[Note 828: ] [ (retour) ] Tome VI, part. II, l. III, c. III. Così non ne avessi egli offuscati i pregi co' motti e co' racconti troppo liberi ed empi, che vi ha inseriti. Pag. 177.
Cette façon de s'emparer du bien d'autrui et de se le rendre propre ne manqua pas de censeurs. L'Arétin dans le prologue de sa comédie de l'Hypocrite, le Doni dans sa Librairie et dans ses Mondes, blâmèrent durement le Berni. Il les laissa dire: les éditions de son Roland amoureux se multiplièrent. On avait cessé, dès auparavant, d'en faire de celui du Bojardo, et ce qu'il y a de très-vrai, quoique cela paraisse contradictoire, c'est qu'en l'effaçant par la manière dont il refit son ouvrage, il lui conserva sa renommée. Elle eût péri si le Bojardo n'eût été que l'auteur d'un poëme qu'on eût cessé de lire; mais en relisant ce poëme refait par le Berni, on se rappelle toujours, on revoit même toujours au titre du livre qu'il fut d'abord fait par le Bojardo, et c'est grâce au style du second de ces deux poëtes que l'on jouit des inventions du premier.
D'autres critiques ont pensé que le Berni avait voulu faire du Roland amoureux un poëme burlesque et une pure facétie. Le Gravina lui-même est de cet avis [829]; mais le Quadrio n'en est pas. Il penche plutôt à croire qu'en refaisant ainsi ce poëme, il avait prétendu l'élever jusqu'à pouvoir lutter avec le Roland furieux, qui entraînait alors comme un torrent la faveur publique et l'applaudissement universel. «S'il n'a pu réussir, ajoute le même critique, à procurer au Bojardo une gloire égale à celle de l'Arioste, au moins lui en a-t-il acquis une qui n'est pas beaucoup au-dessous, puisqu'aujourd'hui même on ne le lit et on ne l'aime pas beaucoup moins que l'Arioste [830].»
[Note 829: ] [ (retour) ] Il Berni, colla piacevolezza del suo stille l'ha voluto cangiare in facezia. (Ragion. poet., l. II, XV.)
[Note 830: ] [ (retour) ] Storia e Reg. d'ogni poesia, vol. VI, p. 155.
Ce que le Berni a le plus heureusement imité de l'Arioste, ce sont ses exordes ou débuts de chant. Il y en a de tous les tons et de tous les genres. Le genre satyrique, qui était habituellement le sien, domine souvent, il est vrai, dans ces petits prologues, et le sel en est quelquefois assez âcre, tandis que l'Arioste dans quelques-uns des siens, non plus que dans ses satyres, ne va jamais au-delà d'une censure sans aigreur et d'une malignité riante. Mais il y en a dans le poëme du Berni où l'on croit entendre plaisanter l'Arioste lui-même. En voici, je crois, un exemple, dans le début du quatrième chant: «Je ne suis ni assez ignorant ni assez savant pour pouvoir parler de l'amour ni en bien ni en mal; pour dire s'il est au-dessus ou au-dessous du jugement et du langage que nous tenons de la nature; si l'homme est porté de lui-même à être tantôt humain et tantôt féroce, ou s'il y est porté par l'amour; s'il y a de la fatalité ou du choix, si c'est une chose que l'homme prenne et quitte quand il veut. Quand on voit dans un pâturage deux taureaux combattre pour une génisse, ou deux chiens pour une chienne, il paraît alors que c'est la nature qui les force à se traiter de cette étrange façon. Quand on voit ensuite que la vigilance, le soin, l'occupation, l'absence nous garantissent de cette peste, ou si vous voulez de cette galanterie, alors il semble qu'elle ne vient que de notre choix. Tant d'hommes de bien en ont parlé, en ont écrit, en grec, en latin, en hébreu, à Rome, à Athènes, en Égypte! L'un tient que c'est chose excellente; un autre, chose détestable. Je ne sais qui a tort ou raison: je ne veux prendre les armes ni pour ni contre: tant y a que l'amour est un mal étrange et dangereux, et Dieu garde chacun de nous de tomber en sa puissance!»
Voici qui me paraît encore aimable et gracieux comme les plaisanteries de l'Arioste. Roland et Renaud se battaient pour Angélique; c'est elle-même qui les sépare, et qui trompe le comte d'Angers pour l'éloigner du champ de bataille.
«J'ai envie aussi moi, dit le Berni [831], d'être amoureux d'Angélique, puisque tant d'autres le sont; car elle m'a fait un plaisir plus grand qu'elle ne leur en fit jamais à tous tant qu'ils peuvent être: elle m'a délivré de ce dégoût que j'éprouvais tout à l'heure à raconter cette querelle maudite de Roland et du fils d'Aymon. Quoique ni l'un ni l'autre n'eût besoin de secours, je suis cependant le très-humble esclave de celle qui est ainsi venue se jeter entre eux. Je suis d'une nature telle que je ne voudrais jamais qu'on se querellât, ni qu'on se battît, à plus forte raison quand la querelle est entre des gens que j'aime. Il n'y a personne qui haïsse le bruit autant que moi; mais pour l'amour de Dieu, parlons d'autre chose.»
[Note 831: ] [ (retour) ] L. I, c. XXIX.
Quelquefois, comme au cinquième chant, l'Arioste n'aurait pas mieux philosophé sur l'amitié; quelquefois, comme au dix-huitième, ou ne serait pas étonné que ce fût lui qui raisonnât ainsi sur les vertus et sur les imperfections des femmes. Mais on reconnaît peut-être une pointe satyrique plus acérée que la sienne dans ce prologue du septième chant: «Malheur à vous qui ne dormez jamais, à vous qui désirez de devenir de grands personnages, qui, avec tant de fatigues et tant de peines, courez après les dignités et les honneurs! On doit avoir grande pitié de vous puisque vous êtes toujours hors de vous-mêmes; et vous ne connaissez pas bien ce que vous cherchez, car vous ne feriez pas les folies que vous faites. Cette grandeur, cet empire, cet état, cette couronne, il faut l'avoir justement ou injustement; il faut que celui qui l'obtient en soit digne ou ne le soit pas. Dans le premier cas, c'est un vrai métier d'homme de peine [832]; dans le second, l'on est le but, l'objet, le point de mire de la haine, de l'envie; on est livré soi-même à la crainte jalouse, et il n'y a point d'ennemi, de maladie, de souffrance d'enfer comparable à la vie d'un tyran. J'ai comparé l'un de ces rois à un homme qui est, en-dessous, dévoré de maladies honteuses, et couvert, en-dessus, d'un beau vêtement d'or, qui empêche de voir sa misère. Encore ont-ils de plus toutes ces galanteries que je vous ai dites, la haine, l'envie, et les complots que l'on fait chaque jour contre eux. Ce pauvre homme de Charlemagne [833] avait toujours quelque triste fusée à débrouiller. Tout le monde avait les yeux sur lui, etc.»