[Note 178: ][ (retour) ] Vita di P. Crezcenzio, en tête de la traduction ital. de son livre, édit. des auteurs classiques, Milan, 1805, in 8.
Les préceptes contenus dans son ouvrage sont tirés soit des anciens, de Caton, Varron, Columelle, Palladius, soit de ses propres observations. Cette partie, en quelque sorte pratique, est excellente et pourrait être encore utile aujourd'hui; elle est au moins très-curieuse par la connaissance qu'elle nous donne des procédés de la culture italienne, que l'on voit avec surprise avoir été, dès cette époque reculée, sur un grand nombre d'objets, la même que de nos jours. On peut citer pour exemple le chapitre de la culture du lin, où l'auteur prescrit les engrais, le double labour, l'un profond avant l'hiver, l'autre superficiel au printemps, et d'autres méthodes excellentes, auxquelles les cultivateurs modernes les plus instruits ne pourraient rien ajouter [179]; mais lorsqu'il veut s'élever à la théorie, et rendre raison des qualités de l'air, de la fécondité de la terre, de la végétation, et des autres phénomènes naturels par la doctrine d'Avicenne ou du grand Albert, il se jette dans des explications et des distinctions subtiles et pleines d'erreurs. Ce livre, écrit en latin, fut traduit en italien avant la fin du même siècle. On avait attribué à Crezcenzio lui-même cette traduction; mais il a été reconnu depuis qu'elle date du temps où la langue avait acquis tout son perfectionnement, c'est-à-dire d'un demi-siècle après l'époque où l'auteur écrivait. On ignore le nom du traducteur: seulement, dit le père Bartoli [180], on reconnaît à la perfection de son style qu'il est du siècle où l'on écrivait le mieux [181].
[Note 179: ][ (retour) ] M. Corniani, I Secoli della Letter. ital., t. I, p. 178.
[Note 180: ][ (retour) ] À la fin de la préface du petit Traité de critique grammaticale, intitulé: Il Torto ed il dritto del non si può, qu'il a donné sous le nom de Ferrante Longobardi, Rome, 1655, pet. in-12.
[Note 181: ][ (retour) ] La première édition de l'ouvrage latin est de 1471, Augsbourg, in-fol., sous ce titre: Petri de Crescentiis ruralium commodorum, lib. XII, Augustœ vindeticorum, etc. La traduction italienne fut imprimée pour la première fois à Florence, 1478, aussi in-fol. Les deux meilleures éditions sont celles de Cosme Giunta, 1605, et de Naples, 1724, 2 vol. in-8.
La jurisprudence, qui avait été la profession de cet auteur agronome, était, par les mêmes raisons que la théologie, dans un haut degré de faveur. Les Universités de Bologne, de Padoue, de Pavie, de Naples, s'y distinguaient à l'envi. Cependant, depuis le fameux Accurse, aucun homme n'avait paru capable de jeter une nouvelle lumière sur les obscurités de cette science, que le nombre même de ceux qui la professaient devait inévitablement augmenter. Enfin parut le grand Barthole, dont la poussière et les vers rongent aujourd'hui les énormes volumes, mais qui reçut dans ce siècle des honneurs presque divins [182]. Astre et lumière des jurisconsultes, maître de vérité, fanal du droit, guide des aveugles, ces titres et d'autres semblables lui furent prodigués, selon l'usage du temps; mais en rabattant de ces dénominations fastueuses, on ne peut cependant lui refuser la justice due à son savoir et à ses immenses travaux.
[Note 182: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. V, l. II, c. 4.
Barthole naquit la même année que Boccace, en 1313, à Sasso-Ferrato, dans la Marche d'Ancône. Il se livra, dès sa jeunesse, à l'étude du droit sous les maîtres les plus célèbres, à Pérouse d'abord, et ensuite à Bologne. Il y devint maître lui-même, et lors de la fondation de l'Université de Pise, il y fut nommé professeur, n'ayant encore que 26 ans. Il y resta onze ans, selon les uns, et un peu moins selon d'autres. Il quitta sa chaire de Pise, pour en occuper une à Pérouse, où on lui déféra le titre et les droits de citoyen. En 1355, lorsque l'empereur Charles IV descendit en Italie, il fut choisi pour l'aller complimenter à Pise. Il profita de l'occasion, et obtint pour cette Université naissante les mêmes priviléges dont jouissaient toutes les autres. L'empereur lui en accorda de personnels, et spécialement celui de porter dans son écusson les armes des rois de Bohême. Quelques auteurs ont pensé que ces honneurs étaient le prix de la fameuse bulle d'or, que Charles publia l'année suivante, qu'il avait concertée à Pise avec Barthole, et dont il lui avait confié la rédaction [183]. Il ne jouit pas long-temps de ces distinctions; de retour à Pérouse, il y mourut, selon l'opinion la plus probable, âgé seulement de 46 ans. La brièveté de sa vie rend presque inconcevables la profondeur et l'étendue de ses connaissances et le volume énorme de ses écrits. Gravina, en rendant justice à son érudition et à la force de sa dialectique, le juge sévèrement sur l'abus qu'il en a fait, et sur les subtilités qu'il introduisit dans l'étude du droit. «Son génie et son érudition lui nuisirent, dit ce critique judicieux [184]: possédant toute la misérable science de ce temps-là, il ne fit que retourner de mille manières les sophismes des Arabes, qui avaient souillé la pureté des sources du péripapéticisme, etc.»
[Note 183: ][ (retour) ] De Sade, Mém. pour la Vie de Pétrar., t. III, p. 409.