Il en est pourtant quelques-uns auxquels des circonstances particulières attachent de l'intérêt; Michel Savonarole, professeur à Padoue, et grand-père du trop fameux Dominicain Jérôme Savonarole, laissa, outre quelques ouvrages de profession, un éloge de Padoue, qui contient d'utiles renseignements sur cette ville; l'histoire le cite souvent, et Muratori l'a jugé digne d'entrer dans sa grande collection [812]. Pierre Leoni de Spolète ne se livra pas seulement à la médecine, mais à la philosophie platonicienne; il fut intime ami de Marsile Ficin, et ce fut sans doute ce qui le fit appeler auprès d'un malade dont la mort entraîna la sienne. N'ayant pu sauver la vie à Laurent de Médicis, il fut trouvé noyé dans un puits, à Correggio. On dit alors qu'il s'y était jeté de désespoir; mais les plus clairvoyants accusent un homme puissant de l'y avoir fait jeter; et celui que Sannazar indique assez clairement, dans une de ses élégies italiennes [813], et à qui l'histoire impute cette barbare et injuste vengeance, est Pierre de Médicis, fils de Laurent [814].
[Note 812: ][ (retour) ] Scriptor. Rer. ital., vol. XXIV.
[Note 813: ][ (retour) ] C'est celle qui termine l'édition de Padoue, Comino, 1723, in-4., p. 412.
[Note 814: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, p. 345.
Gabriel Zerbi, de Vérone, eut une mort encore plus funeste. Après avoir professé la médecine à Rome et à Padoue, il la professait à Venise lorsqu'un grand personnage parmi les Turcs, attaqué d'une maladie grave, y envoya demander un habile médecin. Gabriel, choisi par le doge, partit, guérit le Turc, reçut de riches présents et revenait très-content avec un fils tout jeune, qu'il avait emmené dans ce voyage. À peine était-il en chemin, que le Turc, s'étant livré à quelques excès, retomba malade et mourut. Ses enfants soupçonnèrent le médecin italien de l'avoir empoisonné; on le poursuivit, on l'atteignit, et après lui avoir donné l'horrible spectacle de voir scier en deux son enfant, on le fit périr du même supplice [815]. Ce malheureux Zerbi a laissé un livre de métaphysique, et un autre d'anatomie [816], dont M. Portal donne un extrait dans l'histoire de cette science [817]. Jean Marliani, de Milan, fut à la fois mathématicien, philosophe et médecin célèbre. Il donnait des leçons de toutes ces sciences, et l'on venait pour les suivre, même des pays étrangers. On le nommait en philosophie un Aristote, un Hippocrate en médecine, en astronomie un Ptolémée; cela ne nous est pas nouveau, mais ce qui l'est, c'est que ces titres magnifiques lui furent donnés dans un édit du duc de Milan [818]. Marliani écrivit, dans ces trois différents genres, beaucoup d'ouvrages que l'on cite, mais sans dire s'ils justifient cette grande réputation de l'auteur [819]. Alexandre Achillini, Bolonais, frère du poëte Jean Philotée, dont nous avons parlé, fut plus célèbre philosophe que médecin [820], et ce nom d'Achillini, porté, dans le siècle suivant, par un second poëte petit-fils du premier, fut encore plus illustré en poésie qu'en philosophie et en médecine.
[Note 815: ][ (retour) ] Valerianus, de Infel. Liter., l. I.
[Note 816: ][ (retour) ] Medicus theoricus, c'est-à-dire, le professeur de médecine théorique.
[Note 817: ][ (retour) ] Tom. I, p. 247 et suiv.
[Note 818: ][ (retour) ] Jean-Galeaz-Marie Sforce; l'édit est du 26 septembre 1483.
[Note 819: ][ (retour) ] Voyez-en la liste dans Argelati, Bibl. Script. Mediol, t. II, part. I.