La politique et la guerre occupèrent trop Clément VII pour qu'il pût accorder aux lettres et aux arts tout ce que son nom avait fait espérer de lui. Cependant il rappela Sadolet à sa cour; il protégea et traita honorablement deux poëtes qui brillèrent alors dans la poésie latine, Vida et Sannazar, et un autre qui enrichit la poésie italienne d'un genre peu fait pour lui concilier la faveur du chef de l'Église, mais homme d'esprit, de talent et même de génie, le Berni [71]. Il rechercha Erasme, comme l'avait fait Léon X, et lui adressa même des invitations plus efficaces, puisqu'il lui envoya deux fois, en présent, deux cents florins d'or [72]. L'académie romaine reprit, dans les premières années de son pontificat, tout son éclat et l'aimable gaîté de ses réunions; mais le pillage de 1527 lui porta le coup le plus funeste, en dispersa tous les membres, et cette catastrophe, que le pape avait attirée sur Rome, y détruisit pour long-temps tout ce que ceux de ses prédécesseurs, qui aimaient le plus les lettres, avaient établi en leur faveur. La bibliothèque du Vatican, si libéralement enrichie par Léon X, fut ravagée; les livres et les manuscrits les plus précieux devinrent la proie d'une fureur ignorante et barbare, comme ceux de la bibliothèque des Médicis l'avaient été précédemment à Florence. Heureusement pour les lettres, les restes, encore très-riches, de cette dernière collection, étaient alors en sûreté. Le sort qu'ils avaient éprouvé mérite de nous occuper un instant.

[Note 71: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. I, c. ii.

[Note 72: ] [ (retour) ] Id. ibid.

Ce fut, comme on se le rappelle, lors de l'invasion de Charles VIII et de l'expulsion de Pierre de Médicis que cette bibliothèque, fruit des soins de Cosme et de Laurent, fut pillée, comme toutes les autres propriétés de leur famille, par l'armée et par le peuple même [73]. Mais elle fut dispersée et non détruite. Le gouvernement qui remplaça les Médicis fit recueillir les livres, et les vendit quelque temps après, pour 3000 ducats, aux moines de Saint-Marc [74]. Le fanatique Savonarole, supérieur de ce couvent, disposa d'une grande partie de ces livres, et en fit présent aux cardinaux et aux autres personnes puissantes qui pouvaient le défendre des censures et des excommunications du pape [75]. Après la chute de ce tyran démagogue, et lorsque les Médicis furent rentrés à Florence, le prieur et le chapitre, se trouvant chargés de dettes, et pressés de payer, résolurent de vendre les restes, encore très-précieux, de cette bibliothèque. Léon X, alors cardinal Jean, saisit avidement cette occasion de rentrer dans une partie si intéressante et si noble des richesses de sa maison; et les religieux, ayant obtenu la permission du gouvernement de Florence, lui envoyèrent les livres à Rome, après en avoir reçu le prix [76]. Il se plut, pendant son pontificat, à les conserver et à en augmenter le nombre. Clément VII, soit aussitôt après son élection, soit même quelque temps auparavant [77], les fit reporter à Florence. Il ordonna dans la suite, par une bulle [78], que cette bibliothèque y resterait désormais; et, pour en assurer la conservation et la stabilité, il chargea le grand Michel-Ange de faire les dessins d'un magnifique édifice, où il voulut qu'elle fût déposée. Nous allons bientôt voir comment et par qui cette volonté fut exécutée; mais Clément a toujours la gloire d'avoir conçu cette belle idée, et d'en avoir confié l'exécution au premier artiste de son siècle.

[Note 73: ] [ (retour) ] Voyez ci-dessus, tome III, page 398.

[Note 74: ] [ (retour) ] En 1496.

[Note 75: ] [ (retour) ] Bandini, Prœf. ad Catal. Cod. grœc., p. 12; Tiraboschi, Stor. della lett. ital., t. IV, part. I, p. 106.

[Note 76: ] [ (retour) ] Ce fait est rapporté par un moine du couvent même, nommé Robert de Galliano, que cite Ange Fabroni, Leonis X Vita, not. 19, p. 265.

[Note 77: ] [ (retour) ] Selon Tiraboschi, t. VII, part. I, c. 5, ce fut avant d'être pape; William Roscoë dit au contraire, Life of Lorenzo de' Medici, c. 10, que ce fut lors de son élévation au souverain pontificat.

[Note 78: ] [ (retour) ] Datée du 15 décembre 1532; Will. Roscoë, ub. sup.