[Note 836: ][ (retour) ] Delitiœ eruditorum, du docteur Lami, vol. V, VI, VIII.
Celui de tous ces astronomes qu'on peut regarder comme le plus célèbre, et qui fut le plus entièrement à l'abri des folies qui dégradaient alors cette science, c'est Paul Toscanelli, né à Florence, en 1397 [837], auteur du superbe Gnomon de la cathédrale de cette ville, dont le savant La Condamine, en passant à Florence, en 1755, eut la gloire de solliciter et d'obtenir la réparation. Le savoir de Toscanelli était si universellement reconnu dans l'Europe, que la roi Alphonse de Portugal voulut avoir son avis sur le projet de navigation aux Indes orientales. Toscanelli répondit aux questions qui lui furent faites, par deux lettres, l'une adressée à Fernando Martinez, chanoine de Lisbonne, l'autre à Christophe Colomb: il y joignit une carte de navigation, relative à ce projet, et ne contribua pas peu, par ses conseils, au succès de l'entreprise [838]. C'est aux astronomes, c'est aux ouvrages qui ont pour objet l'astronomie, qu'il convient de rappeler les services que cet illustre Florentin rendit à la science. En parlant de ses deux réponses aux questions du roi de Portugal, je viens de toucher un sujet dont l'intérêt plus général veut que nous nous y arrêtions davantage. Le goût pour les navigations lointaines, et l'ardeur pour les découvertes, qui régnait alors, en produisirent une à jamais célèbre, l'un des grands événements qui signalent ce siècle mémorable, et qui en doit terminer le tableau.
[Note 837: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 308.
[Note 838: ][ (retour) ] Voy. la Vie de Christophe Colombo, par Ferdinand Colombo son fils, et le Traité sur le Gnomon de Florence, par l'abbé Ximenès.
La passion pour les voyages de long cours était née depuis long-temps en Italie. Dès la fin du treizième siècle, le Vénitien Marc-Paul avait publié la relation de ceux qu'il avait faits dans les Indes orientales, à la Chine et au Japon; elle avait excité de toutes parts le désir de l'imiter, de découvrir des pays nouveaux, et de voir de ses yeux tant de merveilles. Le nombre des voyageurs fut considérable dans le quatorzième siècle, et les Portugais qui, dans le quinzième, semblèrent inspirés par le génie des découvertes, eurent pour conseil un Florentin, et pour coopérateur, ou plutôt pour guide, un Italien, dont la patrie positive a été long-temps incertaine, que Gênes, Plaisance et le Montferrat se sont disputés, mais qu'un savant Piémontais a récemment et définitivement prouvé appartenir au Montferrat [839]. Celui-ci s'élançant plus loin dans la carrière, non content de découvertes partielles, ajouta une quatrième partie au globe, et fit à l'ancien univers le présent d'un nouveau monde. Enfin un autre Italien, plus heureux paraît avoir démontré que Colombo était né dans le Montferrat, au château de Cuccaro, qui appartenait à sa famille., donna son nom à cette partie nouvelle de la terre, qui a exercé depuis une si grande influence sur les trois autres, et principalement sur l'Europe, sans qu'on ait osé décider encore si ce n'a pas été en général, et à tout considérer, une influence funeste.
[Note 839: ][ (retour) ] Après avoir examiné les trois opinions contradictoires qui existaient au sujet de la patrie de Christophe Colombo, Tiraboschi s'était décidé en faveur de Gênes, t. VI, part. I, p. 172 et suiv. M. Galeani Napione, de l'académie de Turin, a réfuté Tiraboschi par une Dissertation, insérée d'abord dans les Mémoires de cette illustre académie (Littérature et Beaux-Arts, année 1805), réimprimée depuis, avec des augmentations considérables, Florence, 1808, in-8.; et il parait avoir démontré que Colombo était né dans le Montferrat, au château de Cuccaro. qui appartenait à sa famille.
