Ce dernier point, qu'il eut trop à cœur, le rendit aveugle sur les vices de son fils Pierre-Louis Farnèse; il le fit successivement gonfalonnier et général des armées de l'Église, duc de Castro, marquis de Novarre, et enfin duc de Parme et de Plaisance. Ce duc, qui n'était qu'un militaire orgueilleux, brutal et débauché, n'eut pas un long règne; Paul III eut la douleur de le voir assassiné deux ans après dans la citadelle de Plaisance. Il laissa quatre fils bien différents de leur père: Octave, qui lui succéda, et Horace, duc de Castro, furent l'un et l'autre trop engagés dans les affaires politiques et dans les guerres, où ils brillèrent par leur valeur, pour pouvoir s'occuper des lettres; mais Alexandre et Ranuccio, que le pape, leur grand-père, oubliant ses idées de réforme, avait faits cardinaux, l'un à quinze ou seize ans, l'autre à quatorze, contribuèrent puissamment à l'éclat que jetèrent les lettres et les arts sous le pontificat de Paul III. La mort prématurée du second [116] ne lui permit pas de faire de grandes choses; et l'histoire littéraire de ce temps ne parle guère que des espérances qu'il donnait et de la protection éclairée que trouvaient en lui les artistes et les savants; mais Alexandre Farnèse, qui fournit une longue carrière, comblé de tous les biens et de toutes les faveurs que le pontife put accumuler sur sa tête, ne parut les recevoir que pour les répandre avec profusion en faveur des lettres et des arts. Rome était en quelque sorte remplie de sa magnificence. Il acheva le superbe palais Farnèse, que Paul III avait commencé pendant son cardinalat. Les délices de sa maison de Caprarola furent chantées par les poëtes les plus célèbres. Ces palais étaient toujours ouverts aux gens de lettres qui recevaient du maître l'accueil le plus honorable et les traitements les plus généreux. Il fit construire à ses frais un temple magnifique pour la maison professe des jésuites, où il voulut que ses restes fussent déposés après sa mort. Persécuté par le pape Jules III, successeur de Paul, et dépouillé par lui du riche archevêché de Monréal, et de plusieurs autres bénéfices, il se réfugia à Florence avec des richesses encore immenses, et les employa, comme à Rome, à recevoir, à traiter, à récompenser les savants, qui l'en payaient en lui dédiant leurs ouvrages, et en faisant retentir dans leur prose et dans leurs vers le nom de Farnèse.
[Note 116: ] [ (retour) ] Il mourut à trente-cinq ans.
Le pape, qui était la principale source d'où ce nom tirait son éclat, mourut à quatre-vingt-deux ans [117], laissant une mémoire douteuse, sur laquelle il ne faut pas consulter les historiens de Florence, à cause de ses discussions avec les Médicis, mais qui mériterait peu de reproches réels sans la faiblesse inexcusable de Paul III pour son fils et pour ses petits-fils. Son nom, cher aux sciences, si ce n'est aux lettres proprement dites, le fut aussi au peuple Romain, qu'il avait maintenu dans la paix et dans l'abondance. Il avança considérablement les travaux de la basilique de Saint-Pierre [118], rebâtit le palais du Vatican, rétablit ce que les troubles passés avaient fait perdre à la bibliothèque, en augmenta les richesses, et y adjoignit deux écrivains, ou scribes, l'un grec et l'autre latin, chargés de conserver précieusement les anciens manuscrits, et de recopier avec soin ceux que le temps, ou divers accidents, avaient endommagés. Enfin il mérita qu'on lui décernât au Capitole une statue, qui y fut érigée après sa mort.
[Note 117: ] [ (retour) ] En 1549.
[Note 118: ] [ (retour) ] Voyez Muratori, Annal. d'Ital., an. 1549.
Jules III, son successeur [119], fut un de ces hommes qui semblent faits pour les plus hautes dignités avant de les obtenir, mais qui s'y montrent inférieurs aussitôt qu'ils y sont parvenus [120]. Pendant les cinq années que dura son pontificat, on ne vit en lui qu'un népotisme aveugle et une indolence dont sa faible santé fut le prétexte. Il ne fit ni bien ni mal aux lettres: nous n'en dirons donc ni bien ni mal. Les arts doivent seulement se rappeler que son plus grand soin fut de bâtir, hors de la porte du Peuple, de magnifiques jardins, qui, dans l'espace de trois milles de terrain, contenaient divers compartiments de cultures et d'allées ombragées de belles plantations, des édifices ornés de loges, d'arcs, de fontaines, de stucs, de statues, de colonnes [121]. C'est dans ce lieu, devenu depuis célèbre sous le nom de Vigne du pape Jules, qu'il passait ses jours dans la mollesse, les festins et l'oubli des affaires [122], lorsque la mort le surprit. Son successeur, Marcel II, l'un des hommes les plus vertueux et les plus savants du sacré collége, avait montré, pendant son cardinalat, le goût le plus libéral et le plus passionné pour les lettres; mais il ne fit que passer sur la chaire de Saint-Pierre, et mourut vingt-deux jours après son élection.
[Note 119: ] [ (retour) ] En 1550.
[Note 120: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, l, I, c. 2.
[Note 121: ] [ (retour) ] Muratori, Annal. d'Ital., an. 1555.
[Note 122: ] [ (retour) ] E quivi poi slava sovente banchettando, lasciando in mano altrui il pubblico governo. (Id. ibid.)