[Note 842: ][ (retour) ] En 1502.

Lorsqu'il eut été dépossédé de ses emplois et amené captif en Europe, un autre amiral fut chargé de continuer la découverte du Nouveau Monde. Cet amiral, nommé Alphonse d'Ojeda, avait sur sa flotte un homme destiné à recueillir la gloire de cette expédition et de celles du malheureux Colombo. Il se nommait Amerigo Vespucci. Né à Florence le 9 mars 1451 [843], d'une famille noble, il fut envoyé par son père en Espagne, pour y apprendre le commerce. Le bruit que faisaient à Séville les découvertes de Colombo lui inspirèrent le désir d'en faire de semblables. Il était très-instruit en astronomie, en cosmographie, et avait appris la navigation, soit dans des voyages précédents, soit par des études que sa passion naissante lui avait fait entreprendre. Lorsque la flotte d'Alphonse d'Ojeda partit, il obtint du roi d'y être employé. Quelques auteurs ont prétendu qu'il fut lui-même commandant de cette flotte, mais l'autre opinion paraît beaucoup plus probable. On l'accuse aussi d'avoir, dans les narrations de ses voyages, commis des erreurs volontaires de dates pour s'attribuer l'honneur d'avoir abordé le premier au continent du Nouveau-Monde, que cependant Colombo avait découvert et reconnu avant lui. Quoi qu'il en soit, après plusieurs voyages signalés par des découvertes, dont il a laissé la description dans des lettres que l'on possède imprimées [844], il revint en Espagne, et fut fixé à Séville en 1507, avec le titre de pilote majeur. Son emploi était d'examiner tous les pilotes, et de leur désigner les routes qu'ils devaient tenir en naviguant: titre et fonctions très-convenables, dit le judicieux Tiraboschi [845], pour un homme versé dans la science de la navigation, mais au-dessous du mérite de celui qui aurait commandé en chef une flotte, et découvert le continent d'un nouveau monde. Ce fut cet emploi qui lui fournit l'occasion de rendre son nom immortel, en le donnant aux pays nouvellement découverts. En dessinant les cartes pour servir de guides à la navigation des pilotes, il indiquait le nouveau continent par le nom d'America [846], et ce nom, répété par les navigateurs et par les pilotes, devint bientôt universel. Les Espagnols eurent beau s'en plaindre, ce nom est resté au Nouveau-Monde. De quelque nature que fussent les droits d'Amerigo Vespucci pour le lui donner, suivant l'observation très-simple et très-juste des auteurs de l'Histoire des voyages [847], après une si longue possession, il est trop tard pour les combattre.

[Note 843: ][ (retour) ] Bandini, Vita di Amerigo Vespucci, Florence, 1745, in-4., cap. II, p. xxiv.

[Note 844: ][ (retour) ] À la suite de sa Vie, écrite et publiée par Angelo Maria Bandini, ub. supr.

[Note 845: ][ (retour) ] Tom. VI, part. I, p. 190.

[Note 846: ][ (retour) ] Tiraboschi, loc. cit.

[Note 847: ][ (retour) ] Traduite et rédigée par l'abbé Prévôt, t. XLV, p. 255.

Les Florentins qui ont conservé de leurs anciennes mœurs l'usage de tenir fortement à la gloire de leurs illustres concitoyens, défendent celle de ce célèbre voyageur contre tous les reproches que lui font les Espagnols, les Génois, et qui sont, malgré leurs efforts, adoptés par les historiens les plus impartiaux et les juges les plus intègres. Ils tiennent, pour ainsi dire, éternellement allumé devant son nom le Fanale qui le fut devant sa maison, par décret de la république [848]. C'était un honneur que leurs aïeux n'accordaient qu'à ceux qui avaient bien mérité de la patrie.

[Note 848: ][ (retour) ] Bandini, Vita, etc., p. xlv.

Quand le bruit des voyages d'Amerigo Vespucci et l'éclat de son nom se répandirent dans l'Europe, on fit des fêtes à Florence, et la seigneurie envoya, devant la maison de sa famille, les lumières qui y restèrent allumées pendant trois nuits et trois jours; c'est ce qu'on nommait il Fanale. On illuminait alors dans toute la ville, et les nobles étaient obligés d'entretenir des feux au haut de leurs maisons ou de leurs palais, pour se montrer d'accord avec l'allégresse publique. C'est ainsi que ce peuple sensible savait honorer ses grands hommes.