[Note 820: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 359.

Niccolò Leoniceno, de Vicence, mérite un article à part, sinon comme médecin, du moins comme savant littérateur, et comme l'un des plus forts érudits de ce siècle où il en existait de si forts. Il traduisit le premier, en latin, les Œuvres de Galien. Pratiquant peu la médecine, «je sers mieux le public, disait-il, qu'en visitant les malades, puisque j'instruis les médecins». On distingue entre ses ouvrages, celui où il examine les erreurs de Pline et des autres anciens auteurs qui ont écrit sur les simples employés comme médicaments [821], ce livre lui fit des querelles avec plusieurs savants; il les soutint sans aigreur: il entrait dans son régime de ne se fâcher jamais. Son empire sur toutes ses passions, sa vie chaste et sobre, lui donnèrent une santé inaltérable; il vécut jusqu'en 1524, et mourut à quatre-vingt-seize ans. Il traduisit aussi en latin les Aphorismes d'Hippocrate, en italien les Histoires de Dion, de Procope et quelques dialogues de Lucien: il écrivit le premier en Italie sur la maladie qu'on y appelle mal français, qu'on nomme en France mal de Naples, et qui, dit-on, ne commença à être connue en Europe qu'en 1494 [822]. On a enfin de lui trois livres d'Histoires diverses, des Lettres et d'autres Opuscules, qui annoncent des connaissances aussi variées qu'étendues.

[Note 821: ][ (retour) ] Plinii et aliorum plurium auctorum, qui de simplicibus medicaminibus scripserunt errores notati, etc.; Bude, 1532, in-fol.

[Note 822: ][ (retour) ] De Morbo Gallico, Venise, Alde, 1497. Les Œuvres de Leoniceno ont été recueillies, Bâle, 1533, in-fol.

L'astronomie était encore alors trop souvent accompagnée des rêveries de l'astrologie judiciaire, mais souvent aussi elle marchait sans cette déshonorante escorte. La crédulité des grands était l'encouragement de la charlatanerie des astrologues. Philippe-Marie Visconti n'en était pas moins entouré que de médecins. L'historien de sa vie [823] nomme avec soin tous ceux qu'il fit venir à sa cour, et décrit les formes superstitieuses avec lesquelles il les consultait dans toute affaire. Ils perdirent tout en le perdant. François Sforce n'était pas homme à leur donner de l'emploi [824]; leurs noms ne furent plus prononcés sous son règne qu'avec le mépris qui leur était dû. Parmi ceux qui joignirent à quelque faible pour l'astrologie de grandes connaissances astronomiques, on distingue Jean Bianchini, Bolonais, selon les uns, et Ferrarois selon d'autres, qui publia des tables astronomiques, où sont combinés tous les mouvements des planètes; elles furent réimprimées plusieurs fois dans le siècle suivant [825], et valurent à leur auteur, de la part de l'empereur Frédéric III, la permission, pour lui et pour ses descendants, d'ajouter l'aigle impérial à leurs armes [826]. Un autre Ferrarois, Dominique-Marie Novara, fit un présent plus précieux au monde; il lui donna le grand Copernic. Ce Novara était un génie hardi et qui aimait à se frayer des routes nouvelles; il ne serait pas impossible que le jeune Copernic, son élève, qu'il associait à toutes ses observations astronomiques, eût reçu de lui les premières idées de son Système du monde.

[Note 823: ][ (retour) ] Pier Candido Decembrio, ub. supr.

[Note 824: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. I, p. 298.

[Note 825: ][ (retour) ] Id. ibid., p. 299.

[Note 826: ][ (retour) ] Id. ibid., p. 302.

J'en suis fâché pour un art que j'aime; mais je trouve parmi les astrologues les plus connus de ce siècle un des ses plus savants musiciens. La musique qu'on avait d'abord enseignée dans les écoles publiques, et qui était au nombre des sept arts, n'était que le plain-chant. Mais l'art avait fait des progrès, et la musique, telle qu'elle était au temps dont nous parlons, n'avait point, à proprement parler, d'école. Louis Sforce fut le premier qui pensa à en fonder une pour elle à Milan; et le premier professeur de cette école fut Franchino Gaffurio. Il était né à Lodi, le 14 janvier 1451 [827]; dans sa jeunesse, il alla montrant son art à Vérone, à Mantoue, à Gènes et jusqu'à Naples. Chassé de cette dernière ville par la peste et par les incursions des Turcs, il revint à Lodi, où il enseignait la musique aux enfants, lorsqu'il fut appelé à Milan par Louis-le-Maure [828]. Il y composa plusieurs ouvrages estimés, sur la théorie et la pratique de cet art [829], et fit traduire de grec en latin, les ouvrages des anciens auteurs sur la musique. Il était de plus assez bon poëte, très-habile en astronomie, et malheureusement aussi en astrologie. Ce fut d'astrologie et non d'astronomie qu'il fut professeur à Padoue en 1522, lorsque la chute de Louis Sforce, et les révolutions de Milan eurent renversé sa chaire musicale. Il avait alors soixante-onze ans, et mourut peu de temps après.