Patria Certaldum, studium fuit alma poësis.

[Note 39: ][ (retour) ] Voyez Mehus, Vita Ambr. Camald., p. 288.

[Note 40: ][ (retour) ]

Hâc sub mole jacent cineres ac ossa Johannis.
Mens sedet ante Deum meritis ornata laborum
Mortalis vitœ, Genitor Bocchaccius illi,
Patria
etc.

Boccace fut généralement regretté à Florence; où il n'avait cependant pas trouvé dans sa pauvreté beaucoup de secours. Plusieurs poëtes, et surtout Franco Sacchetti, firent des vers à sa louange. Il fut frappé deux médailles en son honneur; et la république voulant, vingt ans après, rendre un hommage plus solennel à sa mémoire, délibéra de lui ériger un tombeau magnifique, ainsi qu'à Dante et à Pétrarque, dans l'église de Sancta-Maria del Fiore; mais ce projet ne fut exécuté pour aucun de ces trois grands hommes.

Le goût dominant de Boccace, dans l'âge des passions, avait été l'amour du plaisir, tempéré par celui de l'étude. Dans son âge avancé, l'amour de l'étude resta seul, et l'occupa tout entier. Il ne s'y joignit aucune ambition de rang ni de fortune. Les emplois qui lui furent confiés vinrent le chercher, et dès qu'il put en déposer le fardeau, il le fit. Il avait la même aversion pour les affaires domestiques que pour les autres, et ne voulut jamais se charger ni de tutelles, ni d'aucune de ces fonctions privées qui engagent dans des discussions d'intérêts avec les hommes. Son caractère était franc et ouvert; il n'était pourtant pas exempt d'un fierté dont on peut blâmer l'excès, mais qui, surtout dans la mauvaise fortune, garantit des condescendances viles, et sert de sauve-garde à l'honneur et à la vertu. Sa figure était belle; son visage rond et plein; ses traits en général un peu gros, mais réguliers; sa taille haute et forte; ses manières libres et engageantes; sa conversation gaie, spirituelle et pleine d'agrément. La philosophie, l'érudition et la poésie en étaient les sujets les plus familiers, et il ne contribua peut-être pas moins par ses entretiens que par ses écrits à répandre dans sa patrie l'amour de l'étude et le goût des lettres.

Le plus considérable des ouvrages latins de Boccace est son Traité de la généalogie des Dieux [41]. Ce fut le premier qu'il écrivit depuis qu'il se fut retiré à Certaldo. Il le fit à la demande de Hugues, roi de Chypre et de Jérusalem, à qui il le dédia. Cet ouvrage est divisé en quinze livres, et subdivisé en chapitres, où l'auteur a réuni tout ce que ses longues études avaient pu lui apprendre sur le système mythologique des anciens. Il traite, en autant de chapitres particuliers, de chaque dieu, déesse ou génie, et descend jusqu'aux demi-dieux et aux héros qui passèrent pour être les enfants des dieux. Dans son quatorzième livre, il défend la poésie contre ses détracteurs, contre les ignorants, les pédants, les théologiens, les juristes, les moines et tous les prétendus docteurs de son siècle. Il définit ensuite ce que c'est que la poésie, et en démontre l'antiquité et l'utilité. Le quinzième livre contient une espèce de résumé de tout l'ouvrage. Il y rend compte des sources où il a puisé, des recherches qu'il a dû faire, de la méthode qu'il a suivie, des ordres du roi qui le lui ont fait entreprendre. Il se croit enfin obligé de prouver qu'un chrétien peut sans indécence traiter des sujets de l'antiquité païenne.

[Note 41: ][ (retour) ] De Genealogiâ Deorum, lib. XV.

Ce livre qu'il ne publia qu'environ dix ans après [42], eut alors, et dans le siècle suivant, beaucoup de réputation. Les écrivains de ce temps lui prodiguèrent les plus grands éloges [43]; toutes les bibliothèques en eurent des copies, et dès que l'art de l'imprimerie fut inventé, les éditions se multiplièrent rapidement [44]: cela devait être. Les notions que l'on avait alors de la mythologie étaient si imparfaites et si confuses, qu'on devait saisir avidement ce premier trait de lumière: mais il a perdu de son prix à mesure qu'il a paru sur ce même sujet des ouvrages remplis d'une meilleure critique et d'une érudition plus étendue. Ce qu'on en peut dire aujourd'hui de plus favorable est ce qu'a dit Louis Vivès [45], que ce livre, où Boccace a rassemblé en un seul corps les généalogies de tous les Dieux, est mieux fait qu'on ne pouvait l'attendre de son siècle.

[Note 42: ][ (retour) ] En 1373.

[Note 43: ][ (retour) ] Philippo Villani, Colluccio Salutato, Giann. Mannetti, etc.