[Note 715: ] [ (retour) ] St. 52.
Bradamante arrive enfin à Arles. Agramant y était avec son armée. Elle fait avertir Roger qu'un chevalier le défie au combat, pour lui prouver qu'il est un traître et qu'il lui a manqué de foi [716]. Tandis que Roger se prépare à descendre dans la plaine, et qu'il se perd en conjectures sur le nom de l'ennemi qui ose le défier, d'autres chevaliers demandent au roi Agramant la permission d'aller combattre. Serpentin, Grandonio, Ferragus, y vont l'un après l'autre; Bradamante les abat sans la moindre peine, aide chacun d'eux à remonter sur son cheval, et ne leur impose d'autre loi que d'aller dire dans la ville que c'est un plus fort et un plus brave qu'eux qu'elle attend. «Je ne vous refuse pas, dit-elle à Ferragus, mais j'en aurais préféré un autre.--Et qui? demande Ferragus; elle répond: Roger; et à peine peut-elle prononcer ce nom; et en le prononçant, une couleur aussi vermeille que la rose se répand sur son charmant visage.» Trait délicieux de nature et de sentiment, qui rappelle toujours que cette redoutable guerrière est une jeune fille belle et sensible. Une autre guerrière qui n'a point ces faiblesses aimables, Marfise vient ensuite; elle est désarçonnée jusqu'à trois fois [717]. Pendant ce temps-là, des guerriers sarrazins sortent en foule d'Arles, et des guerriers chrétiens campés à peu de distance sortent aussi de leur camp. Bientôt le combat s'engage entre eux. Roger paraît enfin; Bradamante l'attaque, mais d'un bras faible, et lui qui l'a reconnue se défend de même; il ne sait à quoi attribuer la fureur dont elle paraît animée. Enfin, il crie à Bradamante qu'il la prie en grâce de l'entendre. Ils se retirent de la mêlée, et se rendent dans un bois de cyprès, au milieu duquel est un tombeau en marbre blanc [718].
[Note 716: ] [ (retour) ] St. 60.
[Note 717: ] [ (retour) ] C. XXXVI, st. 20.
[Note 718: ] [ (retour) ] St. 42.
Marfise les voit de loin; elle croit qu'ils n'ont d'autre intention que de finir leur combat; elle les suit et arrive presqu'en même temps qu'eux. Bradamante ne doute point que ce ne soit l'amour qui la conduise. Furieuse, elle jette sa lance, met l'épée à la main et se précipite sur Marfise. Leurs épées ne suffisent pas: elles s'attaquent avec leurs poignards. Roger s'efforce de les séparer; il saisit d'un bras vigoureux Marfise, qui se met en colère, lui reproche de lui avoir arraché la victoire, reprend son épée, et fond sur lui à son tour. Il se défend, reçoit un coup très-rude sur la tête, se met aussi lui en fureur, et d'un coup qu'il adressait à Marfise enfonce son épée très-avant dans le tronc de l'un des cyprès dont ce bois est planté [719].
[Note 719: ] [ (retour) ] St. 58.
Aussitôt, la terre tremble, une voix sort du tombeau et leur crie: «Cessez de vous combattre; toi Roger et toi Marfise, vous êtes frère et sœur.» Ils s'arrêtent, la voix continue; elle leur apprend la mort funeste de Roger leur père, celle de leur mère Galacielle [720], et comment lui Atlant (car c'est ce vieux magicien dont on entend la voix), les avait transportés sur le mont de Carène, et les avait fait allaiter par une lionne. Marfise lui fut enlevée encore enfant par des Arabes; il avait continué d'y élever Roger. Long-temps il avait espéré le soustraire au mauvais sort qui lui était prédit; voyant enfin tous ses efforts inutiles, il en était mort de douleur; il s'était élevé lui-même ce tombeau, où il attendait que leur arrivée, qu'il avait prévue, lui fournît l'occasion de les instruire de leur destinée.
[Note 720: ] [ (retour) ] Voyez ci-dessus, p. 325 et 334.
La voix se tait, Roger et Marfise s'embrassent. Le frère instruit la sœur de son amour pour Bradamante, de leurs engagements, de leurs projets. Les deux guerrières font la paix et se jurent une sincère amitié. Roger, qui était très-instruit de sa généalogie, la leur conte rapidement, depuis Hector jusqu'à Roger second son père; et c'est, il faut l'avouer, plus à l'orgueil de la maison d'Este, qu'au plaisir du lecteur que l'Arioste a songé dans ces retours fréquents sur une antiquité fabuleuse.