Les Universités de Milan, de Pavie, et de Ferrare, prospérèrent constamment sous la domination des Sforce et des princes de la maison d'Este. Celles de Naples, de Rome, de Pérouse, n'éprouvèrent rien de remarquable pendant ce siècle. On distingue entre celles qui prirent alors naissance, l'Université de Turin, fondée, en 1405, par Louis de Savoye, qui n'avait alors que le titre de prince d'Achaïe [781]. Amédée VIII, son successeur et premier duc de Savoye, en confirma et en augmenta les priviléges. Elle attira dès-lors un grand concours, et fit tomber celle de Verceil, qui existait depuis le treizième siècle. Elle n'eut point d'autre ennemie que la peste qui la chassa plusieurs fois à Chieri [782], à Savigliano [783]], à Montcalier; elle revint enfin à Turin [784], où elle a continué de fleurir jusqu'à nos jours [785].

[Note 781: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 75.

[Note 782: ][ (retour) ] 1428; elle y resta huit ans.

[Note 783: ][ (retour) ] 1435; à Turin, deux ans après, d'où elle se transporta encore pour la même cause à Montcalier.

[Note 784: ][ (retour) ] En 1459.

[Note 785: ][ (retour) ] Elle en fut encore chassée dès le commencement du siècle suivant, avec les souverains de cet état, et n'y fut ramenée que par Emanuel Philibert. Voy. t. IV, p. 112.

Nous ne pouvons prendre aucun intérêt aujourd'hui au crédit qu'eurent alors, dans toutes ces universités, les études théologiques. Les grandes occasions que les docteurs, dans la science de Thomas et de Scot, eurent de faire briller leur savoir, dans les conciles de Constance, de Bâle et de Florence, les espérances de fortune attachées à leurs succès, dans ces expéditions brillantes, où l'on voyait les simples ecclésiastiques élevés à la prélature, les évêques au cardinalat, les cardinaux décorés de la tiare, ne pouvaient qu'exciter une grande émulation parmi les jeunes théologiens, qui voyaient ouverte devant eux une si belle carrière. Mais tout ce qui se dit et s'écrivit alors de plus fort et de plus sublime, où, si l'on veut, de plus profondément inintelligible, dans les écoles et même dans les conciles, est également perdu pour nous, malgré le soin qu'en prit quelquefois l'imprimerie qui joignait dès-lors, comme elle le fait encore, à tant et de si grands avantages, l'inconvénient très-grave de multiplier et d'éterniser le mal comme le bien. Nous ne nous arrêterons qu'un instant sur deux questions qui mirent en grande rumeur le monde théologique, et qui serviront à faire connaître quel était dans ce monde-là l'esprit du temps.

L'une de ces questions roula sur un objet qui paraissait fort étranger à la théologie; mais celle-ci a toujours su, quand on le lui a permis, étendre à propos les limites de sa compétence. Les Monts-de-Piété venaient d'être institués par un moine assez peu connu, quoique saint, le B. Bernardin de Feltro, de l'ordre des frères mineurs [786]. Trois papes les avaient autorisés [787]; et cependant quelques théologiens et quelques canonistes prétendirent que ces établissements, fondés par un saint et brevetés par trois papes, étaient usuraires, et partant illicites. Les Monts-de-Piété eurent des défenseurs. Les deux partis trouvèrent dans l'écriture, dans les pères, dans les conciles, tout ce qu'il fallait pour les attaquer et pour les défendre; la querelle ne se termina qu'en 1515, où Léon X confirma définitivement ces institutions utiles.

[Note 786: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 227.

[Note 787: ][ (retour) ] Paul II, Sixte IV et Innocent VIII.