[Note 246: ][ (retour) ] Une espèce de garçon meunier, ou de cribleur de grain (vagliatare), devenu courtisan, se présente devant ce roi. Édouard se jette sur lui et le bat quand ce pauvre diable le loue; il le récompense magnifiquement quand le garçon meunier le blâme et l'injurie; et le nouveau courtisan, aussi fin que le serait le plus ancien et le plus habile, dit à Édouard: «Sire, si V. M. veut me payer ainsi de mes mensonges, je lui dirai rarement la vérité.» (Nouv. III.)
[Note 247: ][ (retour) ] Philippe avait perdu un épervier qu'il aimait beaucoup; il fait promettre une récompense à qui le trouvera. C'est un paysan qui le trouve et qui veut le porter au roi. Un huissier du palais exige qu'il lui donne la moitié de la récompense promise. Le paysan, admis devant le roi, lui demande pour récompense cinquante coups de bâton. Philippe, très-surpris, veut savoir pourquoi: le paysan le lui dit naïvement. Le roi fait donner devant lui à l'huissier vingt-cinq coups de bâton, refuse au paysan sa moitié du paiement en cette monnaie, mais lui fait compter deux cents francs pour marier ses filles. (Nouv. CXCV.)
[Note 248: ][ (retour) ] Nouv. II.
[Note 249: ][ (retour) ] E forse forse se Alberto fosse stato un ricco uomo, lo inquisitore gli avrebbe dato tanto ad intendere, che si sarebbe ricomperato de' suoi denari per non essere arso o crueciato. (Nouv. II.)
Le poëte par excellence, Dante, paraît plusieurs fois sur la scène [250]. On trouve même, au sujet de son tombeau à Ravenne, devant lequel il n'y avait ni cierges, ni lampions, tandis qu'un vieux crucifix était tout noir de la fumée de ceux qui brûlaient autour de lui, un trait peut-être historique, mais que je ne pourrais me permettre de rapporter [251]. Des artistes célèbres y figurent aussi, tels que Giotto, Buffamalco, l'Orcagna, et plusieurs autres. Quelques uns de ces artistes, appelés à S. Miniato, pour des travaux qu'ils y faisaient dans une église, sont représentés [252], discutant et se disputant après boire, pour savoir quel avait été, Giotto toujours excepté, le plus grand peintre. L'un dit Cimabuè, l'autre Stefano, élève de Giotto, un troisième Buffamalco. Ce n'est point tout cela, interrompt le fameux sculpteur Alberti; ce sont les femmes de Florence. On a beau rire de cette proposition: il soutient son dire et le prouve par des détails de la toilette des femmes qui sont tout-à-fait plaisants. Dans la Nouvelle suivante, c'est avec les faiseurs de lois que l'auteur fait lutter les dames florentines. Il leur donne tout l'avantage, et les fait meilleures légistes et meilleures logiciennes que les hommes. Les Florentins s'avisent de porter une loi somptuaire sur l'habillement des femmes. Des officiers publics sont chargés de la faire exécuter et de procéder contre celles qui porteront dans leur parure des ornemens défendus. Ils arrêtent tout ce qu'ils en trouvent; mais ils n'en peuvent convaincre aucune. Certains rubans avec lesquels on attachait les voiles sont prohibés: «Cela, un ruban!» dit celle qu'on arrête, en l'arrachant de dessus sa tête et le pliant dans sa main; «c'est une guirlande.» Les boutons ne sont point des boutons; l'hermine n'est point de l'hermine, ainsi du reste. Les officiers, les magistrats en perdent la tête, et l'on est obligé de révoquer la loi.
[Note 250: ][ (retour) ] Nouv. VIII, CXIV, CXV.
[Note 251: ][ (retour) ] Voy. Nouv. CXXI.
[Note 252: ][ (retour) ] Nouv. CXXXVI.
Sacchetti ne se donne pas moins carrière que Boccace sur les moines, les hypocrites, les caffards; il a, dans ce genre, un assez grand nombre de contes naïfs et piquants; et remarquons bien que l'Inquisition n'a jamais proscrit ces Nouvelles, qu'elles n'ont été mises sur aucun index, ni soumises à aucune correction apostolique, et qu'elles ont toujours été lues et réimprimées librement.
En voici une très-courte, qui donne à la fois une idée de ce qu'était alors l'éloquence de la chaire, et de l'influence que des prédicateurs grossiers exerçaient sur le peuple [253]. L'auteur raconte que, se trouvant à Gênes dans le temps de la guerre entre les Génois et les Vénitiens, et lorsque les Vénitiens venaient de battre les Génois, il entendit un frère de l'ordre des ermites, prêcher ainsi dans l'église de St.-Laurent, devant une grande affluence de peuple. «Je suis Génois, et si je ne vous disais ma pensée, je me croirais très-coupable. Ne vous fâchez donc pas, si je vous dis la vérité. Vous ressemblez proprement aux ânes. La nature des ânes est telle que, lorsqu'ils sont ensemble, si vous donnez un coup de bâton à l'un de la troupe, tous se séparent et se mettent à fuir, l'un ici, l'autre là, tant ils sont lâches et poltrons. Vous faites précisément comme eux. Les Vénitiens, au contraire, sont proprement de la nature des cochons. On dit communément un cochon de vénitien, et l'on a raison: quand les cochons sont en troupe et serrés les uns contre les autres, frappez-en, bâtonnez-en un, tous se serrent encore davantage, et courent ensemble sur celui qui les a frappés, parce que telle est leur nature. Si jamais ces deux figures m'ont paru ressemblantes, c'est surtout en ce moment. L'autre jour, vous frappâtes les Vénitiens; ils se sont serrés, défendus et vous ont attaqués à leur tour. Pour vous, vous ne vous entendez point les uns les autres; vous n'avez que tant de galères armées; ils en ont presque deux fois autant. Eh bien! ne dormez plus: veillez sans cesse: armez-en deux fois autant qu'eux, et soyez en état, s'il le faut, non pas de tenir la mer, mais d'entrer à Venise.» Avec cette éloquence grossière, c'était là certainement un bon citoyen et un brave moine.