheval, et habillés richement; tandis que d'autres, à pied et en aussi grand nombre, portaient des flambeaux allumés, parcouraient avec eux, éclairaient et réjouissaient toute la ville. Les personnages qui remplissaient les chars, chantaient harmonieusement à quatre, huit, douze et même quinze ou seize voix, des canzoni, des ballades et d'autres pièces de ce genre, dont les paroles étaient analogues au caractère qu'ils représentaient [714]. Médicis donnait lui-même l'idée et les dessins de ces mascarades; il composait des vers et des chansons, qu'il faisait mettre en musique par les plus habiles musiciens de ce temps. Quand ces triomphes et ces chants étaient bien ordonnés, bien exécutés, accompagnés de tous les ornements et de toute la pompe convenables, quand l'invention en était heureuse, le sens facile à saisir, les paroles populaires et plaisantes, la musique simple et gaie, les voix sonores et bien d'accord, les habits riches, brillants, appropriés aux caractères, les machines bien construites et peintes avec art, les chevaux nombreux, beaux et bien équipés, la nuit éclairée par une grande quantité de torches et de flambeaux, on ne peut, dit le premier éditeur de ces chants du carnaval, rien voir ni rien entendre qui soit plus agréable et plus fait pour plaire à tous les goûts [715].

[Note 713: ][ (retour) ] Pages 385 et 386.

[Note 714: ][ (retour) ] Préface de l'édition des Canti Carnascialeschi, 1750, in-4., p. x.

[Note 715: ][ (retour) ] Épitre dédicatoire de la première édition au prince François de Médicis, et réimprimée dans la seconde, p. xxxix.

Le succès qu'eurent ces chants, l'intérêt qu'y prenait Médicis, et l'exemple qu'il donnait d'en composer pour amuser le peuple, firent que la plupart des beaux esprits du temps s'exercèrent dans ce genre de poésie; cette mode se soutint jusqu'au milieu du siècle suivant, et c'est de tous ces chants réunis qu'Antoine Grazzini, surnommé le Lasca, fit imprimer un recueil [716] qui tient sa place parmi les productions les plus originales de la littérature italienne. Les chants de Laurent de Médicis se distinguent à une certaine grâce facile et à une simplicité spirituelle, dégagée de toute prétention à l'esprit. Les personnages qui les chantent, sont tantôt de jeunes filles qui se moquent du bavardage des cigales, ou des femmes qui filent de l'or, ou de jeunes femmes et de vieux maris; tantôt des muletiers, des hermites, des revendeurs, des gens de toute sorte de métiers; quelquefois aussi ce sont des triomphes plus magnifiques, tels que celui d'Ariane et de Bacchus. Ce chant est le premier du recueil, et il en est un des plus agréables. Le refrain est philosophique, et tire à la manière des anciens, de la briéveté de la vie, la nécessité d'en jouir [717].

Qu'elle est belle la jeunesse
Qui passe et fuit si grand train!
Rions, aimons, le temps presse:
Rien n'est moins sûr que demain.

[Note 716: ][ (retour) ] Tutti i trionfi, carri, mascherati, o canti carnascialeschi andati per Firenze, etc. Florence, 1559, in-8.

[Note 717: ][ (retour) ]

Quant' è bella giovinezza
Che si fugge tutta via!
Chi vuol esser' lieto sia
Di doman non c'è certezza
.