Malheureux! si je pense encore
Au peu qu'a gagné par ses vers
Le grand Pétrarque auprès de Laure,
Aux longs tourments qu'il a soufferts...
Je frémis, je me sens de glace:
J'écris pourtant, et le temps passe.

[Note 240: ][ (retour) ] Bottari, ub. sup.

[Note 241: ][ (retour) ] Intonata per Francum Sacchetti, ou Francus dedit sonum. Bottari, ub. sup.

[Note 242: ][ (retour) ]

E quando io penso al mio signor Petrarca,
Quel ch' acquistò in Laura pe' suoi versi,
Misero i' scrivo in ghiaccio, e'l tempo varca
.

Peu de ses poésies sont imprimées [243]. Le vocabulaire de la Crusca, qui les cite souvent, tire ses exemples d'un ancien manuscrit qui appartenait à la famille Giraldi, et qui était encore, en 1724, dans la bibliothèque de cette famille [244]. Il contenait environ cent soixante-dix sonnets, trente-huit canzoni de différents genres, quarante-neuf ballades, un grand nombre de madrigali et d'autres poésies de toute espèce. Il contenait aussi des lettres, les unes latines, les autres italiennes, et ce qui est plus singulier, quarante-neuf sermons sur les évangiles, pour tous les jours du carême et des fêtes de Pâques; le tout terminé par ses Nouvelles, qui ne sont pas tout-à-fait du même genre, ni du même style.

[Note 243: ][ (retour) ] Je ne connais qu'un sonnet cité par Crescembeni, Stor. della Volg. Poesia, l. II, n°. 8; la canzone sur la mort de Pétrarque, dont il est parlé ci-dessus, une autre canzone qui vaut mieux, dans le Recueil des Rime Antiche, qui suit la Bella Mano, réimpression de 1750, et quatre sonnets dans la préface de Bottari.

[Note 244: ][ (retour) ] Bottari, ub. supr. Le marquis Matteo Sacchetti, descendant du poëte, possédait à Rome, à la même époque, une copie de ce manuscrit. Id. ibid.

Il les écrivit pour son amusement, lorsqu'il était podestat ou premier magistrat d'une petite ville, que l'on croit être Bibbiena. Elles étaient au nombre de trois cents. On n'en a retrouvé et publié que deux cent cinquante-huit. Sacchetti ne les a point encadrées, comme Boccace, dans une fiction générale, ni entremêlé d'entretiens, de descriptions et de vers. C'est lui qui raconte, en son nom, des faits dont souvent il a été témoin lui-même. Le style en est extrêmement pur, et fait autorité dans la langue. Il est plus familier et descend plus habituellement au langage commun que celui du Décaméron; et c'est surtout dans les sujets gais et populaires qu'il peut être utile de l'étudier. On y acquiert l'intelligence d'un grand nombre de mots et de proverbes toscans, qui y sont employés dans leur vrai sens et dans toute leur force. Quand aux aventures, aux bons mots et aux faits plaisants, il y en a moins de libres et d'indécents que dans Boccace, mais trop encore pour que ce recueil puisse être mis entre les mains de tout le monde. La plupart de ces traits servent à faire connaître le caractère et les mœurs des Florentins de ce temps-là. Plusieurs ont pour acteurs des hommes connus dans l'histoire politique et dans celle des lettres, et offrent des particularités de leur vie, que l'on ne trouve point ailleurs. Comparés avec des passages des anciens historiens de Florence, ces traits servent quelquefois à les éclaircir.

Les Nouvelles de Franco Sacchetti sont en général plus courtes que celles de Boccace: le dialogue et la pantomime y sont moins détaillés, moins soignés, et l'on y trouve point de ces histoires touchantes qui forment dans le Décaméron une admirable variété. Elles sont presque toutes plaisantes, racontées avec légèreté, et du ton d'un homme qui, pour amuser les autres, commence par s'amuser lui-même. Il faut s'en prendre au temps où vivait l'auteur, de la grossièreté de quelques expressions; mais il a, comme je l'ai dit, moins souvent besoin de cette excuse que Boccace. Il fait aussi plus fréquemment agir des personnages contemporains, rois, magistrats, poëtes, artistes, marchands, ouvriers, bouffons de ville et de cour. Il y a parmi ces derniers un maître Gonelle, auquel il revient souvent, et qui est le plus drôle et le plus original de tous. Ce maître Gonelle attrape et fait rire tout le monde, depuis les plus petits particuliers jusqu'aux rois. Le tour qu'il joue à Naples à un abbé riche et avare, pour amuser le roi Robert, n'est ni aussi spirituel ni d'aussi bon goût que l'on croirait qu'il l'eût fallu pour plaire à un souverain, ami des lettres et aussi avide que nous l'avons vu ailleurs de la société et des entretiens des sages [245]. Ce que d'autres Nouvelles racontent du roi d'Angleterre, Édouard [246] et de Philippe de Valois, roi de France [247], prouve, il est vrai, combien les rois étaient alors populaires et accessibles, mais donne une assez pauvre idée de leurs plaisirs. Barnabé Visconti, seigneur de Milan, et d'autres souverains d'Italie se donnent aussi des plaisirs de cette espèce. On voit même un évêque inquisiteur qui s'amuse à effrayer un pauvre imbécille, nommé Albert [248], le menace de le faire brûler comme Patarin ou Vaudois, et rit avec un de ses amis des sottises qu'il lui fait dire sur le Pater noster. Fort bien, dit Franco Sacchetti, mais si ce pauvre Albert eût été un homme riche, l'inquisiteur lui en aurait peut-être donné tant à entendre qu'il se fût racheté de ses deniers, pour n'être pas torturé ou brûlé [249].

[Note 245: ][ (retour) ] Le roi ne veut rien donner à Gonelle, à moins que Gonelle n'ait d'abord obtenu quelque chose de cet abbé. Gonelle engage l'abbé à recevoir sa confession publique. Il lui avoue qu'il a le malheur de devenir loup quand il lui prend un accès d'un certain mal, de se jeter alors sur tous ceux qu'il rencontre, et de les dévorer. Il feint que l'accès lui prend: l'abbé s'enfuit épouvanté, quitte une chape magnifique qu'il portait. Gonelle s'en saisit, et va la porter devant le roi, qui en rit avec ses barons, et paie largement maître Gonelle. (Nouv. CCXII.)