Il est aussi vrai, et presque aussi triste que, quand il récompense la folie, il augmente le nombre des fous. La faveur dont jouissait l'astrologie auprès de Charles-le-Sage excita une grande ardeur pour cette prétendue science, non-seulement dans ses états, mais en Italie, d'où vinrent, à l'exemple de Thomas de Pisan, beaucoup d'autres astrologues, dans l'espoir d'obtenir pour eux-mêmes la bonne aventure qu'ils prédisaient aux autres [164]. Leurs noms ont été soigneusement recueillis [165], et l'on a tenu registre de leurs découvertes et de leurs prédictions; telles que celle de Nicolas de Paganica, médecin et dominicain, qui prédit, jour pour jour, la naissance d'un fils du duc de Bourgogne, en 1371, et découvrit, disent ces vieilles chroniques, plusieurs grands empoisonneurs en France, qui avaient intoxiqué plusieurs grands personnages [166], telles encore que les prédictions faites par un certain Marc, de Gênes, de la mort d'Édouard III, roi d'Angleterre, et de la victoire de Rosebecq, remportée sur les Flamands, en 1382, par les Français, que commandait le duc de Bourgogne [167]; mais on n'a pas tenu aussi exactement compte de leurs charlataneries et de leurs bévues.

[Note 164: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. V, l. II, p. 170.

[Note 165: ][ (retour) ] Voy. Catalogue des principaux Astrologues, etc., rédigé par Simon de Phares, écrivain du quinzième siècle, et publié par l'abbé Lebeuf, Dissertat sur l'Hist. de Paris, t. III, p. 448 et suiv.

[Note 166: ][ (retour) ] Ibid., p. 451.

[Note 167: ][ (retour) ] Voy. Catalogue des principaux Astrologues, etc. etc.

On est encore forcé de compter parmi les astrologues le fameux Paul le géomètre, né à Prado, en Toscane, à qui son savoir en arithmétique, fit aussi donner le nom de Paul de l'Abbaco. Il ne se bornait pas à connaître les astres et à en tirer des pronostics; il construisait de ses propres mains des machines ingénieuses où tous leurs mouvements étaient fidèlement représentés. Sa réputation fut encore plus grande en France, en Angleterre, en Espagne, et jusque parmi les Arabes, que dans son pays même [168]. Philippe Villani l'a fait mourir en 1365 [169]; et cependant on cite de lui un testament fait l'année suivante [170]. Par ce testament, il ordonna que ses ouvrages astrologiques fussent déposés dans un couvent de Florence [171], que les moines en eussent une clef, sa famille une autre, et qu'on les y conservât jusqu'à ce qu'il se trouvât un astrologue florentin qui fût jugé, par quatre maîtres dans cet art, digne de les posséder. On ne dit pas ce que sont devenus ces clefs et ce dépôt, ni si, dans le grand nombre d'astrologues qui existaient alors, il y en eut qui se soucièrent de subir ce jugement [172].

[Note 168: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr.

[Note 169: ][ (retour) ] Uomini illustri Fiorentini.

[Note 170: ][ (retour) ] Mehus, Vit Ambros. Camaldul, p. 194; Manni. Sigili, t. XIV, p. 22, etc.

[Note 171: ][ (retour) ]: La Sainte-Trinité.