[Note 866: ] [ (retour) ] Venezia, 1542, in-4°.
Dragoncino se nomma de même en tête d'un poëme sur les amours de Guidon le Sauvage [867], fils naturel de Renaud de Montauban; et il est aussi profondément ignoré. Ce roman, que personne ne lit, quoiqu'il n'ait que sept chants, n'est pas son seul ouvrage. Il a fait de plus la Marfise bizarre en quatorze chants [868], et c'est à peu près la même chose que s'il n'en avait fait aucun.
[Note 867: ] [ (retour) ] Innamoramento di Guidon Selvaggio, etc., di Giamb. Dragoncino da Fano, Milano, 1516, in-4°.; Bologna, 1678, in-16.
[Note 868: ] [ (retour) ] Marfisa bizarra, in-8º., sans date; Vinegia, 1532, in-4º.; Verona, 1622, in-8º.
Il y a au moins de l'originalité dans la Mort d'Oger le Danois, d'un certain Casio da Narni [869]. Ce poëme singulier est divisé en trois livres; le premier contient neuf chants, le second seize, le troisième sept. Les exploits de Roland, de Renaud et des autres paladins, et la mort de ce brave Danois, en sont le sujet; mais l'auteur a mêlé tout cela de facéties, et tantôt employé le style narratif, tantôt le dramatique, selon que sa tête l'a voulu. Il a mêlé dans son récit des sonnets, des églogues, des épitaphes, un capitolo à la louange des dames, un autre à la louange de la Vertu; enfin une assez longue dissertation de Renaud sur la question de savoir lequel des deux sexes jouit le plus dans les plaisirs de l'amour; le tout en un style souvent trivial, et qui est loin de se sentir de l'admiration dont l'auteur fait profession pour l'Arioste, qu'il appelle quelque part son précepteur et son père. Il commence, comme son maître, tous ses chants par des exordes ou des prologues, dont quelques-uns, sans approcher d'un si parfait modèle, ne sont cependant pas sans agrément. Il écrivait à Ferrare, et il rend de fréquents hommages aux jeunes princes de la maison d'Este [870], quoiqu'il ne leur ait pas dédié son poëme. On ne sait rien de la vie de ce Casio da Narni, et l'on ignore si la protection d'Hercule et d'Hippolyte d'Este lui fut plus utile que celle du duc leur père ne le fut à l'auteur du Roland furieux. La bizarrerie de son esprit se fait voir jusque dans une note qui est à la fin de son poëme. Il s'aperçoit qu'il a laissé Roland dans le ventre d'une baleine, et il promet de l'en retirer dans un autre ouvrage, qu'il fera sans doute tout exprès [871].
[Note 869: ] [ (retour) ] La Morte del Danese, poema di Casio da Narni, Ferrara, 1521, in-4º.; Venezia, 1534, idem (avec un titre beaucoup plus étendu). Il ne faut pas confondre ce poëme avec le Danese Uggieri d'un certain Girolamo Tromba da Nocera, sans doute parent, peut-être fils de l'auteur de Trébisonde, et qui s'en montre digne par la platitude de son style. Son poëme n'en est pas moins intitulé Opera bella, e piacevale d'armi e d'amore. Il fut imprimé à Venise en 1599 seulement, et réimprimé en 1611 et 1638. Quoique né vers la fin du seizième siècle, il mérite d'être assimilé aux premiers essais du quinzième.
[Note 870: ] [ (retour) ] Hercule et Hippolyte, fils d'Alphonse Ier.
[Note 871: ] [ (retour) ] E perche ha lassato Orlando ne la balena, te promette in l'altra opera de cavarlo.
On ne cessa point, pendant tout le seizième siècle, de retourner de cent manières les aventures fabuleuses de Charlemagne et de ses pairs. Il serait aussi ennuyeux qu'inutile de s'arrêter sur tous les romans épiques plus ou moins volumineux, et presque tous aussi mauvais les uns que les autres, dont ils furent l'inépuisable sujet. Que nous importe qu'un Anthée le Géant, roi de Lybie, descendant de ce fils de la terre qu'étouffa jadis Hercule, soit venu attaquer la France et Charlemagne, lorsque cet empereur était encore dans la fleur de l'âge; que Charles, après l'avoir vaincu, le poursuive jusqu'en Lybie, lui livre une grande bataille, le fasse prisonnier, lui et tous ses géants, les ramène enchaînés en France, et rentre à Paris en triomphe en les traînant après son char [872]? Que nous importe que Roland et Renaud, jaloux l'un de l'autre, soient tous deux sortis de France, soient allés commander, le premier une armée de Scythes, le second une armée de Persans qui étaient en guerre l'une contre l'autre, que le géant Oronte profite de ce moment pour attaquer la France, et qu'à la fin il soit vaincu et tué de la main du comte d'Angers [873]; qu'un Falconet des batailles, fils du roi de Dardanie, vienne en Italie venger un roi de Perse qui s'y était fait tuer, et dont il avait épousé la fille; qu'il y vienne avec deux innombrables armées, dont l'une est commandée par sa femme; que ce Falconet soit encore tué par l'invincible Roland, et que sa femme Duseline en meure de douleur [874]; qu'un Antifior ou Antifor de Barosie fasse d'aussi folles entreprises, et qu'elles aient le même succès [875]; qu'une madame Rovence, reine et géante africaine, armée d'une massue de fer, sème l'effroi parmi les paladins de Charlemagne, et tombe enfin sous les coups de Renaud [876]; que le sarrazin Scapigliato, l'Echevelé, pour plaire à une princesse russe, se vante de venir en France faire prisonniers Roland et Renaud, et de les conduire enchaînés aux pieds de sa princesse et qu'il reçoive de Renaud le prix ordinaire de toutes ces belles expéditions [877]? Qu'importe même que parmi de grands faits d'armes, et de Roland, et de Renaud, et de tous les paladins de France, une belle princesse, Leandra, fille du soudan de Babylone, amoureuse de Renaud, et ne pouvant s'en faire aimer, se précipite du haut d'une tour [878], puisqu'on ne peut s'intéresser même à une princesse qui se rompt le cou par amour, dans un long roman, qu'on ne peut lire? Qu'importe enfin que le terrible sarrazin Rodomont ait laissé après lui un fils et un neveu; qu'un poëte ait chanté les prouesses de ce fils [879], un autre les folies amoureuses de ce neveu [880]; et que gagnerions-nous à savoir quelles folies un Rodomont II, fils d'une sœur de Rodomont Ier., peut faire pour une belle Lucefiamma, fille de Meandro, riche seigneur d'un beau château situé sur la rivière de Gênes, les exploits et les prodiges de valeur qu'il fait pour elle, et qui lui réussissent si mal qu'il est tué par Fedelcaro, l'un de ses rivaux? Cela ne pouvait intéresser qu'Octave Farnèse, prince de Parme et de Plaisance, à qui ce poëme est dédié, et dont la gloire est encadrée, avec celle de toute sa race, dans une vision ou dans une prophétie, selon le noble et uniforme usage de tous ces romans.
[Note 872: ] [ (retour) ] Antheo Gigante di Francesco de' Ludovici da Venezia, etc., canti XXX, in ottava rima, Vinegia, 1524, in-4º.