Il ne faut pas faire un si long voyage.
Tes yeux l'ont pris, il en est éclairé;
Il est errant sur ton charmant visage,
Sur ton beau sein, ce trône des amours.
Il m'abandonne. Un seul regard peut-être,
Un seul baiser peut le rendre à son maître;
Mais sous tes lois il restera toujours [796].
[Note 795: ] [ (retour) ] C. XXXV.
[Note 796: ] [ (retour) ] Ub. supr., p. 82.
L'idée du début du dernier chant est originale et très-heureuse [797]. Après une si longue et si pénible route, le poëte se voit enfin près du port, et prenant tout à coup dans le sens propre cette expression figurée: «Oui, dit-il, je vois la terre, je vois le rivage se déployer devant moi; j'entends un cri d'allégresse, dont l'air frémit et dont les ondes retentissent; j'entends le son des cloches et des trompettes qui se mêle à ce cri de la joie publique; je commence à distinguer quels sont ceux qui couvrent les deux rives du port. Ils paraissent tous se réjouir de me voir venu à bout d'un si long voyage. Oh! combien de belles et vertueuses dames; oh! combien de braves chevaliers; oh! combien d'amis à qui je suis éternellement obligé pour la joie qu'ils témoignent de mon retour!» Et là-dessus, il nomme d'abord les dames et les chevaliers, puis les amis, les compagnons d'études, les poëtes; seize octaves lui suffisent à peine pour cette revue vive et animée, semée d'éloges délicats, qui auraient dû flatter toutes celles et tous ceux qu'il y a placés, mais qui parut, dit-on, trop familière à quelques grandes dames et à de hauts et puissants seigneurs. C'est un art difficile que celui de flatter les grands; leur orgueil est quelquefois blessé, même de ce qu'on fait pour lui. Ce devrait être le sujet d'un chapitre à part dans les poétiques modernes; mais on n'en trouverait ni les principes dans Aristote, ni les exemples dans Homère.