[Note 184: ][ (retour) ] De origine juris civilis, l. I, §. 164.

La vaste compilation des œuvres de Barthole contient quelques Traités de droit public, tels que ceux des Guelphes et des Gibelins; de l'Administration de la République; de la Tyrannie, etc. On y en trouve un plus singulier, et dont le prodigieux succès peut servir à faire connaître l'esprit de son temps. C'est une cause plaidée devant J.-C. entre la Vierge Marie, d'une part, et le Diable, de l'autre [185]. Cacodœmon comparaît devant le tribunal, en qualité de procureur de toute la malice infernale. Sa procuration, passée devant le notaire de la maison du Diable, date de l'an 1354. Il cite le genre humain à comparaître à l'audience trois jours après la date. Le genre humain, pressé par cette diligence diabolique, s'est laissé, pour la première fois, expédier par contumace. Il a recours à la Sainte-Vierge et la supplie de prendre sa défense. Elle se déclare donc son avocate; mais le Diable proteste qu'elle est incapable de remplir cet office, les femmes en étant exclues, selon le Digeste De postulatione: de plus, il la déclare suspecte, comme mère du juge, conformément à la loi De appellatione. La Vierge répond à l'exception; 1°. que les femmes sont admises à plaider dans les causes des misérables, selon la disposition du paragraphe I, De fœminis, etc., et que le genre humain est précisément dans ce cas; 2°. que même une mère peut parler dans sa propre cause, comme il est écrit dans les expressions, chapitre Priorem, etc. Cette question d'ordre judiciaire étant vidée, Cacodœmon produit sa demande, de pouvoir tourmenter le genre humain, comme il le faisait avant la rédemption; il s'appuie des textes d'une infinité de lois; mais la Vierge Marie n'en allègue pas moins que lui dans ses réponses, toutes favorables à son client. Enfin, le divin juge prononce la sentence d'absolution formiter, séant pro tribunali, au parquet ordinaire des causes, au-dessus des trônes des anges, dans le palais de sa résidence, après avoir vu toutes les citations, procurations, allégations, réponses, exceptions, répliques, etc. Ladite sentence écrite et publiée par S. Jean l'Evangliste, notaire et écrivain public de la cour céleste [186].

[Note 185: ][ (retour) ] Tractatus quæstionis ventilatæ coram Domino nostro J.-C. inter virginem Mariam ex unâ parte, et Diabolum ex alterâ, p. 165 et suiv. du livre intitulé: Bartholi Consilia, quæstiones et tractatus, Lyon, 1568.

[Note 186: ][ (retour) ] I secoli della Letter. ital. di Giamb. Corniani, t. I, p. 436.

Barthole eut pour disciple, et ensuite pour rival, le célèbre Balde, fils d'un médecin de Pérouse. On raconte beaucoup de traits de cette rivalité, qui seraient peu honorables pour le caractère de Balde. Des écrivains sages les révoquent en doute, et il vaut mieux en douter avec eux que d'y croire [187]. Balde fut professeur à Pérouse, sa patrie, puis à Sienne, à Pise, à Padoue et à Pavie. Il laissa partout une grande admiration de son savoir, et encore plus de son esprit, qui était vif, brillant, fécond en réparties et en bons mots. C'est un avantage qu'il avait dans la dispute sur son maître Barthole, homme plein de jugement et de science, mais, à ce qu'il paraît, un peu lourd. Balde n'a guère laissé moins d'écrits que lui, et qui ne sont pas aujourd'hui plus utiles ni plus connus que les siens; il est vrai qu'il ne mourut que l'année même de la fin du siècle, âgé de soixante-quinze ou seize ans, et qu'il vécut par conséquent une trentaine d'années plus que son maître.

[Note 187: ][ (retour) ] Voy. Tiraboschi, ub. supr., et Mazzuchelli, Scrit. ital.

C'était aussi un jurisconsulte habile que ce Guillaume de Pastrengo que nous avons vu, dans la Vie de Pétrarque, jouer un des premiers rôles parmi ses plus intimes amis. Pastrengo sa patrie est une campagne du Véronais. Il fut notaire et juge à Véronne. Les Scaliger, seigneurs de cet état, le chargèrent, en 1335, d'une mission auprès du pape Innocent XII, qui résidait à Avignon: c'est là qu'il connut Pétrarque, et que se forma entre eux cette amitié qui dura autant que leur vie. Mais ce n'est pas comme légiste qu'il doit surtout avoir place dans l'histoire littéraire, c'est comme auteur d'un ouvrage rare et peu connu, le premier modèle de ces Bibliothèques universelles, et de ces Dictionnaires des hommes illustres, qui se sont tant multipliés depuis. S. Jérôme, Gennadius et d'autres auteurs de livres de cette espèce, n'avaient parlé que des écrivains sacrés [188]. Photius n'avait traité que des livres qui lui étaient tombés entre les mains. Guillaume de Pastrengo entreprit le premier une Bibliothèque des auteurs sacrés et profanes de tous les pays, de tous les siècles et sur tous les sujets, depuis les temps les plus reculés jusqu'à celui où il vivait. Cet ouvrage écrit en latin, a été imprimé à Venise, en 1547, sous ce faux titre: De originibus rerum [189], que l'auteur ne lui avait point donné. Le manuscrit que l'on en conserve dans une bibliothèque de Venise [190], porte celui-ci: De viris illustribus [191], qui lui convient mieux. La première partie de ce livre est précisément ce qu'on appelle une Bibliothèque. Les auteurs y sont rangés par ordre alphabétique; et, dans des articles faits avec toute l'exactitude que permettait une époque où l'on avait si peu de secours pour ce travail, on trouve une idée succincte de leurs ouvrages. Il était impossible qu'il ne s'y glissât pas beaucoup d'omissions et beaucoup d'erreurs, mais tel qu'il est, il prouve dans son auteur une vaste érudition. Il paraît surprenant qu'il ait pu voir tant de choses au milieu de tant de ténèbres, et ce n'est pas pour lui peu de gloire que d'avoir donné le premier un Dictionnaire de cette espèce. Les autres parties en forment un, historique et géographique, où l'auteur recherche surtout les premières origines, et c'est ce qui a causé l'erreur commise au titre de l'édition de Venise. Cette édition très-rare d'un ouvrage curieux est si remplie de fautes, qu'elle ne peut-être, pour ainsi dire, d'aucun usage. Montfaucon, et après lui Maffei, avaient entrepris d'en donner une nouvelle, corrigée sur les manuscrits; mais ni l'un ni l'autre, ni personne après eux, n'a exécuté ce dessein, qui ne serait pas sans utilité [192].

[Note 188: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. V, p. 322.

[Note 189: ][ (retour) ] Le titre entier du livre imprimé est: De Originibus rerum libellus authore Gullelmo Pastregico Veronense, Venet., 1547.

[Note 190: ][ (retour) ] Dans celle de S. Jean et S. Paul (di SS. Giovanni e Paolo).