«Voici Bacchus et Ariane, beaux et tous deux brûlants d'amour; ils savent que le temps fuit et nous trompe; ils ne veulent plus se quitter; les nymphes et tous les gens qui les entourent, gais et contents comme eux,
Épris d'amour et de vin,
Comme eux répètent sans cesse;
Rions, aimons, le temps presse:
Rien n'est moins sûr que demain.
Ces satyres pétulants, amoureux de toutes les nymphes, leur ont tendu mille piéges, dans les antres, dans les bosquets;
Maintenant le dieu du vin
Seul a toute leur tendresse;
Buvons comme eux, le temps presse:
Rien n'est moins sûr que demain.
Celui qui vient lentement, pesamment porté sur son âne, est le vieux et joyeux Silène, chargé d'embonpoint et d'années.
Il veut se dresser en vain;
Mais il rit et boit sans cesse;
Rions aussi, le temps presse:
Rien n'est moins sûr que demain.
C'est Midas qui vient après eux: tout ce qu'il touche devient or; à quoi servent tant de trésors, puisque l'avare n'en a jamais assez?
Quel triste et fâcheux destin
Que d'être altéré sans cesse!
Rions plutôt, le temps presse:
Rien n'est moins sûr que demain, etc.
Tous ces chants n'ont pas à beaucoup près cette teinte philosophique: le plus grand nombre, au contraire, tant de ceux de Laurent, que de ceux que composaient d'autres poëtes, est d'une gaîté grivoise qui suppose des mœurs publiques, sinon plus corrompues, au moins plus franchement licencieuses que les nôtres; tous les métiers et tous les instruments qu'ils emploient sont des sujets inépuisables d'équivoques et de quolibets, dont la plupart de ces chants sont remplis; mais on n'y voit aucune expression sale ou grossière. Comme l'attribut éminemment distinctif de l'homme, après la raison, est le langage, il semble que la bassesse et la grossièreté des mots le ravale encore plus bas que la licence des mœurs; et si, pour amuser un peuple corrompu, il lui fallait des plaisanteries libres, on voit du moins que, pour s'en faire aimer, Laurent savait l'égayer sans l'avilir.
Dans des circonstances moins solennelles, dans des fêtes et des réjouissances ordinaires, qui étaient assez fréquentes pendant le cours de l'année, il composait d'autres chansons ou espèces de rondes, que souvent, comme je l'ai dit [718], il chantait et dansait avec le peuple. Elles sont pour le moins aussi libres que les autres; mais la plupart ont dans le style une grâce et une naïveté charmantes. Quelques unes même n'ont d'indécence ni dans le fond ni dans la forme; et ce sont les plus jolies. On cite et l'on chante encore celle qui commence par ces deux vers: