[Note 832: ] [ (retour) ] E una gran facchineria. Pour saisir le sens de ce mot, il ne faut pas oublier que facchino en italien ne signifie point du tout ce que nous appelons en français un faquin, mais un crocheteur, un homme de peine.

[Note 833: ] [ (retour) ]

Quel povero uom di Carlo sempre aveva

Da pettinar qualche lana sardesca.

(St. 5.)

Dans le poëme du Bojardo, parmi quelques débuts de chant qui s'écartent un peu de la manière sèche, ou des formules légendaires des premiers romanciers, et qui donnèrent sans doute à l'Arioste l'idée de ses charmants prologues, j'ai cité celui du seizième chant, où le Bojardo fait des réflexions philosophiques sur l'inconstance de la fortune et sur la fragilité des grandeurs et des trônes, en considérant la chute d'Agrican, qui du sommet de la puissance est précipité en un jour par la main de Roland, lui et tout le faste qui l'entourait, et les sept rois qu'il avait sous ses ordres [834]. Le Berni n'a pas manqué, au même endroit, de s'emparer de ce cadre satyrique; mais il l'a rempli d'une autre manière, et surtout il a traité plus rudement les rois et les grands de ce monde [835].

[Note 834: ] [ (retour) ] Ci-dessus, p. 296.

[Note 835: ] [ (retour) ] Voyez c. XVI, st. 3.

Il paraît même qu'il ne craignait pas de se faire des querelles dans l'autre, et qu'il en traitait fort cavalièrement les puissances. On le voit par ce début d'un de ses chants, dont le premier vers rappelle qu'il était ecclésiastique et chanoine [836]: «Si l'on ne risquait pas de devenir irrégulier, (c'est-à-dire, en termes du métier, d'être déclaré incapable de remplir toutes fonctions), je dirais que je désirerais ardemment d'avoir vu ce combat magique dans lequel Maugis fut vaincu, pour savoir si le diable est réellement tel qu'on le dit, s'il est aussi laid qu'on le représente; car je ne vois pas qu'il soit partout le même; là, il a plus de cornes, et ici un peu plus de queue. Mais qu'il soit ce qu'il voudra, je ne le crains guère; il ne peut faire de mal qu'aux méchants et aux désespérés; et j'ai d'ailleurs un remède qui me rassure, car je sais faire le signe de la croix [837].» Peut-être est ce làun de ces traits que le sévère Gravina regardait comme impies; mais les juges les plus compétents dans cette matière, n'en jugèrent apparemment pas ainsi, puisqu'ils ne mirent jamais à l'index le Roland amoureux du Berni.

[Note 836: ] [ (retour) ]

Se non si diventasse irregolare, etc.

(L. II, c. XXIII.)

[Note 837: ] [ (retour) ]

Ed un remedio anc' ho che m'assicura,

Che mi so fare il segno della croce.

(St. 2.)

Je n'en dirai pas davantage sur cette production, heureuse sous plus d'un rapport, puisqu'elle dut, au fond, coûter peu de peine à l'auteur, qu'elle est pourtant le fondement le plus solide de sa réputation, qu'elle a mis au nombre des lectures les plus agréables un roman épique plein d'invention, mais qui, privé de style, serait peut-être depuis long-temps dans l'oubli, et qu'elle a ainsi, comme je l'ai dit, conservé la renommée du premier auteur au lieu de l'éteindre.

Une renommée moins brillante que celle du Bojardo et du Berni est celle de Louis Dolce; et cependant il fut loin d'être un écrivain et un poëte sans mérite; ce fut surtout un des auteurs les plus laborieux et les plus féconds qui aient jamais écrit. Grammairien, rhéteur, orateur, historien, philosophe, poëte tragique, comique, épique, lyrique, satyrique, éditeur, traducteur, commentateur infatigable, il s'essaya dans tous les genres, mais il n'excella dans aucun [838]. Il naquit à Venise vers l'an 1508. Sa famille était une des plus anciennes de cette république [839], mais à ce qu'il paraît, peu favorisé de la fortune. Il passa toute sa vie dans sa ville natale, enseveli dans des travaux littéraires qui lui procurèrent quelque estime, peu de réputation et encore moins de richesses. Il présida pendant plusieurs années à la correction des éditions du célèbre imprimeur Gabriel Giolito, éditions justement recherchées pour la beauté des caractères et du papier, mais qui, en dépit d'un si habile correcteur, sont le plus souvent incorrectes [840]. Cette vie si occupée du Dolce ne fut troublée que par quelques querelles littéraires, surtout avec le Ruscelli, qui corrigeait comme lui les éditions de Giolito [841]. On n'en connaît point d'autres circonstances. Il mourut d'hydropisie en 1569, selon Apostolo Zeno [842], et selon Tiraboschi[ [843], dès 1566.