[Note 708: ] [ (retour) ] C. XXXI, st. 50.

[Note 709: ] [ (retour) ] St. 84.

Espérant encore y soutenir la guerre, il expédie en Afrique l'ordre de lui envoyer des renforts. Marsile en fait venir d'Espagne. Agramant appelle à Arles tous les chefs qui peuvent l'y venir joindre. Rodomont, quelque chose qu'on fasse auprès de lui, refuse de quitter son pont et son tombeau. Marfise, au contraire, n'attend pas qu'on la prie; dès qu'elle apprend la déroute d'Agramant, elle vient le trouver à Arles. Depuis sa sortie du camp devant Paris, elle s'était tenue éloignée de l'armée; elle n'y venait plus que pour voir Roger, retenu dans sa tente par les suites de son combat; elle passait auprès de lui les jours entiers, et retournait le soir dans sa retraite. Malgré les menaces qu'elle avait faites en emportant Brunel, elle n'avait pu se résoudre à le pendre; elle le ramène avec elle, et le remet généreusement entre les mains du roi d'Afrique. Agramant enchanté de son retour, et touché de cet acte de générosité, ne veut pas demeurer en reste, et par politesse pour Marfise, il fait pendre par le bourreau le petit roi de Tingitane [710].

[Note 710: ] [ (retour) ] C. XXXII, st. 8.

Bientôt de tristes nouvelles parviennent à Bradamante. Avec le combat de Roger et ses blessures, elle apprend les assiduités de Marfise auprès de lui [711]. Marfise et Roger, lui dit-on, ne se quittent plus; ils doivent s'épouser dès que Roger sera guéri: c'est le bruit général de l'armée. Bradamante est au désespoir. Elle ignore la défaite d'Agramant, et qu'il s'est retiré loin de Paris. Elle s'arme, prend la lance d'or qu'Astolphe lui a laissée, et dont elle ignore, ainsi que lui, la vertu magique, part de Montauban, et se met seule en chemin vers Paris. Elle veut aller accabler Roger de reproches, et se venger de Marfise. Elle ne manque pas, chemin faisant, de faire diverses rencontres, et de courir des aventures chevaleresques. La plus remarquable est celle du château fort de Tristan [712], où, d'après une loi établie, elle fait coucher dehors, pendant la nuit et sous la pluie, trois rois du Nord qu'elle a renversés à coups de lance. Elle y fait aussi lever de table une très-belle dame islandaise venue avec eux, et qu'un tribunal, composé de femmes et de deux vieillards, juge lui céder en beauté. La loi veut que la moins belle sorte non-seulement de table, mais du château. Le temps qu'il fait afflige autant la dame d'Islande que la sentence l'humilie; mais Bradamante, toujours aussi généreuse et aussi bonne qu'elle est intrépide et qu'elle est belle, prend la défense de celle qu'elle a vaincue, et plaide si éloquemment sa cause qu'elle la gagne. La dame reste; on soupe gaiement dans une salle ornée de belles peintures prophétiques, où l'enchanteur Merlin a fidèlement représenté les guerres des Français en Italie depuis Pharamond jusqu'à François Ier.

[Note 711: ] [ (retour) ] St. 30.

[Note 712: ] [ (retour) ] St. 65 et suiv.

Bradamante, après une nuit agitée, comme le sont toutes les siennes depuis qu'elle croit Roger infidèle, sort du château et reprend le chemin de Paris. Elle apprend la défaite d'Agramant et sa retraite vers Arles; sûre que Roger est avec lui, elle y tourne ses pas. En approchant d'Arles, elle est instruite que Rodomont, dont on lui conte toute l'histoire, a fait prisonniers plusieurs chevaliers français: elle se détourne de sa route, va le défier sur son pont, lui reproche la mort d'Isabelle, et lui déclare que c'est une femme qui se présente pour la venger [713] Les conditions du combat sont que si elle est abattue, elle sera aussi sa prisonnière, mais que si elle l'abat, il mettra en liberté tous ses prisonniers; de plus, il lui remettra ses armes qu'elle suspendra, en expiation, au mausolée, après en avoir détaché toutes les autres. Rodomont accepte. Ses prisonniers, il est vrai, ont été envoyés en Afrique [714], mais si, par un hasard impossible, il est vaincu, il ne faudra pour les délivrer que le temps d'envoyer quelqu'un les chercher dans ses états; il en expédiera l'ordre sur-le-champ. L'orgueilleux se croit sûr de la victoire; mais la lance d'or, comme à l'ordinaire, le renverse du premier coup. Rodomont reste quelque temps à terre, frappé d'étonnement et de stupeur. Il se relève sans dire un mot, fait quelques pas, arrache ses armes, les jette loin de lui, ordonne à un de ses écuyers d'aller en Afrique délivrer les chevaliers français, s'éloigne, disparaît, et va cacher sa honte loin des humains, dans une caverne obscure [715].

[Note 713: ] [ (retour) ] C. XXXV, st. 43.

[Note 714: ] [ (retour) ] On verra plus bas ce qu'ils sont devenus, et à quoi, dès ce moment, le poëte les destine, sans paraître y songer.