[Note 85: ] [ (retour) ] 28 octobre 1530.

Le pape suivit obstinément ses projets d'ambition et de vengeance; environ deux ans après, ayant fait élire des magistrats qui lui étaient vendus [86], ce fut par eux qu'il fit décréter l'abolition de la seigneurie de Florence, et la création du titre de duc de la république pour Alexandre et ses descendants [87].

[Note 86: ] [ (retour) ] L'historien Guichardin fut du nombre et l'un des confidents les plus actifs du pape. Muratori, ann. 1532.

[Note 87: ] [ (retour) ] Voyez Varchi, Scipion Ammirato, et presque tous les autres historiens de Florence. Perciò, dit Muratori, sel di prima di maggio ad Allessandro fu dato il grado di Signore, di Duca e di assoluto Principe, con pubblica solennità, fra i viva del popole, e col rimbombo delle artiglierie, le quali senza palle ferivano il cuore di chiunque deplorava la perdita dell' antica libertà. (Annal. d'Ital., an 1552.)

On sait comment ce jeune insensé usa de son pouvoir, et comment il le perdit avec la vie. On a voulu faire de son meurtrier un Brutus; un grand poëte tragique l'a pris pour héros d'une épopée conçue dans le même esprit que ses tragédies [88], et lui a donné toutes les vertus; mais les historiens le représentent autrement [89]. Lorenzino de Médicis descendait en ligne directe de Laurent, frère de Cosme l'ancien. Tandis que la branche de Cosme s'éteignait dans les honneurs, et n'avait plus aucun rejeton légitime, cette seconde branche, héritière d'une grande fortune, mais écartée des dignités par la première, avait transmis au jeune Lorenzino une haine héréditaire qui redoubla depuis l'empoisonnement du cardinal Hippolyte [90]. Ce fut surtout par cette haine qu'il fut inspiré. Il la revêtit d'une dissimulation profonde. S'il n'eut pas dans le cœur les mêmes vices qu'Alexandre, il les feignit pour s'approcher de lui et pour lui plaire; il les encouragea, les aida, comme il est toujours vil et déshonorant de le faire; et ce fut là le piége où il attira sa victime. Sa maison touchait au palais des Médicis. Il feignit d'avoir enfin obtenu d'une jeune et belle dame ou veuve de Florence, que les uns disent sa tante, les autres sa sœur [91], qu'elle s'y laissât conduire à un rendez-vous avec Alexandre, et tandis que le duc, déjà fatigué des excès de la journée, s'était jeté sur un lit et dormait profondément en attendant d'autres excès, il revint, non avec ce qu'il lui avait promis, mais avec un assassin à gages, et le tua. Il n'avait rien prévu pour l'instant d'après, et n'en recueillit aucun fruit. Tandis que de Venise, où il s'était enfui, il exhortait les Florentins à redevenir libres, ils remettaient la même autorité dont avait joui Alexandre entre les mains d'un jeune homme de dix-huit ans.

[Note 88: ] [ (retour) ] Alfieri, Etruria vendicata.

[Note 89: ] [ (retour) ] Voyez Varchi, Ammirato, Istor. Fiorent.; Jovius, Historia sui temporis; Muratori, Annali d'Ital., an. 1537.

[Note 90: ] [ (retour) ] Parve a Lorenzino d'esser venuto il tempo di mandare a effeto quel che, come si crede, haveva fin dopo la morte del cardinale Ippolito deliberato di fare. (Scip. Ammirato, Istor. Fiorent., l. XXXI, t. III, p. 436, A.)

[Note 91: ] [ (retour) ] Selon Varchi c'était sa tante, sœur de sa mère, mariée avec Girardo Ginori, et aussi chaste que belle. (Stor. Fiorent., l. XV.) Segni dit que les uns croyaient que c'était sa tante, qui avait déjà eu, ce qui est bien différent, plus d'un rendez-vous avec Alexandre, et dont il ne dira pas le nom, pour l'honneur de cette famille; que les autres étaient d'opinion que c'était sa propre sœur, appelée Laldomine, veuve d'Alamanno Salviati. (Stor. Fiorent., l. VII, p. 205.)

Jean de Médicis, célèbre capitaine de ce siècle, issu au même degré que Lorenzino de la seconde branche des Médicis, mort à vingt-huit ans des suites d'une blessure, avait laissé un fils appelé Cosme, héritier d'un grand nom; d'une fortune considérable, et qui finissait alors son éducation dans cette même terre de Mugello, où tout rappelait la gloire de Cosme, père de la patrie, et celle de Laurent le Magnifique. Il réunit, malgré sa jeunesse, les suffrages d'un parti puissant, et son élection appuyée ensuite par les armes de Charles V ne souffrit, pour ainsi dire, aucune contradiction [92]. Cosme prit, deux ans après, le titre de Duc de Florence, et enfin, vers la fin de sa vie, celui de Grand-duc [93].