[Note 92: ] [ (retour) ] Les Valori, les Strozzi, et d'autres citoyens puissants, qui voulurent s'y opposer, parvinrent à rassembler un corps d'armée, et obtinrent même quelques légers succès; mais ils furent écrasés par les armes de l'empereur; plusieurs furent décapités comme rebelles; Philippe Strozzi, destiné au même sort, se tua. Laurenzino, qui avait aplani à son cousin le chemin du souverain pouvoir, mais qui était pour lui un rival à craindre, fut assassiné douze ans après à Venise, par deux soldats florentins, qui dirent avoir fait ce coup pour venger la mort du duc Alexandre.
[Note 93: ] [ (retour) ] Ce ne fut qu'en 1569.
Ici, laissant à part toutes les considérations politiques, nous allons voir se renouer le fil des grands services rendus aux lettres par les Médicis, interrompu depuis la mort de Léon X, par les agitations dont les suites de son ambition et de celle de son neveu Clément VII avaient rempli Florence et toute l'Italie.
Le long règne de Cosme Ier est une des plus brillantes époques de l'histoire des lettres, et surtout des beaux-arts. Son premier soin fut de rendre aux universités de Florence et de Pise l'éclat et l'activité dont les troubles de la Toscane les avaient privées, et d'y appeler de toutes parts les professeurs les plus célèbres. Il établit, dans chacune de ces deux villes, un jardin des plantes, et fut dirigé dans ce dessein par son goût pour la botanique, qu'il avait cultivée dès sa première jeunesse [94]. L'académie platonicienne de Florence, que nous avons vue si florissante à la fin du siècle précédent, s'était soutenue au commencement du seizième. On distinguait encore alors parmi ses membres un Machiavelli, un Rucellai, un Alamanni et plusieurs autres. Mais la plupart d'entre eux étaient ennemis de la toute-puissance des Médicis. Ils crurent, à la mort de Léon X, pouvoir briser leur joug, et entrèrent dans une conspiration contre le cardinal Jules [95]. Cette conspiration fut découverte; quelques académiciens furent pris et exécutés; la fuite sauva les autres. La terreur dispersa toute l'académie; elle resta dissoute pendant le pontificat de Clément VII. Lorsque l'autorité de Cosme Ier. fut consolidée et la tranquillité entièrement rétablie, les savants et les amis des lettres, qui étaient toujours en grand nombre à Florence, désirèrent se rassembler. Cette réunion leur fut permise. Seulement, au lieu des études philosophiques qui avaient occupé leurs devanciers, ils n'eurent plus pour objet que des discussions purement littéraires, et principalement des recherches sur le perfectionnement et la fixation de la langue toscane [96]. Les poésies de Pétrarque devinrent le sujet de l'étude habituelle des conférences de l'académie florentine, et d'une espèce d'idolâtrie; les leçons, les dissertations et les commentaires sur un sonnet ou sur une canzone se multiplièrent à l'infini. «Souvent, dit Tiraboschi [97], on se perdit en réflexions frivoles et puériles, on alla chercher des allégories et des mystères où ce poëte n'avait nullement songé à en mettre; mais par ces sortes de travaux, la langue toscane devint plus riche et plus belle; on apprit à la parler et à l'écrire plus exactement, et les lois en furent mieux fixées.» Cosme et les grands-ducs ses successeurs accordèrent à l'académie une protection, des priviléges et des faveurs, qui l'encouragèrent de plus en plus à s'étendre dans ce genre de travaux, et surtout à s'y renfermer.
[Note 94: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. I, p. 30, etc.
[Note 95: ] [ (retour) ] En 1522.
[Note 96: ] [ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 126.
[Note 97: ] [ (retour) ] Loc. cit.
Cosme Ier. eut fort à cœur l'exécution du projet qu'avait conçu Clément VII, de placer dans un monument convenable la bibliothèque des Médicis, échappée à tant de vicissitudes, et rétablie enfin à Florence par les ordres de ce pontife. Clément en avait fait faire les dessins par Michel-Ange. L'édifice avait été même commencé. Georges Vasari fut chargé de le reprendre et de l'achever sur les dessins de ce grand homme, son ami et son maître [98]. Cosme ne se contenta pas d'assurer à cette collection précieuse un emplacement qui en fût digne, il accrut prodigieusement le nombre des manuscrits; il achetait à tout prix ceux qu'il pouvait découvrir en Italie, et en faisait venir d'autres à grands frais des pays les plus éloignes [99]. Mais il fit plus que de bien placer les livres qui jusqu'alors avaient exclusivement appartenu à sa famille; il les rendit en quelque sorte une propriété publique; il permit à tous les gens de lettres de consulter les manuscrits, de s'en servir pour confronter et corriger les éditions des anciens auteurs, et les excita, par ses encouragements, à publier ceux qui étaient encore inédits, et qui pouvaient être utiles aux sciences. Pour étendre encore plus ce bienfait, il fit venir d'Allemagne un imprimeur qui avait de la réputation, et l'engagea, par des récompenses magnifiques, à venir exercer son art à Florence [100]. C'est sous la direction de cet artiste habile, qui était en même temps un littérateur très-instruit, que le célèbre Torrentino donna, pendant l'espace de dix-sept ou dix-huit ans [101], des éditions si belles et si recherchées des amateurs. Cosme permit surtout, ou plutôt ordonna l'impression du fameux manuscrit des Pandectes; il chargea le savant jurisconsulte Lelio Torelli d'en être l'éditeur. Les presses de Torrentino l'imprimèrent en trois volumes in-folio [102], et ce précieux trésor, qui n'avait été jusqu'alors qu'un des ornements de Florence et de la cour des Médicis, fut ainsi consacré à la jouissance et à l'utilité communes [103].
[Note 98: ] [ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 180.