Ben venga maggio
E'l gonfalon selvaggio
.

[Note 718: ][ (retour) ] Loc. cit.

Ce qui mérite le plus de fixer ici l'attention, c'est que ce chansonnier joyeux, ce poëte aimable, cet homme simple et populaire, était un des premiers personnages de son siècle, un grand homme d'état, un philosophe profond, et qu'au moment où on le voyait sur la place de Florence diriger les mouvements d'une danse de jeunes filles, il venait peut-être de s'enfoncer dans les obscurités les plus creuses du platonisme, ou de lutter, par son génie, contre la politique tortueuse des plus habiles cabinets de l'Italie et de l'Europe.

Nous avons vu que Lucrèce, sa mère, avait composé des poésies sacrées. Soit pour lui plaire, soit par tout autre motif, Laurent voulut en composer aussi, et son génie, qui se pliait à tout, ne réussit pas moins dans ce genre que dans les autres. Il fut même le premier à y employer le style sublime, et l'imitation de celui du Psalmiste et des Prophètes. Les quatre prières ou Oraisons que l'on trouve dans cette partie de ses Œuvres, sont du genre lyrique le plus élevé. Quant aux hymnes ou laudes, Laude, il suivit l'usage du temps, qui était de les rendre populaires, en les mettant sur des airs connus, et presque toujours sur des airs de ballades ou de chansons à danser. Le mérite de ces compositions était la simplicité. Les idées étaient à la portée du peuple, et le style ne s'élevait pas beaucoup au-dessus de son langage. On joignait à chacune des pièces les premiers mots de la chanson sur l'air de laquelle cette pièce était composée: c'était à peu près comme nos anciens Noëls, et, à la pureté du langage près, comme les cantiques de notre abbé Pélegrin [719].

[Note 719: ][ (retour) ] Quand on voit un des chants de Lucrèce de Médicis, commençant par ces mots:

Ecco'l Messia
E la madre Maria
,

mis sur l'air:

Ben venga maggio
E'l gonfalon selvaggio
,

on ne peut s'empêcher de penser aux cantiques de ce bon abbé Pélegrin, tels que celui sur la Chasteté, dont le refrain était:

Adieu paniers,
Vendanges sont faites.

Du temps de Laurent de Médicis, l'art dramatique n'existait point encore. En Italie, comme dans les autres parties de l'Europe, on ne connaissait que ces représentations pieuses, appelées Mystères. À Florence, on en donnait souvent aux dépens du public; quelquefois aussi aux frais des citoyens riches, qui s'en servaient pour déployer leur opulence et se concilier la faveur publique [720]. On peut croire que Laurent se proposa ce double but en donnant la représentation de S. Jean et de S. Paul, dont il composa le poëme. On croit que ce fut à l'occasion du mariage de Madeleine, l'une de ses filles, avec François Cibo, neveu du pape Innocent VIII, et que les principaux personnages de la pièce furent représentés par ses autres enfants [721]. Ce qui le fait penser, c'est que plusieurs passages semblent des préceptes adressés à ceux à qui est confié le gouvernement des états, et paraissent avoir particulièrement trait à la conduite que lui et ses ancêtres avaient suivie pour obtenir et conserver leur influence dans la république [722].

[Note 720: ][ (retour) ] W. Roscoe, the Life of Lorenzo, etc., ch. 5.

[Note 721: ][ (retour) ] Voy. Cionacci, Préface de la Reppresentezione di S. Giovanni e S. Paolo, avec les autres Poésies sacrées de Laurent, Florence, 1680.

[Note 722: ][ (retour) ] W. Roscoe, ub. supr.

Dans cette pièce, écrite tout entière en octaves, et dont il paraît qu'une partie était chantée, il n'est question ni de S. Jean l'évangéliste, ni de l'apôtre S. Paul, mais du martyre de Jean et de Paul, deux eunuques de la fille de Constantin, qu'on appelle le Grand. Cette fille, nommée Constance, est lépreuse: Ste. Agnès la guérit par un miracle. Constantin, devenu vieux, se démet de l'empire entre les mains de ses enfants; Julien, qu'on a surnommé l'Apostat, leur succède, et c'est ce nouvel empereur qui fait couper la tête aux deux jeunes eunuques de sa sœur, parce qu'ils adorent le dieu qui l'avait guérie de la lèpre par l'intercession de Ste. Agnès. Il est puni, et tué dans une bataille, non par le fer ennemi, mais par un martyr peu connu, ou dont le nom est plus célèbre dans la mythologie que dans l'histoire, et qui s'appelle S. Mercure.