[Note 702: ] [ (retour) ] C. XXVIII, st. 93.

La tendre Isabelle conduisait tristement vers Marseille, dans une bière, le corps de son cher Zerbin, tué sous ses yeux par Mandricard. Elle passe auprès de la retraite de Rodomont. Frappé de sa beauté, il veut qu'elle le venge de Doralice; il lui fait des propositions très-claires qu'elle repousse avec douceur. Ne pouvant persuader, il se prépare à employer la violence. Isabelle imagine alors un stratagême héroïque, pour se délivrer de la vie plutôt que d'être infidèle à la mémoire de Zerbin. Elle confie à Rodomont qu'elle sait composer avec des plantes une eau qui rend invulnérable. Cette composition finie, elle propose d'en faire l'épreuve sur elle-même, s'en frotte le cou, et dit à Rodomont d'y assener hardiment un coup de sabre. Il frappe, la tête tombe, et Isabelle n'est plus [703]. L'Algérien, tout barbare qu'il est, se repent du sang qu'il a versé. Pour l'expier, il fait de cette chapelle un tombeau; il y place le corps d'Isabelle, fait élever à grands frais un monument prodigieux où la chapelle est renfermée, et construire sur la rivière un pont étroit où il force à combattre tout chevalier, chrétien ou sarrazin, qui veut passer. Toujours vainqueur, il suspend leurs armes en trophée autour du tombeau [704].

[Note 703: ] [ (retour) ] C. XXIX, st. 25.

[Note 704: ] [ (retour) ] C'est sur ce pont que Roland, devenu insensé, le rencontre. Voyez ci-dessus, p. 417, note 3.

Cependant le camp d'Agramant continue d'être en proie à la discorde. Gradasse et Roger se disputent à qui se battra le premier contre Mandricard [705]. On tire au sort une seconde fois, et c'est Roger que le sort favorise. Son combat avec Mandricard est long et terrible; on tremble plus d'une fois pour Roger: rassemblant enfin toutes ses forces, il porte à son ennemi un coup mortel; mais celui-ci lui en donne, en tombant, un si violent sur la tête, qu'il y fait une profonde blessure; le vainqueur tombe évanoui à côté du vaincu; Agramant le fait porter dans sa tente, lui fait prodiguer tous les secours de l'art, et en prend lui-même le plus grand soin.

[Note 705: ] [ (retour) ] C. XXX, st. 18.

Bradamante ignore l'état dangereux où est Roger; mais elle est tourmentée par d'autres craintes [706]. La confidente qu'elle avait envoyée à sa recherche l'a rencontré lorsqu'il était encore avec Vivien, Maugis, Richardet et Marfise. L'amitié qui s'était formée entre Marfise et Roger n'a point échappé aux yeux de cette femme; il l'a chargée de remettre à sa maîtresse la lettre qu'il avait écrite [707]; et Bradamante en recevant à Montauban les excuses de Roger, a su ses liaisons avec Marfise. Il n'en fallait pas davantage pour lui faire éprouver tous les tourments de la jalousie. Sur ces entrefaites Richardet, Vivien et Maugis arrivent à Montauban; Alard et Guichard y étaient déjà. Renaud, fatigué de chercher en vain Roland et Angélique, car depuis son retour d'Angleterre il n'a pour ainsi dire fait autre chose, vient se réunir un instant à sa famille, et embrasser son père Aymon, sa mère, ses frères, sa femme et ses enfants. Il repart presque aussitôt pour se rendre enfin auprès de Charlemagne, suivi de ses cousins et de ses frères, petite troupe des plus braves guerriers. La seule Bradamante reste; incertaine encore du parti qu'elle doit prendre, elle se dit malade pour se dispenser de les suivre. Elle disait vrai, ajoute le poëte; mais son mal était le mal d'amour.

[Note 706: ] [ (retour) ] St. 76.

[Note 707: ] [ (retour) ] Ci-dessus, p. 427.

Cette troupe d'élite se grossit encore, en marchant vers Paris, de Guidon le Sauvage, des deux fils d'Olivier et de Sansonnet de la Mecque. Ils sont suivis de six ou sept cents hommes d'armes que Renaud entretenait toujours autour de Montauban, soldats intrépides et déterminés à le suivre jusqu'à la mort. Arrivés auprès du camp d'Agramant, Renaud les cache dans un bois en attendant la nuit [708]. La nuit venue ils sortent en silence, trouvent à l'une des portes du camp la garde endormie, l'égorgent et se jettent sur les Sarrazins en criant: Renaud! Montauban! et au son éclatant et subit des clairons et des trompettes. Charlemagne prévenu dans Paris de cette attaque nocturne, sort avec des troupes choisies, attaque de son côté les ennemis, et en fait un grand carnage. Les Sarrazins sont mis en pièces. Agramant se sauve à la hâte, et se retire vers Arles avec les débris de son armée [709].