[Note 235: ][ (retour) ] Lami, loc. cit., au commencement de l'avis au lecteur.
Le même volume est terminé par une canzone sur ce même sujet de la mort de Pétrarque [236]. Elle vaut mieux, sans être fort bonne. Son auteur est Franco Sacchetti, auteur justement célèbre à d'autres titres, qui passe cependant pour avoir approché du style de Pétrarque dans ses vers; mais qui approcha beaucoup plus de celui de Boccace dans sa prose, et dont les Nouvelles sont regardées comme les meilleures, après celles du Décaméron, quoique loin encore de les égaler.
[Note 236: ][ (retour) ] Elle a pour titre: Morale di Franco Sacchetti da Firence per la morte di M. Francesco Petrarca.
Franco Sacchetti, né à Florence, vers l'an 1335 [237], d'une famille ancienne et illustrée par les premiers emplois de la république, annonça de bonne heure les plus heureuses dispositions. Très-jeune encore, il composa des poésies amoureuses, où il se montra grand imitateur de Pétrarque; mais avec un tour d'idées et de style qui lui était propre. Comme il ne quitta point Florence dans sa jeunesse, son mérite y frappa tous les yeux. L'usage était alors de graver sur les monuments publics, dans les salles de délibérations du gouvernement, dans celles des tribunaux, sur les portes des différents offices, des inscriptions en vers dans la langue nationale. On s'adressa souvent au jeune Sacchetti pour ces inscriptions, où l'on voulait toujours que la poésie et la morale donnassent des leçons de liberté. On a conservé plusieurs sonnets qu'il fit dans ces occasions. La morale y est en général meilleure que la poésie. La simplicité des idées et du style y est un mérite, puisqu'ils étaient destinés à être entendus et retenus par le peuple. On lui demanda une devise plus courte pour être gravée sur la couronne du lion qui était placé au-dessus d'une espèce de tribune aux harangues, à la façade du palais des prieurs [238]. Il fit ce distique remarquable par sa simplicité et sa gravité. C'est le lion qui parle:
Corona porto per la patria degna
Acciocchè liberta ciascun mantegna.
[Note 237: ][ (retour) ] Préface de la bonne édition donnée à Naples, sous le titre de Florence, en 1724, par le savant Bottari.
[Note 238: ][ (retour) ] Aujourd'hui le Palazzo Vecchio.
Franco Sacchetti fut revêtu de plusieurs magistratures, tant à Florence même que dans différentes parties de la Toscane. Il voyagea aussi dans plusieurs villes d'Italie, entre autres à Bologne, à Gênes et à Milan. Il se lia d'amitié avec les hommes les plus distingués de tous états, et avec les littérateurs les plus célèbres. La considération dont il jouissait dans sa patrie, lui attira une distinction honorable dans une occasion triste pour lui et pour sa famille. Son frère, Giannozzo Sacchetti, avait été déclaré rebelle, pris et décapité, en 1379. L'année suivante, il fut statué par un décret, que les pères, les frères, les fils de ceux qui, depuis trois ans, avaient été déclarés rebelles, ne pourraient, pendant dix ans, être ni du nombre des prieurs (magistrature suprême de la république), ni membres d'aucun des colléges de magistrature. Sacchetti fut seul excepté de cette disposition sévère, et cela, dit l'historien Ammirato, parce qu'il était tenu pour homme de bien, per esser tenuto uomo buono [239]; mais cette faveur ne put le consoler de la perte de son frère. Il devint sujet à des maladies graves, et ses infirmités furent augmentées par des accidents imprévus. Étant tombé de cheval, ou plutôt de mulet, dans un de ses voyages, il voulut se faire saigner. Un barbier ignorant lui donna plusieurs coups de lancette, sans pouvoir lui tirer une goutte de sang. Il se rendit à Pistoja, où un chirurgien, aussi ignare que le barbier, le piqua et le manqua de même. Les bains qu'il prit ne lui firent aucun bien, et il se sentit long-temps de cette chute.
[Note 239: ][ (retour) ] Stor. fiorent., l. XIV.
Chargé, en 1381, de quelques missions politiques dans des pays infestés par le brigandage et par la guerre; il fut attaqué en mer et pillé par les Pisans; son fils fut blessé sous ses yeux. La république l'indemnisa par une gratification de 75 florins d'or. Plusieurs années après, dans la guerre que Florence soutint contre le duc de Milan, les environs de la ville furent saccagés et brûlés. Les possessions de Franco Sacchetti, qui étaient à Marignole, furent entièrement détruites, et lui totalement ruiné. Il supporta tant de malheurs avec courage. Au milieu de ses occupations et de ses désastres, il ne cessa jamais de cultiver la poésie, la philosophie et les lettres. Il y chercha des consolations et y trouva encore des plaisirs. Il vieillit en se livrant aux mêmes travaux qui avaient occupé sa jeunesse. On conjecture qu'il mourut peu d'années après la fin de ce siècle [240]. C'était un homme d'une amabilité singulière, et remarquable par le mélange de la gravité de son caractère et de la gaîté de son esprit. Cette gaîté brille dans presque toutes ses Nouvelles. Parmi ses compositions poétiques, dont le plus grand nombre n'est point imprimé, il y en a plusieurs qui sont non seulement fort gaies, mais de ce genre de burlesque dont on attribue faussement l'invention au Burchiello, puisqu'on en trouve ici les premiers modèles. Il aimait beaucoup la musique et la savait parfaitement. Dans un manuscrit où ses madrigali et ses ballades, portent les noms des musiciens qui en avaient fait les airs, on voit plusieurs fois, écrit en marge, le sien même [241]. Ce n'est pas seulement dans sa jeunesse qu'il fut amoureux; on trouve dans ses poésies la preuve qu'il le fut vingt-six ans de la même personne; mais on ignore l'objet de cette passion si constante. Il se plaint dans un sonnet fait la vingt-sixième année, de n'être pas plus avancé que le premier jour. Il se rappelle le peu que gagna Pétrarque auprès de Laure par ses vers; et il en tire un triste augure pour les siens. La fin du sonnet signifie à peu près [242]: