[Note 505: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 330.

Il laissa des poésies latines, dont quelques-unes sont restées manuscrites, et les autres ont vu le jour. Ses commentaires sur Virgile, sur Horace et sur Dante, sont estimés. Il traduisit, en italien, l'Histoire naturelle de Pline, et l'on a de lui quelques harangues ou discours, tant en italien qu'en latin. Ses ouvrages philosophiques sont ses Questions ou Discussions Camaldules [506], un Traité de la noblesse d'ame, et quelques opuscules, tant imprimés que restés inédits. Il eut, pour intimes amis, dans l'académie platonique, Marcile Ficin et le jeune Politien. La grande et juste réputation de ce dernier, et les études platoniciennes qu'il joignit à ses travaux littéraires, exigeraient qu'il fût ici rangé après son ami Landino; mais, s'étant attaché de bonne heure aux Médicis, élevé, en quelque sorte, dans leur maison, et ayant ensuite élevé lui-même les fils de Laurent, son histoire se trouve continuellement liée avec celle de cette famille. Il faut donc revenir à elle, et surtout à Laurent de Médicis, avant de consacrer à Politien les souvenirs qui lui sont dus.

[Note 506: ][ (retour) ] Disputationum Camaldulensium libri IV, in quibus de vitâ activâ et contemplativâ, de somma bono, etc., in-fol., sans date, mais que l'on croit de Florence, 1480. (Debure, Bibl. instr.), et réimprimé à Strasbourg, 1508.

Laurent ne fut pas seulement, comme son aïeul et comme son père, un généreux protecteur des lettres, mais encore, ce qu'ils n'étaient pas, homme de lettres, et poëte lui-même; et, quand il n'eût pas été mis par sa fortune, son ambition et son adresse, à la tête de la république de Florence, il l'eût été, par son génie et par ses talents, à l'une des premières places de la république des lettres. C'est sous le premier aspect qu'il faut d'abord le considérer, c'est-à-dire, comme centre et mobile du mouvement d'émulation littéraire qui fut alors porté au plus haut point. Il entre à cet égard, comme partie principale, dans le tableau de ce que les gouvernements d'Italie firent pour les lettres, pendant la dernière moitié du quinzième siècle. Nous le retrouverons ensuite avec les poëtes qui se distinguèrent le plus de son temps, et sous ce point de vue, faisant une partie essentielle de l'état de la littérature italienne à cette époque, qu'il contribua tant à illustrer.

À la mort de Cosme de Médicis, Pierre son fils hérita de son immense fortune, de son influence dans les affaires de la république, et dans ses plans pour l'agrandissement de sa famille, sans hériter de ses talents supérieurs, et avec une santé faible qui ne lui laissait pas toujours les moyens de développer les qualités qu'il avait reçues de la nature. Le peu de temps qu'il vécut ne fut cependant point perdu pour l'encouragement des lettres. On le voit par la dédicace de plusieurs ouvrages publics dans ce court intervalle, et plus encore par le soin qu'il prit de soutenir tous les établissements de Cosme et d'augmenter sans cesse les riches collections qu'il avait formées.

Du vivant même de son père, il s'était montré digne de lui, en ouvrant à Florence un concours poétique d'une espèce absolument nouvelle [507], et qui paraît avoir été le premier modèle des concours académiques. De concert avec Léon-Baptiste Alberti, citoyen distingué, architecte célèbre, peintre, sculpteur, littérateur et poëte, il fit proclamer avec beaucoup de pompe, par les officiers directeurs des études, que ceux qui voulaient traiter en langue vulgaire, et dans quelque espèce de vers que ce fût, le sujet de la véritable amitié, eussent à envoyer, avant la fin du dix-huitième jour du mois d'octobre qui commençait alors, leur ouvrage cacheté, chez des notaires désignés par la proclamation. Le prix était une couronne d'argent travaillée en branche de laurier. Ces officiers furent chargés de choisir un lieu public où tous les concurrents viendraient réciter leurs poëmes. Ils firent choix de l'église de Santa Maria del Fiore, et pour faire honneur au pape Eugène IV, qui tenait alors son concile à Florence, ils offrirent aux secrétaires apostoliques d'être les juges du concours et de décerner le prix. Le dimanche 22, l'église étant préparée et décorée magnifiquement, les officiers des études, les juges et les poëtes s'y rendirent avec un nombreux cortége. La seigneurie de Florence, l'archevêque, l'ambassadeur de Venise, un nombre infini de prélats, assistaient à cette cérémonie; le peuple remplissait l'église. Le moment arrivé, on tira au sort l'ordre des lectures. Elles furent écoutées avec la plus grande attention et dans un profond silence. Il s'agissait d'adjuger le prix. Les secrétaires du pape prétendirent que plusieurs des pièces qu'ils venaient d'entendre, étaient d'un mérite égal; et, pour s'épargner tout embarras, ils donnèrent la couronne d'argent à l'église de Sainte-Marie. La générosité de Pierre fut ainsi trompée. Chacun fit son rôle; Médicis proposa le prix; des poëtes se le disputèrent; l'un d'eux le mérita sans doute, et ce fut l'église qui l'obtint.

[Note 507: ][ (retour) ] En 1441, Voy. Tiraboschi, t. VI, part. I, p. 27.

Pierre donna une attention particulière à l'éducation de ses deux fils, Laurent et Julien. Laurent, né le 1er. de janvier 1448 [508], avait annoncé, dès sa première jeunesse, des dispositions également heureuses pour les exercices du corps et pour ceux de l'esprit. Son premier instituteur fut un bon ecclésiastique nommé Gentile d'Urbino, dont il fit ensuite un évêque [509]. Christophe Landino fut le second. C'est à lui que Laurent dut son excellente éducation littéraire. Le savant grec Jean Argyropile l'instruisit dans la langue grecque, et Marsile Ficin l'initia dans les mystères du platonisme. On ne doit pas oublier parmi ses avantages, celui d'avoir eu pour mère Lucretia Tornabuoni, femme aussi illustre par ses talents que par ses vertus, protectrice éclairée des sciences et des lettres, et dont on a, sur des sujets pieux, des poésies supérieures à la plupart de celles de ce temps. Laurent put dire, comme Hippolyte:

Élevé dans le sein d'une chaste héroïne,
Je n'ai point de son sang démenti l'origine.

[Note 508: ][ (retour) ] Angelo Fabroni, Laurenti Medicis magnifici Vita. Pise, 1784, in-4., William Roscoë, the Life of Lorenzo de' Medici, etc.