Cristoforo Colombo, né en 1442 à Cuccaro, dans le Montferrat, de parents nobles, mais pauvres, transporté à Gênes encore enfant, montra, dès sa jeunesse, un goût décidé pour la mer. Il fit son apprentissage avec un célèbre corsaire, son parent, et du même nom que lui. Ayant fait un commencement de fortune, il s'associa son frère, Barthélemy Colombo, qui dessinait très-habilement des cartes géographiques à l'usage des navigateurs. Ils s'établirent tous deux à Lisbonne, où Christophe se maria. En observant les cartes géographiques de son frère, et en écoutant les récits que les navigateurs portugais faisaient de leurs voyages, il conçut les premières idées de sa découverte. Ce fut alors qu'il écrivit à Paul Toscanelli, et qu'il en reçut une réponse propre à l'encourager dans son entreprise; mais elle exigeait des dépenses qu'un gouvernement seul pouvait faire. Colombo fit d'abord au sénat génois l'hommage de ses projets: on les traita de rêves et de visions. Jean II, roi de Portugal, y fit un meilleur accueil; mais les commissaires qu'il nomma eurent l'indignité de dérober à Colombo ses cartes et ses plans, et de faire partir sur une caravelle un pilote qui heureusement ne fut pas assez habile pour en faire usage, et revint en Portugal comme il en était parti. Colombo indigné abandonne ce pays, envoie son frère en Angleterre, passe lui-même en Espagne, proposant partout son nouveau monde, et ne pouvant le faire agréer à personne. Il écrivit à la cour de France, qui à peine daigna lui répondre. Un moine franciscain, nommé Marchena [840] , reparla de lui à la cour d'Espagne; on l'écouta enfin; mais les prétentions de Colombo parurent trop fortes, et ayant encore éprouvé des refus, il était prêt à quitter l'Espagne, lorsque la prise de Grenade sur les Maures changea les dispositions de la cour. Au milieu de la joie que répandit cette conquête, la reine Isabelle, sollicitée de nouveau, adopta définitivement le projet. Colombo fut appelé, reçu avec honneur, et créé, par des lettres-patentes, amiral perpétuel et héréditaire dans toutes les îles et continents qu'il viendrait à découvrir, vice-roi et gouverneur de ces mêmes pays, avec la dixième part de tout ce qu'ils pourraient produire, outre le remboursement de ses dépenses.
[Note 840: ][ (retour) ] Fra Giovanni Perez de Marchena.
Le 3 août 1492 fut le jour mémorable où il partit du port de Palos avec trois caravelles pour la plus grande entreprise qu'on ait jamais tentée [841]. On sait quel fut le succès de ce premier voyage, les découvertes qu'il fit, et la réception magnifique et triomphante qui lui fut faite à Barcelonne, lorsqu'il y parut à son retour. Dix-sept vaisseaux furent mis sous ses ordres. Cette seconde expédition, aussi glorieuse que la première, fut troublée par les manœuvres de l'envie. Colombo revint en Espagne, et les déconcerta par sa présence. Mais à son troisième voyage, lorsqu'après avoir déjà donné à cette cour plusieurs îles, entre autres Cuba, St.-Domingue, la Jamaïque, la Trinité, il avait commencé à découvrir le continent qu'il prenait encore pour une île, l'envie obtint un premier triomphe: Colombo fut destitué de ses emplois, et ramené en Europe chargé de fers. Dès qu'il put se faire entendre, il cessa de paraître coupable, et cependant toute la grâce qu'il put obtenir, fut d'aller dans un quatrième voyage [842] s'exposer à de nouveaux dangers, pour conquérir à un gouvernement ingrat des terres et des richesses nouvelles. À son dernier retour en Espagne, en 1504, il se trouva privé d'un puissant appui. La reine Isabelle n'était plus. Ferdinand, prévenu par les ennemis de Colombo, n'eut plus personne auprès de lui pour le défendre. Des délais, de vaines promesses, des propositions humiliantes, devinrent l'unique récompense de tant de travaux et de services: et tandis que les trésors de la Castille se grossissaient chaque jour du produit des découvertes de ce grand homme, il mourut de chagrin, plus encore que des suites de ses fatigues, à l'âge de soixante-cinq ans.
[Note 841: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. I, p. 180.