[Note 113: ] [ (retour) ] En 1587; il n'avait que quarante-sept ans. (Id. ibid.)

Il ne laissait point d'enfants de son mariage avec l'archiduchesse Jeanne d'Autriche, mais trois frères, dont l'aîné, Ferdinand, était cardinal. Le pape lui avait donné la pourpre, pour consoler Cosme Ier. de la mort de ses deux autres fils, dont l'un était cardinal. Ferdinand la quitta pour la couronne ducale; et, supérieur en vertus à son frère, ne fut pas moins zélé que lui pour le progrès et la gloire des arts. Je ne pourrais que répéter ici ce que j'ai dit de Cosme et de François, au sujet des universités, des académies, de la bibliothèque, de la galerie, des édifices publics et particuliers, des honneurs et des récompenses accordés aux artistes et aux savants. Ferdinand acheva de rendre la Toscane, et spécialement Florence, un objet d'admiration et d'envie. Ce qui lui appartient en particulier, c'est l'acquisition de cette célèbre Vénus, qui, placée par lui dans la galerie de Florence, reçut le nom de Médicis, qu'elle conserve maintenant en France, parmi les riches tributs que l'Italie a payés à la valeur de nos armées [114]; c'est aussi la chapelle de Saint-Laurent, commencée par ses ordres et destinée à la sépulture des grands-ducs; c'est la belle statue équestre qu'il fit élever à son père Cosme Ier.; c'est la magnifique imprimerie, en caractères orientaux, qu'il établit d'abord à Rome, et fit transporter ensuite à Florence; ce sont enfin les monuments dont il enrichit cette capitale, Livourne et Pise, et qui attestent encore la noblesse de ses goûts et son penchant naturel pour tout ce qui portait un caractère de grandeur. Il survécut de neuf ans à ce siècle, et sa gloire ne périra point dans le pays qu'il gouverna et qu'il embellit, tant que l'on y conservera quelque goût pour les arts ou quelque souvenir de l'éclat qu'ils y répandirent autrefois.

[Note 114: ] [ (retour) ] Il l'avait acquise à Rome lorsqu'il était cardinal. Devenu grand-duc, il fit transporter à Florence presque toutes ses antiquités, et en enrichit sa galerie. Il laissa pourtant à Rome la Vénus, qui ne fut conduite à Florence que sous Cosme III, et le fameux groupe de Niobé, qui lui appartenait aussi, et qui n'y a été porté que sous Pierre Léopold. (Tiraboschi, ub. supr., p. 197.)


CHAPITRE II.

Suite du même sujet. Protection accordée aux lettres et aux arts pendant le seizième siècle, à Rome, par les successeurs de Léon X et de Clément VII; à Naples et à Milan, par les vice-rois et les gouverneurs; à Ferrare, par les princes d'Este; à Mantoue et à Guastalla, par les Gonzague; à Urbin, par les La Rovère; en Piémont, par les ducs de Savoie.

Pour mettre de suite ce qui regardait les Médicis, nous avons interrompu la série des souverains pontifes, à l'époque où le second pape de cette famille changeait pour elle la constitution et les destinées de sa patrie. Le successeur de Clément VII avait aussi une famille dont l'élévation fut un de ses principaux soins; c'est une faiblesse en quelque sorte inhérente à la papauté; mais si Paul III y céda autant que Clément VII et Léon X, il y sacrifia moins. Ce fut un pape vraiment pape; et Rome vit en lui, ce qu'elle n'a pas vu depuis long-temps, un chef de la religion, dont la religion fut la grande affaire. Ce n'est pas qu'Alexandre Farnèse, qui prit le nom de Paul III, n'eût dans son fils, Pierre-Louis Farnèse, une preuve de plus de la fragilité humaine; mais dans ce siècle corrompu, dit, avec sa simplicité ordinaire, le savant Muratori, on ne s'arrêtait pas à de telles irrégularités aussi scrupuleusement qu'on le fait, Dieu merci, depuis long-temps dans l'Église de Dieu [115].

[Note 115: ] [ (retour) ] In quel corrotto secolo non si guardava si per minuto a tali de formità come, la Dio mercè, si fa da gran tempo nella chiesa di Dio. (Annal. d'Ital., an. 1534.)

Paul III, qui avait, lors de son exaltation, soixante-sept ans, avait montré de bonne heure beaucoup de goût pour les lettres et pour les études propres à son état. Il avait appris les langues grecque et latine à l'école du célèbre Pomponio Leto, et formé la liaison la plus intime avec ce Paul Cortese, le premier écrivain qui eût traité avec élégance des matières théologiques. Il avait passé quelque temps à Florence, dans la maison de Laurent de Médicis, et y avait appris quel éclat fait rejaillir sur un grand pouvoir la protection qu'il donne aux lettres. Lorsqu'il eut pris la tiare, connaissant bien la position critique où se trouvait l'Église, il sentit qu'il fallait non-seulement réformer les abus, mais opposer à l'hérésie des hommes qui sussent revêtir le savoir de ces formes littéraires dont on ne pouvait plus s'écarter sans passer pour barbare. Il commença par élever aux premiers honneurs ecclésiastiques un Sadolet, un Bembo, un Fregoso, un Contarini, un Cesi, un Maffeo, un Savelli, un Marcel Cervini, qui fut depuis le pape Marcel, et plusieurs autres savants, distingués par leurs talents et par les grâces de leur esprit et de leur style. Lorsqu'il se vit entouré de cette espèce d'armée d'élite, il osa s'occuper de ce que l'Église désirait depuis long-temps, et de ce que les papes ses prédécesseurs n'avaient osé tenter, d'un concile. Celui de Trente, ouvert par lui, ne fut terminé que sous le troisième de ses successeurs; mais ce fut lui qui prépara tous les fruits qui en résultèrent; et tous ces hommes célèbres qui y parurent, en son nom, contribuèrent à en assurer le succès.

Autant les deux papes Médicis avaient pris soin d'entretenir la guerre entre la France et l'Autriche, entre François Ier. et Charles-Quint, autant Paul III fit d'efforts pour les réconcilier et rétablir la paix en Italie. Ces efforts furent inutiles; mais la neutralité, digne de son ministère, qu'il garda toujours entre ces deux redoutables rivaux, mit du moins l'état de l'Église à l'abri des orages qu'il avait précédemment éprouvés par les suites d'un systême contraire; et le pontife, malgré son grand âge et la faiblesse habituelle de sa santé, put s'occuper avec suite du rétablissement de l'ordre dans l'Église, de l'encouragement des lettres et de l'avancement de sa famille.